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Aperçu de la situation macroéconomique au premier trimestre de 2022 : La hausse des taux est désormais une réalité

3 mars 2022
9 min de lecture
Aperçu

La croissance économique du Canada devrait être plus faible au premier trimestre en raison des perturbations liées au variant Omicron et à la chaîne d’approvisionnement, comparativement au deuxième semestre de 2021. L’équipe des Services économiques de FAC s’attend à une forte reprise au deuxième trimestre et à une forte croissance globale en 2022, car la demande de services augmentera parallèlement à la relance économique des provinces. Les défis liés au resserrement du marché du travail et aux goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement sont compensés par la vigueur des exportations et des dépenses de consommation. L’invasion de l’Ukraine par la Russie affaiblira la croissance économique mondiale et contribuera à accentuer les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ainsi qu’à faire grimper les prix de l’énergie. L’inflation a atteint son plus haut niveau de la décennie au quatrième trimestre de 2021. De plus, la Banque du Canada (BdC) tient absolument à augmenter son taux directeur pour lutter contre l’inflation, car les indicateurs du marché du travail se sont pour la plupart rétablis aux niveaux d’avant la COVID-19. La première augmentation du taux du financement à un jour a eu lieu le 2 mars, et l’équipe des Services économiques de FAC s’attend à ce que la BdC augmente le taux du financement à un jour à quatre autres reprises d’ici la fin de l’exercice.

PIB

Le PIB était vigoureux au quatrième trimestre; il a crû à un rythme annuel de 6,7 % par rapport au troisième trimestre. Les dépenses de consommation ont été importantes, car le taux de chômage est revenu au niveau d’avant la pandémie en décembre, et le taux de participation au marché du travail des personnes de 25 à 54 ans était le plus élevé jamais enregistré, soit 88,4 %. La hausse des prix du pétrole, du bois d’œuvre et des produits agricoles ainsi que la croissance de la demande étrangère ont favorisé les exportations.

La croissance du PIB devrait ralentir au premier trimestre (figure 1). Le variant Omicron a freiné les dépenses et l’emploi, principalement dans les secteurs des services d’alimentation, de l’hébergement et des voyages. En janvier, l’absentéisme au travail a augmenté de 32 % sur 12 mois, ce qui a limité la productivité et perturbé le transport. La croissance du PIB devrait s’accélérer au deuxième trimestre à mesure que seront assouplies les restrictions liées à la COVID-19, avant de ralentir pour se situer entre 2 % et 3 % à l’approche de 2023. La croissance annuelle en 2022 devrait être de 3,8 %, comparativement à 4,6 % en 2021.

Figure 1. La croissance du PIB devrait s’avérer modeste au premier trimestre avant d’atteindre son sommet de 2022 au deuxième trimestre
Tableau intitulé « La croissance du PIB devrait s’avérer modeste au premier trimestre avant d’atteindre son sommet de 2022 au deuxième trimestre »
Politique de la banque centrale et marchés obligataires
Taux du financement à un jour de la Banque du Canada

Le 2 mars, la BdC a fait passer son taux de financement à un jour de 0,25 % à 0,50 %. Selon les marchés financiers, il y aura jusqu’à cinq hausses supplémentaires de 25 points de base en 2022. Toutefois, d’après leurs observations, les membres de l’équipe des Services économiques de FAC considèrent qu’il s’agit d’une légère surestimation. Nous croyons qu’il y aura quatre augmentations supplémentaires de 25 points de base, ce qui portera le taux à 1,5 % à la fin de l’exercice (tableau 1).

On s’attend à ce que la Réserve fédérale américaine soit aussi agressive en ce qui concerne les hausses de taux, et elle devrait augmenter son taux directeur dans la fourchette supérieure de 1,50 % d’ici la fin de l’exercice. L’inflation a été plus marquée aux États-Unis, où elle a atteint, en janvier, son plus haut niveau depuis 1982, soit 7,5 %.

Les deux banques centrales pourraient être contraintes de hausser les taux d’intérêt plus rapidement si l’inflation continue à grimper. À l’inverse, des sanctions pourraient entraîner un ralentissement de la croissance économique, ce qui accentuerait l’incertitude et freinerait la hausse des taux d’intérêt. Malgré cette incertitude, il serait prudent que les entreprises se préparent à des hausses des coûts d’emprunt cette année.

Tableau 1. Le taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada devrait augmenter de façon constante
Tableau intitulé « Le taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada devrait augmenter de façon constante »

L’ampleur des augmentations de taux de la BdC sera largement influencée par le taux d’investissement des entreprises, la rapidité avec laquelle les consommateurs épuiseront l’épargne accumulée pendant la pandémie et la mesure dans laquelle le conflit russo-ukrainien se répercutera sur l’économie canadienne. La hausse des investissements des entreprises, qui se traduit par des gains de productivité, neutralise les pressions inflationnistes en utilisant moins de ressources pour atteindre le même résultat. En ce qui concerne les consommateurs, le fait de déployer trop rapidement leur épargne dans l’économie pourrait exercer une pression supplémentaire sur l’inflation et provoquer une surchauffe de l’économie, ce qui forcerait la BdC à augmenter les taux plus rapidement. L’épargne demeure élevée (6,4 % à la fin du quatrième trimestre) et les dépenses seront probablement importantes; toutefois, les dépôts de particuliers dans les comptes chèques ont diminué pour la première fois depuis novembre 2019 (figure 3), et cette tendance devrait se poursuivre. L’inflation élevée gruge également une partie du pouvoir d’achat des consommateurs. Compte tenu de ces tendances, nous croyons que les dépenses réelles seront élevées au deuxième trimestre, mais qu’elles diminueront pour atteindre les niveaux d’avant la pandémie au deuxième semestre de l’exercice.

