Perspectives du secteur de la production de poulets à griller et d’œufs en 2026 : la demande grandissante de protéines et les prix élevés du bœuf soutiennent les perspectives du secteur

En 2026, l’évolution des préférences de consommation vers les aliments riches en protéines crée de nouvelles occasions pour le secteur de la production de poulets à griller et d’œufs. La demande vigoureuse et les prix plus élevés des autres viandes (notamment le bœuf) incitent de plus en plus de consommateurs et consommatrices à opter pour le poulet, ce qui signifie qu’il faudra hausser la production. Dans notre analyse des perspectives du secteur des poulets à griller et des œufs pour cette année, nous nous penchons sur ce que cela signifie pour les prix et la production dans les mois à venir.
Désirez-vous le poulet ou le bœuf?
Il est 17 h 15 un mardi, quelque part entre le travail, l’école et les cours de danse des enfants. Le souper doit être rapide, alors vous sortez un ensemble à fajitas du garde-manger. Mais quelle viande utiliserez-vous : poitrine de poulet ou bœuf haché? Si l’on fait abstraction des préférences de goût, le bœuf haché a toujours été le choix le plus économique. Ce n’est plus le cas.
Avant 2021, le bœuf haché coûtait environ 1,00 $ de moins la livre que la poitrine de poulet. Même si le prix de ces deux produits a considérablement augmenté dans les cinq dernières années, depuis le milieu de l’année 2024, le prix du bœuf haché a rattrapé (et dans les derniers mois même surpassé) celui des poitrines de poulet (figure 1).
Figure 1 : Le bœuf haché coûte maintenant aussi cher que les poitrines de poulet

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
L’étonnante montée des prix du bœuf a été bien décrite, mais on parle moins de la façon dont la hausse de prix du bœuf a stimulé la demande dans le secteur des poulets à griller, car les consommateurs et consommatrices remplacent le bœuf haché par du poulet.
Toutes choses étant égales par ailleurs, la théorie économique voudrait qu’une forte augmentation de la demande entraîne une hausse des prix. En effet, les données récentes sur l’inflation confirment cette tendance, avec une progression moyenne de 6,7 % des prix du poulet frais ou congelé au quatrième trimestre de 2025, contre 0,9 % en moyenne de janvier à septembre. Il est remarquable que ce taux de progression soit resté bien inférieur à celui des prix du bœuf (17,1 % en moyenne au cours de ces trois mois).
Les prix des entreprises productrices sont largement influencés par les coûts de production, en particulier les principaux intrants tels que les aliments pour animaux. Les prix payés aux producteurs fluctuent en fonction des coûts des intrants. Il en résulte parfois des différences notables entre l’évolution des prix à la production et celle des prix de détail. Par exemple, il y a des périodes où les prix de détail montent indépendamment des prix à la production (figure 2), ce qui suggère que des facteurs autres que les coûts des exploitations agricoles – comme la transformation, la distribution ou les marges de détail – peuvent contribuer à l’augmentation des prix à la consommation. À l’inverse, il est arrivé que les prix à la production croissent plus rapidement que les prix de détail, souvent en raison d’une hausse des coûts des intrants. Ces dynamiques illustrent la complexité de la relation entre la réalité économique des exploitations agricoles et les prix sur les marchés de consommation.
Figure 2 : Comparaison de la hausse et de la baisse des prix de la volaille à la ferme et au détail

Prix à la production en Ontario uniquement.
Sources : Statistique Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Services économiques FAC
En 2026, les coûts des aliments pour animaux demeurant faibles grâce à des stocks mondiaux abondants, la composante des aliments pour animaux dans le prix minimum des poulets vivants à la ferme devrait subir peu de pression à la hausse. Nous prévoyons que les prix à la ferme resteront semblables aux valeurs observées en 2025 (tableau 1), malgré les marges qui demeureront positives, étant donné la vigueur de la demande et les faibles coûts des aliments pour animaux susmentionnés.
Tableau 1 : En 2026, les prix à la ferme devraient être stables, voire légèrement diminuer
Alberta | Ontario | |
|---|---|---|
2020 | 2,19 | 2,11 |
2021 | 2,48 | 2,40 |
2022 | 2,81 | 2,68 |
2023 | 2,96 | 2,77 |
2024 | 2,89 | 2,69 |
2025 | 2,85 | 2,69 |
2026p | 2,83 | 2,67 |
Dollars par kilogramme
Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Visionnez les Perspectives économiques 2026 de FAC pour le secteur du poulet à griller.
La grippe aviaire pourrait limiter la production en début d’année
Certaines inquiétudes persistent en raison des quotas qui ne sont pas entièrement remplis pour satisfaire cette demande accrue. Or à cet égard, la lutte contre la grippe aviaire cet hiver pourrait causer certains problèmes, en particulier en Colombie-Britannique. La maladie a refait des siennes l’automne dernier puis, en décembre, les inondations dans la province ont mis à rude épreuve les élevages de la région. Ces deux obstacles à la production ont amené l’office de commercialisation du poulet de la Colombie-Britannique à modifier la répartition des quotas [en anglais seulement] pour s’adapter aux difficultés.
En date du 29 janvier, le nombre total de cas actifs dans les troupeaux commerciaux était en baisse au niveau national par rapport à la mi-décembre (tableau 2). Toutefois, le nombre de cas est resté pratiquement inchangé en Colombie‑Britannique (de 23 à 22) et s’est accru en Ontario (de 5 à 9). La Colombie-Britannique est la troisième province productrice de poulets au Canada, fournissant en moyenne 14 % de la production canadienne totale, tandis que l’Ontario est la première province productrice, à 35 %.
Tableau 2 : Cas actifs de grippe aviaire au Canada
Province | Cas actifs – 15 décembre 2025 | Cas actifs – 29 janvier 2026 |
|---|---|---|
Alberta | 6 | 1 |
Colombie-Britannique | 23 | 22 |
Manitoba | 5 | 0 |
Ontario | 5 | 9 |
Québec | 2 | 1 |
Saskatchewan | 3 | 1 |
Total | 44 | 34 |
Troupeaux commerciaux uniquement.
Source : Agence canadienne d’inspection des aliments
Davantage de poussins ont été destinés à la production de poulets à griller au cours de la seconde moitié de 2025, avant les éclosions de grippe aviaire à l’automne. Pendant quatre mois, le nombre de poussins a même franchi le cap des 75 millions, atteignant ainsi un niveau record (figure 3). Collectivement, au second semestre de 2025, 5,6 % plus de poussins ont été placés dans la production qu’au cours de la même période en 2024, malgré la baisse saisonnière en décembre. En supposant que les éclosions de grippe aviaire soient bien maîtrisées, c’est de bon augure pour les chiffres de production dans la première partie de l’année 2026.
Figure 3 : En 2025, le nombre de poussins destinés à la production de poulets à griller a franchi le cap des 75 millions à plusieurs reprises

