Principaux graphiques économiques à surveiller en 2026

Alors que l’année 2026 commence avec ses nouveaux défis, notamment le ralentissement de la croissance économique, les incertitudes géopolitiques et l’augmentation des barrières commerciales, nous vous présentons nos principaux graphiques pour vous aider à mieux comprendre le contexte économique dans lequel le secteur agricole et agroalimentaire évolue, de la production jusqu’à la consommation.
Joignez-vous à l’équipe des Services économiques de FAC le 22 janvier, à 11 h (HNE) pour une revue virtuelle de l’année 2025 et les tendances à surveiller pour l’année à venir.
Le principal moteur de la croissance économique du Canada sous pression
Les dépenses de consommation, qui représentent environ 60 % du PIB du Canada, semblent vulnérables vu la faible croissance démographique, le marché du travail difficile et le niveau d’endettement record. Il est peu probable que le fardeau du service de la dette, qui accapare déjà plus de 14 % du revenu disponible des ménages, s’allège considérablement, puisque bon nombre de ménages devront renouveler leur hypothèque cette année à des taux plus élevés qu’à l’origine. Selon la Banque du Canada, le paiement mensuel moyen sur prêt hypothécaire sera de 6 % supérieur au niveau observé en décembre 2024 pour les ménages qui renouvelleront leur prêt en 2026. Or, pour ceux qui renouvelleront à un taux fixe sur cinq ans (le produit le plus populaire au Canada), l’augmentation des paiements sera de près de 20 % (figure 1), ce qui grugera leur pouvoir d’achat. En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que le principal moteur de croissance du Canada ralentisse cette année.
Figure 1. De nombreux ménages devront faire face à des paiements plus élevés après le renouvellement de leur hypothèque en 2026

Sources : Banque du Canada, Services économiques FAC
Les exportations peuvent-elles rebondir malgré la guerre commerciale menée par les États-Unis?
Même si la vaste majorité de nos marchandises sont conformes à l’Accord Canada‑États‑Unis‑Mexique (ACEUM), donc exemptes des tarifs douaniers réciproques de 35 %, les exportations ont chuté après l’imposition de ces tarifs en avril dernier et ne se sont pas rétablies. Au troisième trimestre de l’année dernière, les volumes d’exportation de produits autres qu’énergétiques étaient encore d’environ 11 % inférieurs à ceux de la période ayant tout juste précédé l’entrée en vigueur des tarifs douaniers américains (figure 2). Les exportateurs de produits soumis à des tarifs douaniers tels que l’acier, l’aluminium et le cuivre ont été, sans surprise, durement touchés. Cependant, même les entreprises qui produisent des biens conformes à l’ACEUM, comme les produits agricoles, les produits de la pêche et les produits alimentaires intermédiaires, ainsi que les biens de consommation, ont vu leurs exportations chuter nettement.
L’ACEUM doit faire l’objet d’un examen plus tard cette année, et rien ne garantit une issue favorable, compte tenu surtout des menaces de la Maison-Blanche de laisser l’accord commercial expirer. Dans l’intervalle, les incertitudes engendrées par la guerre commerciale menée par les États-Unis continueront de peser sur l’économie canadienne en freinant les investissements et les exportations des entreprises. L’économie américaine, qui reçoit plus de 70 % de nos exportations, sera également surveillée de près par les entreprises canadiennes. Si, comme on s’y attend, la croissance du PIB des États-Unis ralentit en 2026, le fléchissement de la demande américaine qui en découlera devrait toucher même les exportateurs de produits conformes à l’ACEUM.
Figure 2. Les exportateurs de produits non énergétiques frappés par la guerre commerciale menée par les États-Unis