Figure 2 : Le total des dépôts de particuliers versés dans les comptes chèques a diminué en novembre pour la première fois depuis 2019
Tableau intitulé « Le total des dépôts de particuliers versés dans les comptes chèques a diminué en novembre pour la première fois depuis 2019 »
Inflation et taux fixes

En glissement annuel, l’inflation globale calculée par Statistique Canada était de 4,7 % au quatrième trimestre de 2021. La hausse des prix des aliments, de l’énergie et des services était le moteur principal de l’inflation. En janvier, l’inflation était de 5,1 %. Le taux d’inflation des aliments était de 5,7 % en janvier, après une hausse de 4,5 % au quatrième trimestre. L’inflation des prix des aliments devrait dépasser l’inflation globale en 2022.

Nous nous attendons à ce que l’inflation demeure élevée au deuxième trimestre de 2022 et qu’elle commence à ralentir pour se situer à un taux plus acceptable au deuxième semestre de l’exercice et en 2023 (tableau 2). Les salaires hebdomadaires ont augmenté de 3,1 % en décembre par rapport à l’année précédente, et les conventions collectives récemment négociées laissent entrevoir une forte croissance des salaires en 2022. Si les salaires augmentent plus rapidement que le taux d’inflation, cela pourrait exercer une pression supplémentaire sur les prix. Les prix de l’énergie pourraient aussi compliquer la trajectoire de l’inflation.

Tableau 2. L’inflation globale pourrait commencer à diminuer pour s’établir à 2 % en 2023
Tableau intitulé « L’inflation globale commencera à diminuer pour s’établir à 2 % en 2023 »

Le rendement des obligations a augmenté de façon constante entre décembre 2021 et février 2022. Les gains de rendement à court terme sont supérieurs aux fluctuations des taux de rendement à long terme en raison des prévisions de taux de la BdC et de la hausse de l’inflation (tableau 3). Dans l’ensemble, les taux de financement fixes ont augmenté en fonction de ces taux plus élevés. Il convient de noter que le conflit russo-ukrainien devrait accentuer la hausse des prix des produits de base, notamment l’énergie, et freiner la croissance économique mondiale. Dans ce contexte, les rendements obligataires diminueraient également.

Tableau 3. Les taux de rendement des obligations canadiennes devraient augmenter en 2023
Tableau intitulé « Les taux de rendement des obligations canadiennes devraient augmenter en 2023 »
Taux de change et observations au sujet des marchés étrangers
Le dollar américain par rapport au dollar canadien

L’économie américaine a été moins touchée par le variant Omicron, ce qui a permis de soutenir le dollar américain au cours des trois derniers mois. Les investisseurs se tournent maintenant vers le dollar américain comme monnaie refuge. Les prix du pétrole sont à leur niveau le plus élevé depuis 2011 en raison des sanctions; malgré tout, le huard est nettement inférieur à son niveau de 2011. Les prix du pétrole devraient contribuer à renforcer le dollar canadien pour le moment, mais l’incertitude et la volatilité suscitées par la situation en Ukraine contribue plutôt à renforcer le dollar américain. Outre ces facteurs, c’est la trajectoire des hausses de taux d’intérêt au Canada et aux États-Unis qui déterminera l’orientation du huard. Si les États-Unis adoptent une politique plus énergique en matière de hausse de taux, on peut s’attendre à un recul du dollar canadien.

L’euro par rapport au dollar canadien

Avant l’invasion de l’Ukraine, la Banque centrale européenne (BCE) envisageait d’augmenter son taux directeur au quatrième trimestre de 2022. Cette décision est maintenant remise en question. L’Ukraine ne fait pas partie de l’Union européenne, mais les répercussions des sanctions visant la Russie suscitent de l’incertitude économique qui pèse sur l’économie européenne. L’inflation devrait être forte en Europe en raison des prix élevés de l’énergie. Étant donné que le taux directeur du Canada devait être haussé plusieurs fois en 2022, les attentes relatives à l’inflation sont plus modérées ici qu’en Europe, et si l’on ajoute à l’équation les prix accrus du pétrole, on peut s’attendre à ce que le taux de change euro/dollar canadien augmente. Plusieurs inconnues demeurent en raison de l’incertitude entourant le conflit.

Tableau 4. Baisse prévue du dollar canadien
Tableau intitulé « Baisse prévue du dollar canadien »
Kyle Burak

Expert principal, science des données

Kyle Burak s’est joint à FAC en 2020 et occupe le poste d’expert principal, science des données. Il se spécialise dans la surveillance et l’analyse du portefeuille d’agroentreprise et agroalimentaire de FAC, la santé de l’industrie, et les risques inhérents au secteur. Avant de se joindre à FAC, Kyle a travaillé au service de l’approvisionnement et du marketing d’un détaillant alimentaire canadien. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université de Victoria.