Perspectives pour le secteur porcin en 2026 : de fortes marges pour une deuxième année consécutive

Après une année 2025 étonnamment vigoureuse, le secteur porcin canadien connaît un bon début de 2026. Les prix à terme du porc, qui sont bien soutenus, avoisinent leur plus haut niveau en cinq ans. Après plusieurs années de faiblesse de la demande et d’offre excédentaire à l’échelle mondiale, le marché du porc revient tranquillement à l’équilibre. Les coûts des aliments pour animaux étant désormais inférieurs à ceux d’il y a quelques années, on peut penser que les marges demeureront soutenues pour les producteurs.
Par ailleurs, les maladies continuent de préoccuper les éleveurs du monde entier, de nombreuses régions productrices de porc étant confrontées à des épidémies de peste porcine africaine (PPA), de diarrhée épidémique porcine (DEP) et de syndrome dysgénésique et respiratoire du porc (SDRP). Si le Canada peut continuer à maîtriser la DEP et le SDRP, et à empêcher la PPA de pénétrer son territoire, les producteurs peuvent se montrer optimistes, compte tenu des prix élevés du porc et des coûts gérables de l’alimentation animale. Dans cette publication, nous examinons les marges attendues pour l’année à venir et les perspectives pour la demande nationale et internationale de porc canadien.
Les prix élevés du porc sont soutenus par les marchés bovins
Pour 2026, nos prévisions concernant les prix du porc au comptant dans l’ensemble du pays sont légèrement supérieures à celles de 2025 et bien supérieures à leurs moyennes quinquennales (tableau 1). Les prix à terme des bovins frisent des niveaux records, octroyant une place de choix au porc comme protéine de substitution. La demande est en partie alimentée par l’abattage national qui a augmenté en 2025 après plusieurs années de consolidation et qui devrait de nouveau connaître une légère hausse cette année. En outre, s’il est prévu que les exportations de porc vivant vers les États‑Unis demeurent stables cette année, il est possible que la refonte de l’Accord Canada‑États‑Unis‑Mexique (ACEUM) et l’entrée en vigueur de l’étiquetage volontaire du pays d’origine (vCOOL) le 1er janvier dernier viennent redistribuer les cartes. Or, pour l’instant, il semblerait que la demande de porc canadien l’emporte sur ces risques.
Tableau 1 : Les prix du porc devraient se situer au-dessus de la moyenne sur cinq ans à l’approche de 2026
Prix du bétail | 2025 (réels) | 2026 (prévisions) | Moyenne sur 5 ans |
|---|---|---|---|
Porc de marché de l’Ontario ($/kg) | 2,65 | 2,80 | 2,45 |
Porc d’engraissement de l’Ontario ($/tête) | 110 | 115 | 100 |
Porc de marché du Manitoba ($/kg) | 2,55 | 2,70 | 2,35 |
Porc d’engraissement du Manitoba ($/tête) | 105 | 110 | 95 |
Porcelet sevré ($/tête) | 70 65 | 60 |
Sources : Statistique Canada, AAC, USDA, CME Futures et calculs effectués par FAC
Les marges du secteur porcin profitent de la baisse des coûts des aliments pour animaux
La production agricole canadienne record de l’automne dernier exerce une pression à la baisse sur le prix des céréales et des oléagineux. Ainsi, le prix des céréales fourragères, y compris du blé, de l’orge et du maïs, devrait être stable ou légèrement inférieur à ce qui a été enregistré par le passé, tandis que le prix des oléagineux devrait baisser en raison de la hausse des stocks mondiaux. Compte tenu des stocks abondants au pays et des restrictions imposées par l’Inde relativement aux légumineuses canadiennes, une plus grande quantité de pois pourrait être dirigée vers le marché de l’alimentation animale et utilisée dans les rations des porcs. Cette baisse se traduit par des farines de pois, de soya et de canola moins chères pour les aliments pour animaux, et l’abondance des stocks devrait maintenir les prix des aliments pour animaux en dessous de la moyenne sur cinq ans tout au long de 2026. Si l’on tient également compte des prix élevés des porcs, on peut penser que les marges des élevages de naissage-finition de porcs du Manitoba et de l’Ontario pourraient atteindre leurs niveaux les plus élevés en cinq ans (figure 1).
Figure 1. Le rendement des élevages porcins de naissage-finition au Manitoba et en Ontario s’annonce élevé pour l’année à venir