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Compte tenu de l’offre abondante, qui achètera les céréales et les oléagineux canadiens en 2026?
À l’échelle mondiale, il existe une offre élevée pour la plupart des céréales et des oléagineux, car de nombreux pays ont bénéficié de conditions de culture optimales. La situation est la même au Canada, qui a produit un record de 107 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux cette année, battant de près de 7 millions de tonnes le précédent record, établi en 2020, et dépassant de près de 16 % la moyenne quinquennale. En d’autres termes, il y a beaucoup de céréales disponibles dans le monde, ce qui soulève les questions suivantes : qui achètera les céréales et les oléagineux du Canada, et comment les prix évolueront-ils cette année?
Le Canada a exporté 57,4 millions de tonnes pendant la campagne agricole 2024-2025, mais les exportations devraient diminuer à 55,3 millions de tonnes en 2025-2026. Si les exportations de blé ont été importantes jusqu’à présent, celles de canola et de pois sont toujours chancelantes. Cela s’explique par l’action combinée de l’augmentation de la production végétale mondiale et de la perte d’accès à certains marchés. Rappelons que les producteurs du Canada font encore face à des tarifs douaniers imposés par la Chine sur le canola, ses sous-produits et les pois, ainsi que par l’Inde sur les pois jaunes et les lentilles.
Par exemple, les exportations de canola sont actuellement inférieures de 20 % au rythme d’exportation moyen nécessaire pour atteindre les 8 millions de tonnes estimées par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) au cours de cette campagne agricole. En fait, selon les exportations actuelles, il est possible que le Canada exporte seulement 6,5 millions de tonnes au cours de cette campagne agricole (figure 3). Certes, une autre installation de trituration du canola entrera en service cette année, mais la capacité des utilisateurs canadiens à consommer des volumes supplémentaires importants demeure limitée.
À moins que de nouveaux acheteurs étrangers manifestent de l’intérêt cette année, les exportations resteront sous pression. Les tendances en matière d’exportation nous donneront une meilleure idée de la taille potentielle des stocks de produits de base à la fin de la campagne actuelle, ce qui influencera les prix et fournira des signaux précoces concernant les décisions d’ensemencement des exploitations agricoles au printemps 2026.
Figure 3. Les exportations de canola subissent des pressions en raison de l’incertitude commerciale

La campagne agricole commence le 1 août
Sources : Commission canadienne des grains, AAC, Services économiques FAC
Est-ce l’année où la taille du cheptel bovin nord‑américain augmentera enfin?
Le resserrement de l’offre a fait grimper les prix des bovins à des niveaux record en 2025, et malgré les récentes corrections, le marché reste solide. La vigueur des prix, l’abondance des stocks d’aliments pour animaux et la baisse du coût de ces aliments stimulent l’optimisme du secteur. Pourtant, la question la plus souvent posée est la suivante : pendant combien de temps les prix des bovins resteront-ils élevés et quand la reconstitution du cheptel aura-t-elle lieu?
Selon les cycles historiques du bétail (figure 4), le marché bovin devrait approcher de la fin de la phase de contraction, ce qui marque le creux du cycle et les premiers stades de la phase d’expansion. Selon les données sur les stocks de bovins du 1er juillet 2025, on observe déjà des signes précurseurs indiquant que le cheptel canadien pourrait avoir cessé de diminuer. Toutefois, les stocks de vaches aux États-Unis sont le principal moteur de l’ensemble des marchés des bovins. Le cheptel américain semble toujours en phase de contraction. Le nombre de vaches et de génisses destinées à l’abattage par rapport au nombre total de bovins abattus est un indicateur avancé d’une possible reconstitution. Malgré la diminution du nombre de génisses canadiennes destinées à l’abattage, les taux d’abattage n’ont pas baissé suffisamment aux États-Unis l’an dernier pour indiquer que le cheptel est actuellement en phase d’expansion.
Par contre, une surprise est toujours possible. Il faudra donc surveiller les chiffres des cheptels américain et canadien au début de l’année pour savoir si une phase d’expansion a commencé ou non. Le premier rapport de l’année, publié fin janvier, donnera un premier signal clair des intentions des producteurs, en particulier en ce qui concerne la rétention des génisses et le nombre de vaches. Cela dit, même si la reconstitution commence, elle partira de très bas, étant donné que le cheptel nord-américain se trouve à son niveau le plus restreint depuis des décennies. Les prix devraient donc rester élevés et bien supérieurs à la moyenne quinquennale en 2026.
Figure 4. Cycle de la production bovine nord-américaine : relation entre les stocks de vaches et le prix du bétail d’engraissement

