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Perspectives de 2026 pour les cultures : la vigueur des exportations a un effet déterminant sur les prix en raison de l’abondance des stocks

21 janv. 2026
9,5 min de lecture

Au cours des dernières années, les prix des céréales, des oléagineux et des légumineuses ont chuté pour la plupart des récoltes, en grande partie en raison de l’incertitude qui règne sur les marchés mondiaux et de la production accrue. À l’échelle mondiale, il existe une offre élevée pour la plupart des céréales et des oléagineux, car de nombreux pays ont bénéficié de conditions de culture optimales l’an dernier. La situation n’était pas différente au pays, alors que le Canada a produit un record de 107 millions de tonnes en 2025. Compte tenu des incertitudes en matière de commerce et d’accès au marché, les producteurs et les productrices agricoles s’interrogent, sans surprise, sur les perspectives de rentabilité.

Nous examinons ici les principaux facteurs qui dicteront les prix et présentons nos prévisions pour la campagne agricole de 2026-2027.

L’abondance des stocks limite les projections de prix pour 2026-2027

Les prix des produits de base pour la campagne agricole de 2025-2026 ont baissé d’une année à l’autre pour presque toutes les cultures. La pression à la baisse sur les prix devrait se poursuivre au cours de la campagne agricole de 2026-2027 (tableau 1). L’abondance de l’offre attribuable à une production record de céréales et d’oléagineux, ainsi que l’incertitude commerciale et les difficultés d’accès au marché, limiteront les prix pour la nouvelle campagne agricole et les maintiendront nettement en dessous de la moyenne quinquennale. Une production record se traduit par des stocks de report plus importants à la fin de la campagne agricole, ce qui accroît la pression sur les prix.

Tableau 1. Les prix des cultures ($/tonne) pour la nouvelle campagne agricole sont sous pression et inférieurs à la moyenne des cinq dernières années

Cultures commerciales

2024 à 2025 (réels)

2025 à 2026 (prévisions)

2026 à 2027 (prévisions)

Moyenne sur 5 ans

Maïs (Ont.)

240

240

245

270

Soya (Ont.)

525

520

515

610

Canola (Sask.)

630

615

585

735

Pois (Sask.)

410

300

290

430

Lentilles (Sask.)

810

520

490

800

Blé de printemps (Sask.)

290

260

255

345

Orge fourragère (Alb.)

250

245

240

295

Blé dur (Sask.)

340

290

275

440

Sources : Statistique Canada et calculs effectués par FAC

Les stocks canadiens de fin de campagne devraient augmenter

Au Canada, les stocks de fin de campagne de la plupart des principales grandes cultures devraient être plus élevés pour la récolte de 2025-2026, à l’exception du maïs et du soya. Si l’on considère l’ensemble des céréales et des oléagineux canadiens, les stocks de fin de campagne devraient atteindre des niveaux inégalés depuis la récolte exceptionnelle de 2013-2014 (figure 1).

Figure 1. Les stocks de fin de campagne agricole au Canada devraient atteindre des niveaux inégalés depuis 2013-2014

Graphique à barres illustrant que les stocks de fin de campagne agricole devraient atteindre des niveaux inégalés depuis 2013-2014.

Source : Statistique Canada

Les stocks de maïs en fin de campagne devraient être similaires à ceux de l’année dernière, tandis que les stocks de soya en fin de campagne devraient diminuer légèrement en raison des problèmes de production dans l’Est du Canada. La demande demeure élevée pour de nombreuses cultures, y compris le blé, et, bien que les exportations de blé aient été fortes jusqu’à présent au cours de cette campagne agricole, l’augmentation attendue des stocks de report continuera probablement à peser sur les prix, limitant la hausse jusqu’à la campagne agricole 2026-2027.

Les pois et les lentilles risquent de voir leurs stocks de fin de campagne atteindre un niveau record – 70 % de plus que les sommets précédents – en raison d’une augmentation de 30 à 40 % de la production sur douze mois, attribuable à des rendements élevés, ainsi qu’aux barrières commerciales. Les prix des pois canadiens demeurent sous pression en raison d’un accès restreint aux marchés chinois et indien, causé par les droits de douane. La récente suppression des droits de douane chinois de 100 % sur les pois constitue une avancée favorable, mais le rétablissement de l’accès à l’Inde demeure crucial pour diminuer les stocks élevés de fin de campagne et freiner la chute des prix. Les légumineuses canadiennes font encore face à d’importants défis en matière d’accès au marché indien. Les pois, soumis à des droits de douane plus élevés (30 %), connaîtront davantage d’incertitude et une baisse des prix, tandis que les lentilles, soumises à des droits de douane de 10 % vers l’Inde, continueront d’être exportées, mais à des prix plus bas.

