Les taux de location de 2025 ont une nouvelle fois été dépassés par la valeur des terres agricoles cultivées

Si vous suivez l’évolution des prix des terres ces derniers temps, vous n’êtes pas la seule personne à le faire. Le plus récent rapport Valeur des terres agricoles de FAC montre que la valeur moyenne des terres agricoles a encore augmenté de 9,3 % l’an dernier, ce qui correspond au rythme observé en 2024. FAC suit également les taux de location des terres agricoles canadiennes depuis des années afin de mieux comprendre leur lien avec la valeur des terres agricoles. Les ratios location-prix n’ont toutefois pas augmenté au même rythme que la valeur des terres agricoles. En effet, le ratio location-prix au Canada ne cesse de diminuer, passant de 2,70 % en 2020 à 2,50 % en 2024, puis à 2,35 % en 2025.
Pour de nombreuses exploitations agricoles, la location de terres constitue un moyen pratique de prendre de l’expansion sans avoir à s’engager financièrement à long terme dans un achat. Toutefois, les modalités de location – durée, inclusions et dispositions de renouvellement – influencent les montants que les locataires sont prêts et prêtes à payer. Puisque de nombreuses ententes sont fixes, les taux de location évoluent souvent plus lentement que la valeur des terres et s’ajustent graduellement. En fin de compte, les locations sont déterminées par les réalités économiques de l’exploitation agricole : les locataires doivent couvrir leurs coûts et obtenir un rendement malgré la faiblesse du prix des produits de base et la hausse du coût des intrants.
Analyse du ratio location-prix
Même s’il existe différents types de contrats de location dans le secteur agricole, la présente analyse porte sur les contrats de location au comptant, qui sont mesurés comme suit :
En 2025, le ratio location-prix (LP) moyen au Canada s’élevait à 2,35 % (tableau 1). Dans la plupart des provinces, ce ratio se situe dans une fourchette relativement étroite comprise entre 2 % et 3 %, les valeurs maximales et minimales dépassant cette fourchette, ce qui reflète des observations provinciales plus marginales. Nous ne publions aucun taux pour la Colombie‑Britannique, car les données pour de multiples régions étaient jugées insuffisantes pour fournir un ratio LP moyen exact. Les taux ne sont pas non plus publiés pour Terre‑Neuve‑et‑Labrador ni pour les territoires, faute de données suffisantes dans ces régions.
Tableau 1 : Ratio location-prix de 2025 par province, avec une fourchette de valeurs minimales et maximales par province, y compris le ratio location-prix de 2024

Source : Calculs de FAC
Perspectives provinciales
C’est dans les Prairies que la valeur des terres agricoles a connu la plus forte hausse à l’échelle nationale; toutefois, les ratios LP en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba ont diminué, car les taux de location n’ont pas augmenté au même rythme que la valeur des terres. En Ontario et au Québec, la croissance moyenne de la valeur des terres agricoles a été modérée en 2025, et les ratios LP sont restés pratiquement inchangés par rapport à l’année précédente. Les ratios LP dans les provinces maritimes ont également baissé.
L’avantage sur le plan de la trésorerie de la location par rapport à l’achat de terres agricoles s’est stabilisé
La location reste une option incontournable pour les exploitations qui souhaitent étendre leur fonds de terre. Pour comparer les avantages éventuels sur le plan de la trésorerie des contrats de location par rapport à l’achat de terres, nous soustrayons les coûts de location de la terre des coûts d’achat d’une nouvelle terre, en supposant une mise de fonds de 25 % et un amortissement sur 25 ans (figures 1, 2 et 3). Selon le ratio location-prix à l’échelle de la province, les avantages sur le plan de la trésorerie de la location par rapport à l’achat peuvent varier considérablement d’une région à l’autre.
Comme le ratio LP dans les Prairies a diminué en 2025, l’avantage que représente la location de terres en ce qui a trait à la trésorerie est demeuré presque inchangé cette année par rapport à l’achat en Saskatchewan et au Manitoba. L’Alberta a enregistré une hausse de cinq dollars par acre, soit la plus forte augmentation au Canada. Les coûts d’achat des terres agricoles ont été soutenus par la baisse des taux d’intérêt, qui a compensé la hausse de la valeur des terres agricoles (figure 1). Par ailleurs, depuis 2021, l’avantage associé à la location en Alberta a augmenté de 87 $ par acre, celui de la Saskatchewan, de 55 $ par acre, et celui du Manitoba, de 92 $ par acre.
Figure 1 : Différence par acre dans la rentabilité de la location par rapport à l’achat de nouvelles terres dans les Prairies

