Mentalité de PDG agricole : transformer sa vision en plan d’entreprise

L’agriculture moderne ne se limite plus à la production; elle consiste parfois à gérer une entreprise de plusieurs millions de dollars. Et à mesure que s’accroît la complexité du secteur, il est de plus en plus important d’adopter une mentalité de PDG. Celle-ci permet d’aborder l’exploitation agricole comme une entreprise et de se doter d’outils importants, tels qu’une vision à long terme et des plans de gestion stratégique et de gestion du risque.
En adoptant une mentalité de PDG, vous optimisez la prise de décision fondée sur les données et la stratégie commerciale, ce qui réduit les choix réactifs et les occasions manquées. Vous prendrez des décisions proactives en matière d’investissement, d’adoption de la technologie et de ressources humaines, entre autres. Selon Matt Creechan et Evan Shout, experts en planification financière et commerciale, vous ouvrez ainsi la voie à la croissance de votre entreprise, à la planification de la relève et à la résilience de votre exploitation.
Repenser la tradition
Les gestionnaires agricoles qui se démarquent sont ceux et celles qui ont élaboré un plan d’affaires.
M. Creechan, associé chez KPMG, est spécialiste de la planification stratégique, de la gestion du risque et des services-conseils aux entreprises agricoles. Il constate que beaucoup de gestionnaires agricoles espèrent que chaque décision commerciale est couronnée de succès. Il les encourage plutôt à mettre cette aspiration de côté au profit de stratégies permettant d’atteindre un rythme de croissance plus mesuré.
Selon M. Creechan, les gestionnaires agricoles qui se démarquent sont ceux et celles qui ont élaboré un plan d’affaires. Ils et elles se tournent toujours vers l’avenir et cherchent des moyens d’améliorer ou de développer leurs activités, tout en continuant à apprendre et à jouer un rôle actif au sein de l’industrie.
Gestion agricole du Canada établit un lien mesurable entre l’adoption de pratiques de gestion d’entreprise à la ferme et le rendement financier. Plusieurs pratiques – notamment la création d’un plan d’affaires écrit, le suivi des coûts de production et la tenue d’un budget et d’un plan financier à jour – se sont révélées des facteurs déterminants d’une rentabilité agricole accrue.
Conserver ses données et définir des objectifs
Les décisions commerciales judicieuses sont généralement étayées par des données. Une planification efficace des affaires comprend l’utilisation d’analyses comparatives et de registres de production en vue de définir vos indicateurs de rendement clés.
M. Creechan insiste sur l’importance de veiller à la précision des dossiers financiers, du budget et des prévisions du marché. On peut d’ailleurs assigner cette tâche à un membre du personnel ou avoir recours à un service de consultation externe pour en assurer le suivi. Il ne suffit pas de regarder ses résultats à la fin de l’exercice financier, d’autant plus que de nombreuses décisions concernant l’année à venir ont déjà été prises à ce moment. En fin de compte, il incombe à la direction de l’exploitation agricole de transformer l’analyse en décisions.
« Je pense que l’élément clé en matière de comptabilité et de finances est de faire un budget et de le comparer à vos dépenses réelles, explique M. Creechan. Il n’est pas nécessaire que le budget soit très précis, mais il faut le faire en temps opportun pour éviter les problèmes de trésorerie. Beaucoup d’exploitants se voient pris au dépourvu lorsque les liquidités sont serrées, et cela se répercute sur leur plan d’affaires. »
L’analyse comparative et l’analyse des flux de trésorerie font partie des mesures opérationnelles et de l’évaluation régulière des occasions et des risques en constante évolution avec lesquels votre entreprise doit composer.
« Les gestionnaires agricoles qui ont une mentalité de PDG le font, et probablement même de façon saisonnière, explique M. Creechan. Cette réflexion mène souvent à la décision de documenter ces renseignements et de les communiquer aux principales parties prenantes. »
Consigner les occasions potentielles et vos objectifs est une première étape importante dans la planification des affaires. Les objectifs peuvent être généraux ou spécifiques, et désignés comme étant à court ou à long terme. Vos partenaires et votre réseau peuvent vous aider à évaluer ce qui est nécessaire pour atteindre chaque objectif et, au fil du temps, ce qui doit ou ne doit pas changer pour que l’entreprise reste en phase avec ses cibles.
Tenir compte du changement
Pour Evan Shout, un plan d’affaires et une gestion proactive sont indispensables pour maintenir les marges sur de longues périodes. M. Shout est comptable professionnel agréé et directeur financier de Hebert Grain Ventures, une exploitation céréalière et oléagineuse de 40 000 acres située à Moosomin, en Saskatchewan.
« Les flux de trésorerie ne sont plus un plan à court terme, indique M. Shout. Dans le passé, les producteurs et productrices avaient pris l’habitude de vendre quand le besoin en argent se faisait sentir et de dépenser quand les fonds étaient disponibles. Ce n’est désormais plus le cas. Aujourd’hui, une saison agricole dure 24 mois et ceux et celles qui réussissent à générer des flux de trésorerie doivent avoir un plan à beaucoup plus long terme pour créer des marges. En dépensant aujourd’hui pour vendre plus tard, vous pouvez générer un flux de trésorerie important uniquement grâce à la marge que vous créez. »
Il explique qu’en agriculture, on considère souvent la commercialisation comme la vente de produits au sommet du marché, pour obtenir le plus de profits. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Aujourd’hui, les exploitants agricoles doivent gérer leurs ventes en fonction des besoins de trésorerie, des plafonds logistiques, des profits et du moment des achats. Chacun de ces éléments est une raison supplémentaire de tenir à jour vos registres financiers et votre analyse de trésorerie dans le cadre de votre plan de commercialisation et de votre plan d’affaires global.
Plus important que jamais
Le vieillissement démographique du secteur agricole canadien et la hausse de la valeur des terres agricoles jouent également un rôle. M. Creechan et M. Shout affirment qu’un plan d’affaires régulièrement révisé et mis à jour est plus important que jamais face à la vague de transferts d’exploitations agricoles.
M. Creechan ajoute qu’avec une planification minutieuse, les exploitations agricoles ont beaucoup plus de chances de survivre et de prospérer pendant la période de consolidation à venir.
« La planification des affaires permettra aux exploitations de se développer et aux entreprises familiales de perdurer pendant une autre génération, explique M. Creechan. Et celles, dirigées avec une mentalité de PDG, sont les plus susceptibles de continuer à se développer à un bon rythme. »
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D’après un article de l’AgriSuccès par Matt McIntosh.

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