Sources : Statistique Canada, USDA, Services économiques FAC
Qu’adviendra-t-il des exportations canadiennes de porc dans le cadre des règles d’étiquetage vCOOL?
La production porcine canadienne dépend fortement de l’exportation de porcs vivants vers les États-Unis, ce qui va des porcelets jusqu’aux porcs prêts à être commercialisés. Cela comprend les porcs prêts pour l’abattage, ainsi que près de 1,5 million de porcs et 3 millions de porcelets d’engraissement exportés chaque année aux États-Unis pour la finition et la transformation. Ainsi, les changements apportés aux lois américaines sur l’étiquetage des viandes peuvent avoir une incidence directe sur notre industrie. En effet, à compter de cette année, les étiquettes de viande ne peuvent porter la mention « Produit des États-Unis » que si l’animal est né, élevé et transformé aux États-Unis. Ces règles concernant l’indication du pays d’origine sur les étiquettes sont volontaires (on les surnomme vCOOL), de sorte que les entreprises peuvent choisir de ne pas utiliser l’étiquette si elles le préfèrent.
Elles remplacent les anciennes règles obligatoires concernant l’indication du pays d’origine sur les étiquettes (mCOOL), qui ont été abolies après que le Canada et le Mexique les ont contestées avec succès auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Les règles obligatoires (mCOOL) ont été en vigueur de 2009 à 2015, et les exportations ont chuté de plus de 50 % en 2009 par rapport à 2008, en partie à cause de ces exigences d’étiquetage (figure 5).
Cette fois-ci, nous ne prévoyons pas des effets aussi graves que sous les règles mCOOL, mais il pourrait tout de même y avoir des répercussions. Si les consommateurs américains préfèrent le porc étiqueté « Produit des États‑Unis », certaines entreprises américaines de finition et de transformation du porc pourraient changer leur mode d’approvisionnement, ce qui pourrait également exercer une pression sur les prix canadiens.
La bonne nouvelle, c’est que la capacité d’abattage a augmenté au Canada, de sorte que nous prévoyons d’exporter moins de porcs vivants cette année, car ils sont transformés au pays. Il demeure important de diversifier notre clientèle au-delà des États-Unis, compte tenu de l’évolution du contexte commercial. La forte demande en Asie-Pacifique, en particulier au Japon, ainsi qu’un taux de change favorable devraient stimuler les exportations canadiennes vers des destinations autres que les États-Unis en 2026.
Figure 5. Les exportations de porc canadien vers les États-Unis pourraient-elles chuter après l’entrée en vigueur des règles vCOOL?

Source : PSD de l’USDA
La demande de produits laitiers à forte teneur en protéines peut-elle être maintenue?
Les ventes de certains produits laitiers ont augmenté considérablement l’an dernier. Cela s’est produit malgré le ralentissement de la croissance démographique, qui a été un moteur important des ventes entre 2022 et 2024. Alors, qu’est-ce qui explique la hausse des ventes en 2025? L’un des facteurs clés est le fait que les consommateurs recherchent des produits à teneur élevée en protéines. Il n’y a pas que les produits laitiers qui sont riches en protéines. En 2024, les ventes au détail de produits alimentaires emballés qui sont riches en protéines ont atteint 1,39 milliard de dollars, soit une hausse de 2,8 % par rapport à l’année précédente.
Nous surveillons les paramètres de la consommation de yogourt, qui a connu un essor phénoménal en 2025. La croissance annuelle moyenne a été de 8,3 % en 2025, contre 0,9 % entre 2023 et 2024 (figure 6). Étant donné la progression continue de la demande pour les produits laitiers à haute teneur en protéines et les produits non laitiers contenant des protéines ajoutées, les organismes régionaux responsables des systèmes de mise en commun du lait ont ajusté leurs structures de prix pour l’année à venir en accordant une plus grande valeur monétaire à la composante protéique du lait cru. L’évolution de la consommation de yogourt en 2026 sera un indicateur clé de la durabilité de l’engouement pour les protéines.
Figure 6. La croissance de la consommation de yogourt est un indicateur de croissance de la demande en protéines laitières

