Vous agrandissez votre exploitation? Prenez en compte tous les coûts

Un accroissement de votre superficie ensemencée peut entraîner plus de problèmes que prévu. Gérées incorrectement, même des petites expansions peuvent miner la rentabilité d’une ferme.
Sur papier, votre projet peut sembler profitable. Vous agrandissez votre exploitation céréalière en louant ou en achetant d’autres parcelles de terre. Vous envisagez d’exploiter cette superficie supplémentaire sans avoir à améliorer votre équipement. En répartissant vos coûts fixes sur un nombre accru d’acres, votre coût par acre diminuera. Vous obtenez immédiatement un gain d’efficience.
C’est une théorie valable qui peut fonctionner, mais trop souvent, ces acres supplémentaires entraînent des contraintes de temps au moment de l’ensemencement et de la récolte. Si vos rendements diminuent, le coût de production de chaque boisseau s’en trouvera augmenté. La valeur élevée des terres et de l’équipement peut, elle aussi, accroître le risque que la rentabilité diminue.
Trouver le juste équilibre
Lorsque la ferme Hebert Grain Ventures, située à Fairlight, en Saskatchewan, a atteint 12 000 acres, l’associé directeur Kristjan Hebert a admis volontiers que l’exploitation était plus rentable lorsqu’elle occupait 8 000 acres. À cette taille, un seul gros semoir de 80 pieds fonctionnant 24 heures sur 24 suffisait pour effectuer l’ensemencement, et deux grosses moissonneuses-batteuses permettaient de faire la récolte.
« Passer de 8 000 à 12 000 acres a été difficile... Nous estimons que nous devons atteindre 16 000 acres pour retrouver le juste équilibre du point de vue de l’efficience », expliquait M. Herbert en 2017.
La valeur élevée des terres et de l’équipement peut, elle aussi, accroître le risque que la rentabilité diminue.
Selon lui, il est assez facile d’augmenter la capacité de récolte grâce au moissonnage-battage à forfait. Toutefois, il est plus difficile de confier l’ensemencement à des sous-traitants, et l’achat d’un deuxième semoir de plus petite taille entraîne habituellement un coût accru d’ensemencement par pied lorsqu’on tient compte du coût du réservoir et du tracteur.
« La main-d’œuvre pose un problème encore plus gros que l’accroissement de l’équipement », dit M. Hebert, qui possède de l’expérience en gestion financière agricole. « Une main-d’œuvre compétente est indispensable. » Il estime qu’à sa ferme, il faut une personne employée à temps plein par tranche de 2 000 acres supplémentaire. Selon lui, il vaut mieux embaucher du personnel et ensuite accroître la superficie que prendre de l’expansion et devoir ensuite faire des pieds et des mains pour trouver de la main-d’œuvre.
Même s’il est possible d’atteindre le juste milieu à différents stades de l’accroissement de la superficie, M. Hebert croit que les gestionnaires qui se concentrent sur la maximisation des profits et l’amélioration constante seront les plus efficients, quelle que soit la taille. Aujourd’hui, la ferme Hebert Grain Ventures est beaucoup plus grande qu’elle ne l’était pendant cette période d’agrandissement de 8 000 à 12 000 acres. Plusieurs équipes spécialisées ont été mises sur pied, et les propriétaires ont investi massivement dans les processus et la planification et ont structuré l’exploitation de manière à ce que la taille et l’efficacité soient à nouveau harmonisées. Les défis rencontrés lors de cette première phase de croissance ont posé les bases de la manière dont Hebert Grain Ventures gère aujourd’hui la complexité de l’exploitation d’une grande ferme innovante.
« La réussite repose avant tout sur l’efficacité et non sur la taille », résume M. Hebert.
Prix plus élevés
Eric Micheels, professeur de gestion des finances et des entreprises agricoles au Département de l’agriculture et de l’économie des ressources de l’Université de la Saskatchewan, affirme que le coût accru de l’acquisition des terres et de l’équipement ne change pas fondamentalement les aspects que les propriétaires d’exploitation agricole doivent prendre en considération avant de prendre de l’expansion, mais cela rend l’élaboration d’un plan de croissance stratégique encore plus important.
