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Le travail n’est pas nouveau, mais sa reconnaissance l’est : 2026 est l’Année internationale des agricultrices

15 oct. 2026

Depuis des générations, les agricultrices gèrent les finances, élèvent leurs enfants, travaillent à l’extérieur de la ferme, prennent soin des animaux et des terres, bâtissent des entreprises et dirigent des exploitations agricoles, tout en contribuant aux décisions qui assurent le bon fonctionnement des fermes familiales. Or, ces contributions n’ont pas toujours été reconnues comme du leadership.

Le 15 octobre, la Journée internationale des femmes rurales met en lumière le rôle essentiel que jouent les femmes pour renforcer les collectivités rurales. En 2026, cette reconnaissance prend une dimension toute particulière, puisque les Nations Unies ont décidé de faire de 2026 l’Année internationale des agricultrices.

Ce n’est pas le travail qui a changé, mais la façon dont il est reconnu, décrit et valorisé.

Pour Alicia King, agricultrice de septième génération d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, c’est notamment pour cette raison que l’Année internationale des agricultrices est importante. C’est l’occasion de reconnaître à quel point le leadership, l’esprit d’innovation, la résilience et l’engagement profond des femmes envers leur ferme, leur famille et leur communauté contribuent à la force de l’agriculture canadienne.

Durant son enfance, Alicia a côtoyé des femmes qui ont beaucoup apporté à l’agriculture. Sa mère travaillait dans le secteur de la santé tout en prêtant main-forte à la ferme. Elle a vu d’autres femmes mener de front une carrière à l’extérieur de la ferme, les responsabilités familiales et le travail agricole, tout en contribuant dans l’ombre à des décisions importantes. Avec du recul, Alicia voit ses paires autrement.

« C’étaient des leaders. C’est seulement qu’à l’époque, on ne les appelait pas comme ça », dit-elle.

Alicia et son mari Dany sont à la tête de Six Maples Farm, une exploitation agricole spécialisée dans l’élevage de bovins, de moutons et de poulets, de même que dans la production d’œufs. Après avoir acheté la ferme en 2015, le couple a fait de cette exploitation à temps partiel son activité à temps plein. Il a développé ses activités d’élevage, misé sur la vente directe et travaillé à stabiliser ses revenus tout au long de l’année.

Cliente de FAC, Alicia incarne l’esprit entrepreneurial que FAC observe partout dans l’agriculture canadienne : des producteurs et des productrices qui s’adaptent constamment, investissent et préparent l’avenir, tout en composant avec les réalités quotidiennes de leur entreprise.

Comme de nombreuses familles d’agriculteurs, les King ont su s’adapter au gré des circonstances.

Mais lorsqu’elle raconte l’évolution de la ferme, Alicia revient sans cesse à une question qui dépasse l’exploitation elle-même : le regard porté sur les femmes en agriculture. « Les femmes participent souvent à la planification, aux démarches d’approbation, au financement et à la prise de décisions », affirme-t-elle. Pour les familles qui vivent cette réalité au quotidien, ces responsabilités peuvent aller de soi.

Pour les familles qui vivent cette réalité au quotidien, ces responsabilités peuvent aller de soi. Pourtant, pendant longtemps, on a porté sur les femmes en agriculture un regard beaucoup plus réducteur : on les voyait comme celles qui prenaient soin des autres, qui organisaient, qui s’occupaient de la comptabilité et qui, en coulisses, veillaient à ce que tout roule.

De nos jours, les femmes sont de plus en plus présentes et reconnues comme propriétaires, exploitantes, employeuses, visionnaires et militantes du secteur agricole. Dans la pratique, elles sont nombreuses à assumer ces rôles depuis des décennies.

« Je pense que, quand on est jeune, on associe le leadership aux titres », poursuit Alicia. En y repensant, Alicia reconnaît ces femmes comme des leaders, même si ce n'était pas toujours le langage utilisé pour les décrire à l'époque.

En plus d’exploiter Six Maples Farm, Alicia est présidente de la Nova Scotia Federation of Agriculture, siège au sein de la coopérative Lochaber Growers Co-op et défend les intérêts des producteurs et productrices de toute la province. Elle s’empresse toutefois de rappeler que le leadership doit souvent se tailler une place parmi de nombreuses autres priorités.

Les engagements envers la famille, la ferme, la communauté et le secteur agricole se disputent souvent le même temps et la même attention.

Questionnée au sujet de ce que les gens ne voient pas toujours derrière son travail, Alicia ne parle pas seulement de ses réalisations : elle insiste aussi sur le réseau de soutien qui les rend possibles.

« Mon équipe, c’est ma famille, ma communauté (les autres bénévoles) et le personnel de la fédération. J’ai aussi dû apprendre à accepter de l’aide et à reconnaître que je ne peux pas tout faire seule. »

Apprendre à déléguer est d’ailleurs l’une des leçons les plus importantes qu’elle a tirées de son parcours.

« Je dirais que la décision la plus déterminante a été d’apprendre à déléguer et à accepter de dire à quelqu’un : “Je suis débordée” », ajoute-t-elle. « Je dis souvent : “Revenez me voir”, parce que je tiens à pouvoir me consacrer à 100 % quand je dis oui. »

Cette réalité a pris une forme inattendue lorsqu’on a posé aux enfants d’Alicia une question toute simple : Que fait maman?

Ils ont tous donné une réponse différente.

L’un a décrit une agricultrice et éducatrice. Un autre a souligné sa capacité à soutenir sa famille tout en assumant d’innombrables responsabilités. Sa fille aînée a quant à elle souligné qu’il est difficile de résumer en quelques mots tout ce que fait sa mère, mais qu’elle se lève chaque matin et donne toujours le meilleur d’elle-même. Un autre a simplement répondu : « Maman soutient les siens et sa communauté. » Ensemble, leurs réponses ont dressé le portrait d’une femme qui dépasse largement tout titre ou toute description de poste.

Pour Alicia, il traduit une réalité que bien des femmes en agriculture connaissent :

Le travail n’a rien de nouveau. Nous apprenons simplement à mieux le reconnaître.

Pour souligner l’Année internationale des agricultrices, FAC tiendra le 24 novembre prochain un événement virtuel gratuit qui célébrera les femmes qui font la différence à la ferme, dans le secteur agricole et au sein de leur communauté. Quatre conférencières y proposeront quatre regards distincts sur le leadership, le travail invisible, le bien-être mental et la résilience en agriculture.

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