Sources : Commission canadienne du lait, Services économiques FAC
La grippe aviaire menace l’approvisionnement en poulet
La demande de poulet continue d’augmenter, et les quotas, déjà annoncés pour le début de l’année 2026, tiennent compte de cette demande accrue. Certains facteurs pourraient nuire à l’atteinte des quotas, en particulier en Colombie-Britannique, où la grippe aviaire est revenue à l’automne 2025 et où des inondations ont causé de lourds dégâts aux exploitations avicoles en décembre dans les basses-terres continentales.
Toutefois, avant cela, le nombre de poussins mis dans les poulaillers pour la production de poulets de chair avait atteint des niveaux record. Il va de soi que la hausse du nombre de poussins de chair et celle de la production de poulet sont étroitement liées (figure 7).
En novembre 2025, le nombre de poussins de chair avait monté de 11,1 % à l’échelle nationale par rapport à novembre 2024, et de 9,7 % en Colombie-Britannique. Cependant, ces données avaient été recueillies avant les éclosions de grippe aviaire. En décembre dernier, le B.C. Chicken Marketing Board (l’office de commercialisation du poulet de la Colombie-Britannique) a annoncé qu’il y aurait une pénurie d’œufs d’incubation et de poussins (en anglais seulement). Nous ne savons pas encore quels sont les dommages causés à la production de la Colombie-Britannique et si le reste du pays pourra compenser cette perte de production en 2026. Si la production n’est pas à la hauteur de la demande prévue, en particulier au début de l’année, on peut s’attendre à des annonces de production supplémentaire plus tard dans l’année.
Figure 7. Le placement précoce des poussins détermine la production future de poulets de chair

Sources : AAC, Statistique Canada, Services économiques FAC
La réduction des coûts ouvre des avenues du côté de la transformation des aliments et des boissons
Après des années de hausse des coûts, les transformateurs canadiens d’aliments et de boissons peuvent enfin entrevoir un répit. Nos prévisions montrent que six des dix principales denrées selon la valeur verront leur coût diminuer en 2026, tandis que deux autres pourraient s’apprécier plus lentement qu’en 2025 (figure 8). Les plus grands gains reviendront aux transformateurs qui dépendent du porc et du bœuf, mais les utilisateurs de céréales et d’oléagineux pourraient en marquer également. Ensemble, ces dix intrants représentent environ 40 % du coût des denrées de base, le canola, le bétail et le lait se classant en tête de liste, à environ 7 % chacun. Ajoutant à l’optimisme, l’indice global des prix des matières premières devrait reculer en 2026, et la croissance des prix d’autres intrants comme le cacao, le sucre et le gaz naturel ralentit, ce qui indique un allègement plus généralisé des coûts.
Même dans ce contexte, les coûts demeurent élevés par rapport à il y a cinq ans, et il existe toujours un risque qu’ils repartent à la hausse, notamment en raison de changements dans les politiques commerciales. Les entreprises qui se concentrent sur l’approvisionnement stratégique et la productivité seront mieux placées pour relever ces défis s’il y a lieu.
Figure 8 : Les transformateurs devraient constater un allègement des coûts en 2026

Source : Services économiques de FAC
Leigh Anderson, économiste principal
Graeme Crosbie, économiste principal
Amanda Norris, économiste principale
Justin Shepherd, économiste principal

L’affaiblissement de l’économie canadienne a des répercussions sur les taux d’intérêt et le dollar canadien.