Toutefois, il est aussi nécessaire de rester flexible, car les occasions d’achat de terres ne se présentent pas toujours aux moments les plus opportuns.
« Rien n’est moins cher qu’avant. Les exploitations bien gérées ont sans doute une stratégie de croissance établissant le nombre d’acres visé. Cela dit, les mises en vente de terres ne suivent généralement pas un schéma prévisible. Parfois, il faut s’écarter de la stratégie prévue », explique M. Micheels.
« Si vous voulez prendre de l’expansion et qu’une parcelle à vendre est annoncée près de l’exploitation existante, il pourrait être tentant de vouloir sauter sur l’occasion. Il est plus facile d’ajuster l’équipement que de modifier la superficie. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix. Ce n’est probablement pas idéal dans l’immédiat. Mais grâce à une gestion financière judicieuse, vous pouvez y arriver. »
« Si la possibilité d’acquérir cette parcelle se présente, quelles sont les conséquences sur les paiements hypothécaires? Sur la disponibilité de la main-d’œuvre? Avons-nous suffisamment de personnel? Il vaut mieux prévoir cette capacité supplémentaire avant de prendre de l’expansion. »
Choisir les bonnes machines agricoles
Terry Aberhart, propriétaire-exploitant de la société Aberhart Farms, située en Saskatchewan, et membre du conseil d’administration de Gestion agricole du Canada, est d’accord pour dire que la valeur élevée des terres, de l’équipement et des intrants fait qu’une bonne compréhension des coûts de production est cruciale.
En ce qui concerne l’équipement, la capacité des grosses machines modernes à couvrir une superficie accrue peut rendre l’expansion d’une ferme plus réalisable sur le plan logistique, que ce soit grâce à l’achat ou à la location de terres. Mais la réalité est que même une moissonneuse-batteuse à haute capacité qui a un an d’usure peut coûter près de 1 million de dollars. Compte tenu du coût, explique M. Aberhart, il peut être utile d’envisager d’autres solutions, comme l’achat de plusieurs machines plus anciennes à prix moindre, pour couvrir la même superficie. L’important n’est pas qu’une approche soit meilleure qu’une autre, mais que chaque propriétaire d’exploitation agricole comprenne bien le coût total lié à l’utilisation de l’équipement ainsi que les répercussions d’un endettement et d’un financement supplémentaires sur sa situation financière.
« Lorsque vous vous arrêtez pour réparer une partie d’une machine qui vaut un million de dollars, comparativement à trois ou quatre machines plus petites, le temps d’arrêt et les réparations, entre autres, sont beaucoup plus importants », explique M. Aberhart. Il ajoute que d’autres moyens d’améliorer l’efficience, comme l’utilisation de la gamme d’outils numériques offerte dans les moissonneuses-batteuses modernes pour réduire la consommation de carburant et gagner du temps, entrent aussi en ligne de compte. Selon lui, même l’utilisation de régulateurs de croissance peut augmenter l’efficience, en ce sens que la moissonneuse-batteuse récoltera un plus grand volume de cultures en moins de temps.
« Vu le prix des gros équipements, on réfléchit de plus en plus à la possibilité de mobiliser plus de personnel. C’est l’un des grands défis de toute entreprise : trouver une main-d’œuvre compétente, explique M. Aberhart. Nous devons nous concentrer sur l’établissement d’une structure, de systèmes et d’une culture permettant d’attirer et de fidéliser les bonnes personnes. Sans main-d’œuvre, vous ne pouvez rien faire. »
M. Aberhart souligne aussi que les efficiences d’échelle « n’existent pas vraiment », selon son expérience. Une rentabilité accrue découle plutôt d’une meilleure gestion.
« Après avoir effectué un investissement, il faut beaucoup de temps pour revenir à une échelle plus modeste et réduire les coûts. Aujourd’hui plus que jamais, les propriétaires d’exploitation agricole doivent exercer une grande diligence dans la gestion des coûts qu’ils peuvent contrôler. La seule chose que nous pouvons vraiment gérer, ce sont les aspects liés à la machinerie, à l’équipe et à ce genre de ressources. »