Source : Statistique Canada, CanFax, ministère de l’Agriculture et du Développement des ressources du Manitoba, Services économiques FAC
Le prix du porc canadien incite les consommateurs à opter pour cette viande plus souvent qu’il y a un an
Le prix du porc dans les épiceries n’est qu’un aspect à prendre en considération; il est important de comparer son rendement par rapport à d’autres viandes comme le bœuf et le poulet. En effet, depuis 2022, le prix du porc dans les épiceries a augmenté de plus de 13%, mais cette hausse est modeste comparativement à celle du poulet et du bœuf, dont les prix ont grimpé de près de 22 % et 38 % respectivement (voir la figure 2). Par conséquent, cette viande est devenue une option de protéine plus abordable pour les consommateurs canadiens.
Figure 2. Le prix du porc dans les épiceries canadiennes donne matière à réflexion aux consommateurs

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Cet écart explique, du moins en partie, la hausse de consommation de porc l’année dernière, ce qui est encourageant pour les élevages (figure 3). Si les prix du porc continuent d’augmenter moins rapidement que ceux des autres protéines, on peut raisonnablement supposer que la consommation continuera d’augmenter.
Figure 3. Les Canadiens ont commencé à augmenter leur consommation trimestrielle de porc en 2025

Sources : Services économiques FAC
Les exportations canadiennes de porc ont diminué au cours des dix premiers mois de 2025
L’industrie porcine canadienne est fortement dépendante des exportations, puisque plus de 60 % du porc produit est exporté. En octobre dernier, les transformateurs canadiens ont exporté 6 % moins de porcs que la moyenne sur cinq ans de 928 000 tonnes métriques (tableau 2). Cette situation est notamment attribuable à la baisse importante des exportations vers la Chine, dont une partie découle de la décision de ce pays d’imposer un tarif de 25 % sur le porc canadien. Malgré les récentes annonces d’allégement tarifaire pour d’autres produits agricoles canadiens, le porc n’a pas encore fait l’objet d’un sursis.
Le succès se poursuit toutefois au Japon, au Mexique et en Corée du Sud, où les exportations de porc du Canada continuent de croître à un rythme soutenu. Le commerce vers les États‑Unis continue d’être vigoureux et stable d’une année à l’autre, mais comme nous l’avons mentionné plus tôt, il demeure un élément à surveiller pour le deuxième semestre de cette année, moment où les discussions entourant l’ACEUM doivent commencer.
Tableau 2. Les exportations canadiennes de porc ont légèrement baissé en 2025 par rapport à la moyenne sur cinq ans
tonnes | Moyenne sur cinq ans | Tendance par rapport à la moyenne quinquennale 2025 |
|---|---|---|
É.-U. | 232 | -4 % |
Japon | 171 | 43 % |
Mexique | 103 | 44 % |
Chine | 209 | -80 % |
Philippines | 77 | -29 % |
Corée du Sud | 42 | 39 % |
Reste du monde | 94 | 9 % |
Total | 928 | -6 % |
Source : Statistique Canada, calculs de FAC
En conclusion
Contrairement à l’an dernier, où les préoccupations commerciales étaient un problème immédiat qui menaçait d’avoir une incidence sur les marges, nous prévoyons que cette année, le premier semestre soit relativement calme. La production porcine canadienne demeure étroitement liée aux exportations vers les États‑Unis, et les répercussions des maladies qui freinent la croissance du cheptel américain, combinées à des coûts d’aliments modérés, créent des occasions intéressantes de dégager des marges importantes. Les producteurs de porc du Canada continuent de faire des progrès dans le développement de marchés d’exportation comme le Japon, le Mexique et la Corée du Sud, tout en gardant espoir d’un changement concernant le tarif de 25 % imposé par la Chine. Autrement dit, après avoir résisté à la tempête des dernières années, les élevages de porcs sont maintenant en bonne position pour retrouver une solide rentabilité.

Justin Shepherd
Économiste principal
Justin Shepherd est économiste principal à FAC. Lorsqu’il s’est joint à l’équipe en 2021, il se spécialisait dans la surveillance de la production agricole et l’analyse des tendances de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale. En plus de faire des présentations sur l’agriculture et l’économie, Justin participe régulièrement au blogue des Services économiques de FAC.
Il a grandi dans une ferme mixte en Saskatchewan et il est toujours actif au sein de l’exploitation agricole familiale. Justin est titulaire d’une maîtrise en économie appliquée et gestion de l’Université Cornell, ainsi que d’un baccalauréat en agroentreprise de l’Université de la Saskatchewan.

Principaux graphiques des Services économiques FAC à surveiller en ce qui concerne l’industrie agricole et agroalimentaire canadienne en 2026.