Pour le canola, l’augmentation de la production et la perte du marché d’exportation vers la Chine pendant une partie de la campagne agricole signifient que les stocks par rapport à l’utilisation ont augmenté depuis l’année dernière, ce qui a pesé sur les prix. Les stocks de fin de campagne devraient encore augmenter en raison de l’augmentation de l’offre.

Si les stocks de fin de campagne au Canada influencent certains aspects des prix locaux, les facteurs fondamentaux de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale ont une incidence encore plus grande sur les prix. En fait, les stocks de fin de campagne aux États-Unis sont un facteur important qui détermine les prix des grandes cultures au Canada.

À moins que les exportations vers la Chine ne se concrétisent, les stocks de fin de campagne de soya aux États-Unis augmenteront

Les ratios stocks-utilisation des trois principales cultures mondiales (maïs, soya et blé) présentés dans le plus récent rapport World Agricultural Supply and Demand Estimations (WASDE) de l’USDA (en anglais seulement) fournissent de précieux renseignements sur le marché (figure 2). À l’heure actuelle, la production mondiale de la plupart des produits de base ne suscite que peu d’inquiétudes.

Figure 2. Ratios stocks-utilisation mondiaux pour le maïs, le soya et le blé

Graphique à barres montrant les ratios stocks-utilisation pour le soya et le maïs à l’échelle mondiale, à l’exclusion de la Chine, de 2015-2016 à 2024-2025.

Source : Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA)

Le ratio stocks-utilisation du blé à l’échelle mondiale devrait augmenter en raison de la forte offre mondiale, stimulée par la hausse de la production des principaux exportateurs, comme le Canada. Parallèlement, la faiblesse de la demande des principaux importateurs pourrait limiter les hausses de prix.

Malgré une forte production mondiale de maïs et de soya, la demande soutenue a permis de maintenir les stocks pour 2025-2026 de ces deux produits au même niveau que l’année dernière. Les États-Unis ont enregistré des rendements et une production de maïs record. Le soya a également enregistré des rendements records, ce qui a favorisé une production importante. On prévoit que le ratio stocks-utilisation mondial pour le maïs à la fin de la campagne agricole sera légèrement supérieur à celui observé lors de la dernière campagne. Même si les stocks mondiaux de soya devraient diminuer à la fin de la campagne agricole, ils resteront supérieurs à la moyenne quinquennale.

Notre billet de blogue sur les principales tendances pour 2026 a mis en lumière la relation entre les exportations, les stocks de fin de campagne et les prix des cultures. Le rythme des exportations de produits de base nous donnera une meilleure idée de la taille potentielle des stocks à la fin de la campagne agricole actuelle, ce qui influencera les prix cette année.

Événements commerciaux et exportations : principales tendances à surveiller en 2026

Certains événements commerciaux pourraient influencer nos projections de prix pour 2026. Un possible accord commercial entre les États-Unis et la Chine pourrait contribuer à stabiliser les marchés agricoles, ce qui stimulerait les exportations et les prix. Si des ententes sont conclues au début de l’année, elles pourraient renforcer les marchés des produits de base et soutenir la croissance du secteur.

Par exemple, le récent accord commercial entre le Canada et la Chine, qui entrera en vigueur le 1er mars, donnera au secteur du canola un sursis important en ce qui a trait aux droits de douane. Même si l’accord comprend toujours des droits de douane de 15 % sur les graines de canola, en baisse par rapport à 76 %, l’élimination des droits de douane de 100 % sur le tourteau de canola constitue un événement commercial positif. Les transformateurs canadiens étaient auparavant forcés de réduire leurs prix afin de trouver d’autres marchés d’exportation.