Sources : Statistique Canada, FAC
Les producteurs et productrices de l’Ontario et du Québec ont aussi connu de meilleurs flux de trésorerie avec des contrats de location qu’avec l’achat de terres, bien que cet avantage ait légèrement diminué en 2025. Entre 2021 et 2025, l’avantage de la location par rapport à l’achat en Ontario a augmenté de 442 $ par acre, et celui du Québec, de 255 $ par acre (figure 2).
Figure 2 : Différence par acre dans la rentabilité de la location par rapport à l’achat de nouvelles terres en Ontario et au Québec

Sources : Statistique Canada, FAC
Les productrices et producteurs des provinces de l’Atlantique suivent la tendance observée dans le reste du pays, puisqu’ils ont bénéficié de meilleurs flux de trésorerie grâce aux contrats de location comparativement à l’achat de terres (figure 3). De 2021 à 2025, l’avantage de la location par rapport à l’achat au Nouveau-Brunswick a augmenté de 105 $ par acre, tandis que celui de la Nouvelle-Écosse a augmenté de 72 $ par acre. L’Île‑du‑Prince‑Édouard est un cas intéressant. En 2021, les productrices et producteurs de l’Île‑du‑Prince‑Édouard ont enregistré de meilleurs flux de trésorerie grâce à l’achat de terres plutôt qu’à la location (la barre négative ci-dessous) – c’est la seule province et la seule année où nos données montrent une telle situation. Cependant, depuis lors, la situation s’est inversée, et les tendances suivent désormais celles du reste du pays. Le ratio location-prix à l’Î.‑P.‑É. est celui qui a le plus baissé au Canada au cours des cinq dernières années en raison des ajustements du marché de la location, qui ont amélioré de 144 $ par acre l’avantage de la location sur le plan de la trésorerie.
Figure 3 : Différence par acre dans la rentabilité de la location par rapport à l’achat de nouvelles terres dans les provinces de l’Atlantique

Sources : Statistique Canada, FAC
La valeur des terres agricoles a fortement augmenté en 2021 et en 2022, creusant ainsi l’écart entre les prix d’achat et les prix de location. Au cours des trois dernières années, cette tendance s’est stabilisée, certaines provinces ayant connu une diminution des avantages de la location sur le plan de la trésorerie. La baisse des taux d’intérêt a contribué à réduire les versements annuels liés à l’achat de nouvelles terres, même si la valeur des terres agricoles cultivées a augmenté en 2025.
La location au comptant par acre augmente moins vite que la valeur des terres agricoles cultivées
Comme indiqué plus haut, le ratio location-prix a diminué cette année dans la plupart des provinces et à l’échelle du Canada. Cela ne signifie pas pour autant que la location au comptant par acre ait nécessairement augmenté ou diminué, mais indique plutôt que les variations des taux de location ont été surpassées par la hausse des prix des terres agricoles. Pour mieux comprendre les tendances de croissance de chaque variable, il est utile d’examiner leurs taux de variation annuels respectifs en dollars par acre.
Nous prévoyons qu’en raison de la nature pluriannuelle des contrats de location, la croissance des taux de location sera généralement inférieure à celle de la valeur des terres agricoles cultivées, comme le montre la figure 4 pour le Canada en moyenne. Il convient de noter qu’en 2022, la hausse des prix de location a dépassé celle de la valeur des terres agricoles cultivées. Cela peut se produire à court terme lorsqu’il existe une demande immédiate de terres agricoles en raison de marges élevées et que, l’offre de terres à vendre étant fixe, la croissance se fait surtout sentir dans les marchés locatifs. L’autre année qui se démarque est 2025; cette année-là, la croissance de la location en dollars par acre a été nulle, malgré la croissance toujours robuste de la valeur des terres agricoles cultivées. Dans un contexte où les marges sont plus serrées, les producteurs et productrices ont peut-être choisi d’acquérir stratégiquement des terres adaptées à leurs activités, tout en faisant preuve d’une plus grande prudence dans le cadre des contrats de location.
Figure 4 : Depuis 2023, la valeur des terres agricoles cultivées augmente plus rapidement que les taux de location

Sources : Statistique Canada, FAC
En conclusion
La décision de louer ou d’acheter des terres agricoles dépend de nombreux facteurs, notamment les avantages comparatifs sur le plan de la trésorerie généralement associés à la location et l’appréciation de l’actif, comme en témoigne la forte hausse de la valeur des terres agricoles partout au pays. Si les avantages de la location en ce qui a trait à la trésorerie sont restés stables au cours des trois dernières années, des changements sont possibles à partir de 2026. Il est conseillé aux producteurs et productrices d’évaluer en permanence leurs possibilités d’expansion, en tenant compte de leur situation financière particulière et en comparant soigneusement la rentabilité à court terme à la croissance de l’actif à long terme.
Article par : Megan Mailloux, analyste principale, Évaluation, et Justin Shepherd, économiste principal, Services économiques de FAC

La location de terres agricoles peut être une option rentable pour propriétaires et locataires. Découvrez des conseils de spécialistes pour protéger vos intérêts.