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Les importations représentent environ 11 % de l’offre totale de poulets au pays, un chiffre qui est resté relativement stable au cours des dernières années. En volume, les importations en provenance du Chili ont progressé au cours des deux dernières années, depuis l’adhésion de ce pays à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). En fait, 2025 a été la première année où les taux d’atteinte (c’est-à-dire volume des importations / volume des contingents tarifaires) pour le poulet et les produits à base de poulet en vertu des accords du PTPGP et de l’ACEUM ont été proches de 100 %. Il faut s’attendre à ce que ce soit à nouveau le cas en 2026. Mais puisque les importations de poulets sont substantiellement limitées par divers accords commerciaux, si la demande montait à court terme sans être comblée par une hausse de la production intérieure, il pourrait se révéler nécessaire de recourir aux stocks de poulet congelé. Après ajustement pour tenir compte de la croissance démographique, les stocks par habitant sont actuellement restreints, avoisinant leur niveau le plus bas, observé pour la dernière fois en 2020.
La production d’œufs atteint un niveau record pendant que la croissance démographique ralentit
Les protéines issues de la viande et des produits laitiers ne sont pas seules à susciter un intérêt croissant dans la population : les œufs devraient également continuer de bénéficier de cette tendance, en raison de leur faible coût, de leur polyvalence et de leur accessibilité comme source de protéines par rapport à la viande.
On observe une ascension remarquable de la consommation d’œufs par habitant, par suite d’un brusque renversement survenu à la fin des années 1990. La production a augmenté en conséquence, pour répondre à cette demande (figure 4). Toutefois, un bond significatif a été enregistré au cours du second semestre de 2025. Plus précisément, le nombre d’œufs disponibles pour la consommation au troisième trimestre de 2025 (5,54 douzaines/personne, contre 5,00 au troisième trimestre de 2024) indique une forte hausse de la production dans un contexte de ralentissement de la croissance démographique. Le fait que les stocks d’œufs entiers aient atteint un volume de 432 tonnes métriques en décembre 2025 – soit près du double de la moyenne récente pour ce mois – semble appuyer cette observation.
Il semble donc que deux forces s’opposeront au premier trimestre de 2026 et qu’elles seront déterminantes pour les perspectives de production pendant le reste de l’année. Même si les stocks d’œufs semblaient abondants en décembre, au moment de rédiger ces lignes, nous n’avions que des observations ponctuelles concernant les effets de la grippe aviaire sur le cheptel national de poules pondeuses, c’est-à-dire sur les causes de la perte de capacité de production survenue cet hiver. L’attribution des quotas peut être ralentie ou modifiée pour commencer l’année si aucune capacité de production significative n’a été perdue. Quoi qu’il en soit, les perspectives à long terme restent positives pour la consommation et la production d’œufs.
Figure 4 : L’augmentation de la production d’œufs par personne a connu un pic à la fin de 2025

Données trimestrielles.
Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
En conclusion
La forte demande des consommatrices et consommateurs pour des aliments riches en protéines ainsi que les prix élevés du bœuf d’un point de vue historique continueront à soutenir le secteur des poulets à griller et des œufs au Canada en 2026. La grippe aviaire et les enjeux de production régionaux pourraient freiner la production au début de l’année, mais les faibles coûts des aliments pour animaux, les bons niveaux de placement de poussins et la demande d’œufs soutenue placent le secteur en bonne position pour une croissance régulière. La satisfaction de la demande dépendra de la stabilité de la santé des troupeaux et de la régularité de la production intérieure tout au long de l’année.
Graeme Crosbie
Économiste principal
Graeme Crosbie est économiste principal à FAC. Il se concentre sur l’analyse et les perspectives macroéconomiques, ainsi que sur le suivi et l’analyse des tendances dans les secteurs des produits laitiers et de la volaille. Grâce à son expertise et à son expérience en développement de modèles, il génère des prévisions sur le contexte opérationnel agricole dans son ensemble, aidant ainsi la clientèle et le personnel de FAC à surveiller les risques et à repérer les occasions.
Graeme travaille à FAC depuis 2013. Il a notamment œuvré dans les domaines du marketing et de la gestion du risque avant de se joindre à l’équipe des Services économiques en 2021. Il détient une maîtrise en sciences avec spécialisation en économie financière de l’Université de Cardiff ainsi que le titre d’analyste financier agréé (CFA).

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