Explorer les tendances en matière d’abordabilité des terres agricoles grâce aux recettes tirées des cultures

  • 22 mars 2022
  • 4,5 min de lecture

La demande de terres agricoles canadiennes a été vigoureuse en 2021, car les faibles taux d’intérêt et les prix élevés des produits de base ont compensé l’effet des perturbations de la chaîne d’approvisionnement et météorologiques sur les revenus agricoles. Le nombre de terres agricoles à vendre demeurant limité, la valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 8,3 %.

Le présent billet examine l’abordabilité des terres en comparant les paiements annuels au titre de terres et le revenu brut généré par différentes rotations des cultures en Ontario et en Saskatchewan. Malgré une corrélation de la tendance directionnelle générale à long terme dans les deux provinces, on constate d’importants écarts annuels sur le plan de l’abordabilité.

Calcul des paiements annuels d’une terre agricole

La plupart des terres agricoles sont achetées avec des fonds propres et des fonds empruntés. Et l’abordabilité des terres agricoles dépend des prix des terres, des coûts de financement et des revenus agricoles.

Supposons qu’une nouvelle terre est payée avec une mise de fonds de 25 % et un prêt amorti sur 25 ans. Pour déterminer le paiement annuel de la terre agricole, nous utiliserons le taux d’intérêt effectif hebdomadaire pour les entreprises (une moyenne pondérée de divers taux d’intérêt des marchés), lequel était en moyenne de 2,3 % en 2021, en baisse comparativement à 2,7 % en 2020. La formule pour déterminer le paiement annuel d’une terre agricole est la suivante :

Paiement annuel d’une terre agricole
=
75 % * prix d’achat de la terre [2,3 % ((1 + 2,3 %) ^25 ans)]
[(2,3 % + 1) ^25 ans -1]

La valeur des terres agricoles et les paiements annuels évoluent généralement au même rythme (figure 1). Au cours des 10 dernières années, la valeur des terres agricoles a augmenté en moyenne de 7,9 % par année, alors que les paiements annuels ont grimpé de 6,6 % par année. L’incidence de la hausse de la valeur des terres agricoles en 2021 sur les paiements annuels a été quelque peu modérée par la baisse des taux d’intérêt.

Dans notre scénario, les paiements annuels moyens à l’acre au Canada ont augmenté de 3,8 % pour s’établir à 148 $/l’acre en 2021, alors que les terres agricoles (à l’acre) se sont appréciées de 8,3 %. Fait intéressant, le paiement annuel à l’acre en 2021 était à peine inférieur à son montant le plus élevé enregistré en 2019; cependant, la valeur des terres agricoles se chiffre à 450 $ l’acre de plus.  

Figure 1. Valeur moyenne des terres agricoles canadiennes comparée au paiement annuel moyen

Figure affichée : Valeur moyenne des terres agricoles canadiennes comparée au paiement annuel moyen Source : calculs de FAC

Mesurer l’abordabilité des terres agricoles grâce aux recettes tirées des cultures 

Les moyennes provinciales de rendement et de prix permettent d’obtenir une estimation des revenus bruts pour une rotation maïs-soya en Ontario et une rotation canola-blé en Saskatchewan, que l’on peut ensuite comparer au paiement annuel moyen d’une terre agricole.

Figure 2. Paiements annuels de terres en pourcentage des recettes brutes tirées des cultures

Figure affichée : Paiements annuels de terres en pourcentage des recettes brutes tirées des cultures Source : calculs de FAC

La valeur des terres agricoles de la Saskatchewan dépend principalement des recettes céréalières. En 2021, ce ratio d’abordabilité a atteint 24 %, partiellement en raison de faibles rendements des cultures, mais les paiements de terres ont également augmenté. En Saskatchewan, la moyenne à long terme est de 14 %, un niveau en deçà duquel elle n’est jamais descendue depuis 2013. Hormis 2021, les recettes brutes tirées des cultures sont demeurées relativement élevées depuis 2013, mais les terres agricoles se sont appréciées à un rythme plus rapide. Ainsi, la valeur des terres se situe au niveau le plus élevé de son historique récent lorsqu’elle est mesurée par rapport aux recettes tirées des cultures.

En revanche, l’abordabilité en Ontario s’est améliorée par rapport au sommet atteint en 2019, les paiements de terres annuels représentant maintenant 60 % des recettes brutes générées par une rotation maïs-soya. Ce pourcentage est en phase avec la moyenne de 56 % enregistrée depuis l’année 2000. L’agriculture ontarienne est diversifiée et les nombreux secteurs, y compris ceux de l’horticulture et de l’élevage, se livrent concurrence pour les terres agricoles. En raison de cette diversité, il est dangereux de comparer les ratios d’abordabilité entre les provinces.

L’Ontario affiche un historique de très forte volatilité, puisque les paiements de terre représentent, d’un extrême à l’autre, de 37 % à 81 % des recettes annuelles tirées de la culture du maïs et du soya. En Saskatchewan, la valeur des terres agricoles augmente plus rapidement que les recettes tirées du canola et du blé, ce qui a entraîné une diminution de leur abordabilité, mais la volatilité annuelle est moins forte.

À surveiller sur le marché des terres agricoles en 2022

Après des creux historiques en 2021, on prévoit pour 2022 une hausse des taux d’intérêt, alors que la Banque du Canada combattra l’inflation. L’augmentation des taux d’intérêt entraînera à la hausse les paiements de terres annuels. La volatilité des marchés en ce qui concerne les prix des produits de base et les prix élevés des intrants agricoles créent de l’incertitude relativement aux revenus agricoles nets. Il est essentiel de bien comprendre l’effet des différents scénarios de taux d’intérêts et de revenus agricoles sur les paiements de terres pour créer un bon plan de gestion du risque financier.


Justin Shepherd
Économiste

Arrivé au sein de l’équipe des Services économiques de FAC en 2021, Justin se spécialise dans la surveillance de la production agricole et l’analyse des tendances de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale. Justin a grandi dans une ferme mixte en Saskatchewan et il est toujours actif au sein de l’exploitation agricole familiale. Il est titulaire d’une maîtrise en économie appliquée et gestion de l’Université Cornell, ainsi que d’un baccalauréat en agroentreprise de l’Université de la Saskatchewan.