Avec la réduction des droits de douane sur le canola, nous pourrions assister à des exportations supplémentaires vers la Chine, ce qui rapprocherait le Canada de l’objectif d’exportation de 8 millions de tonnes prévu par AAC pour la campagne agricole actuelle. Sans l’accord commercial entre le Canada et la Chine, les exportations canadiennes n’atteindraient probablement que 6,5 millions de tonnes, car le rythme actuel des exportations est inférieur de 20 % à la cible. Le respect des engagements d’achat de la Chine, tant pour les graines de canola que pour ses sous-produits, sera essentiel pour éviter une hausse des stocks de fin de campagne au-delà des prévisions actuelles et pour continuer à soutenir les prix.

Aux États-Unis, les exportations de maïs se portent bien, mais le soya affiche un rendement inférieur, car les engagements à l’exportation demeurent bien inférieurs à ceux de l’an dernier (figure 3). Même si la Chine a acheté quelques cargaisons de soya aux États-Unis, il n’y a toujours pas d’entente officielle entre les États-Unis et la Chine. À moins que les exportations vers la Chine ne se concrétisent, les stocks de soya américains de fin de campagne augmenteront, ce qui exercera une pression sur les prix des oléagineux.

Figure 3. Les engagements de vente et les exportations de soya des États-Unis vers la Chine demeurent inférieurs aux niveaux historiques

Graphique à barres illustrant que les engagements de vente et les exportations de soya des États-Unis vers la Chine demeurent inférieurs aux niveaux historiques.

Source : USDA

Le rythme des exportations des récoltes canadiennes et américaines sera un facteur déterminant de l’ampleur des stocks de fin de campagne pour la campagne actuelle. Le suivi des exportations et des estimations des stocks de fin de campagne peut s’avérer précieux pour les prévisions de prix et de revenus agricoles cette année. Il permet également aux producteurs et productrices de réaliser des ventes supplémentaires lorsque des occasions se présentent. Même si l’on prévoit que les prix des produits et les revenus agricoles demeureront limités, les dépenses restent un élément tout aussi important.

La gestion des coûts sera plus importante que jamais

En ce qui concerne les dépenses, les intrants agricoles devraient rester à un niveau élevé, ce qui place les exploitations agricoles dans une situation de marge négative. Les prévisions de rentabilité pour presque toutes les cultures de céréales, d’oléagineux et de légumineuses au Canada sont inférieures au seuil de rentabilité, tandis que de nombreuses cultures affichent des pertes importantes par acre (p. ex., orge et pois au Manitoba - en anglais seulement). Toutefois, les résultats dépendront largement du rendement des cultures individuelles, ainsi que des coûts d’exploitation et des terres.

Il est essentiel de connaître et de gérer les coûts de production, car l’augmentation des stocks dans les exploitations agricoles réduit et retarde les flux de trésorerie. Les productions agricoles ont tout intérêt à se concentrer sur les éléments qu’elles peuvent contrôler et ne devraient pas sous-estimer les gains d’efficience résultant de petites améliorations. Par exemple, il pourrait être pertinent d’envisager la renégociation des loyers fonciers arrivant à échéance. La communication avec les fournisseurs d’intrants sur les besoins, par exemple les rendements cibles et les doses appropriées d’engrais et de produits chimiques, est également cruciale pour les exploitations agricoles.

En conclusion

L’importance des stocks de report pour la plupart des cultures devrait maintenir les prix sous pression pour la campagne agricole 2026-2027. L’incertitude entourant le commerce mondial et l’accès au marché complique davantage les perspectives pour les prix. Il sera important de surveiller la progression des exportations, car cela influencera la façon dont les projections de prix présentées ci-dessus évolueront tout au long de l’année. Plus important encore, elle peut créer des possibilités pour les prix et aider à établir les attentes pour l’année à venir, y compris les décisions sur l’ensemencement au printemps. La compréhension et la gestion des coûts de production seront plus importantes que jamais pour protéger la rentabilité.

x.com/AndersonLeigh3

Leigh Anderson

Économiste principal

Leigh Anderson est économiste principal à FAC. Ses domaines d’intervention comprennent l’analyse des marchés de l’équipement agricole et des intrants de culture. Ayant grandi dans une exploitation mixte de bovins et de céréales en Saskatchewan, il assure également un suivi des secteurs canadiens des céréales, des oléagineux et du bétail et fournit des perspectives à cet égard.

Leigh est entré en fonction à FAC en 2015 au sein de l’équipe des Services économiques. Il œuvrait auparavant auprès de la Direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. Il est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.