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Nouvelle année de commercialisation des céréales : ce que l’histoire nous révèle sur les occasions de prix

12 août 2026
9,5 min de lecture

Depuis le début de l’année 2026, les prix des céréales, des oléagineux et des légumineuses sont soutenus par la guerre qui sévit au Moyen-Orient et les inquiétudes renouvelées au sujet du transport en mer Noire, étant donné l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui se poursuit. Certes, la récolte mondiale a été abondante l’année dernière, mais la demande a été plus élevée que prévu. Les prix supérieurs aux prévisions ont contribué à soutenir les marges des entreprises agricoles canadiennes à l’exercice 2025-2026. Toutefois, les coûts élevés des intrants, l’incertitude commerciale et les risques liés à l’accès aux marchés continuent d’influencer les prévisions de rentabilité pour l’année à venir.

Dans la présente analyse, nous examinons ce que les entreprises agricoles peuvent apprendre des tendances passées des prix pour mieux prendre des décisions concernant la commercialisation des céréales, malgré l’incertitude du marché.

La demande mondiale a été forte

Les prix des produits de base pour l’année commerciale 2025-2026 ont monté depuis que nous avons publié nos projections de janvier, sous l’effet notamment d’une hausse de 45 $ la tonne tant pour le canola que pour le soya. La progression des prix a amélioré les perspectives pour 2026-2027. On prévoit maintenant que les prix moyens dépasseront ceux de la campagne agricole qui vient de s’achever. Malgré l’abondance de l’offre qui était notable plus tôt dans l’année, l’escalade des conflits a entraîné une hausse des coûts des intrants et a favorisé les cultures prisées sur les marchés des carburants. Conjugué à un renforcement de la politique américaine sur les biocarburants et à une forte demande mondiale, ce phénomène a changé les prévisions financières, et l’on s’attend à ce que les stocks mondiaux de la plupart des principales denrées diminuent d’ici la fin de la campagne 2026-2027. Par conséquent, les prix des produits agricoles devraient se rapprocher de leurs moyennes sur cinq ans (tableau 1), qui tiennent encore compte des valeurs élevées observées en 2021 et en 2022.

Tableau 1 : Les prix des produits agricoles ($/tonne) pour la nouvelle campagne agricole ont augmenté depuis le début de l’année

Cultures commerciales

2024-2025
(réels)

2025-2026
(prévus)

2026-2027
(prévus)

Moyenne sur 5 ans

Maïs (Ont.)

240

255

275

270

Soya (Ont.)

520

565

615

615

Canola (Sask.)

630

660

690

745

Pois (Sask.)

410

305

320

430

Lentilles (Sask.)

810

560

570

810

Blé de printemps (Sask.)

290

270

290

345

Orge fourragère (Alb.)

250

255

255

300

Blé dur (Sask.)

340

295

300

440

Année commerciale du maïs et du soya : du 1er septembre au 31 août

Année commerciale du blé, du canola, de l’orge, des pois et des lentilles : du 1er août au 31 juillet

Sources : Statistique Canada et calculs effectués par FAC

Les récoltes canadiennes se vendent sur le marché au comptant, où les gens intéressés à acheter et à vendre s’accordent sur un prix et concluent la transaction. La manière dont ce prix au comptant est fixé dépend de la structure du marché propre à chaque culture. Les grandes cultures comme le maïs, le soya et le blé sont négociées activement sur des marchés à terme qui établissent les prix de référence en dollars américains, à des endroits précis aux États-Unis. Dans le cas du canola, il y a des contrats à terme au Canada qui sont libellés en dollars canadiens. Pour de nombreuses autres cultures, les marchés à terme sont soit peu actifs, soit inexistants, ce qui rend plus difficile de déterminer la juste valeur marchande.

Peu importe comment évolue le marché à terme, les prix tendent à afficher certaines tendances saisonnières répétitives. La question est de savoir si on peut tirer des données passées des enseignements utiles pour la commercialisation des récoltes.

Les prix obtenus pour les céréales varient fortement selon la saison

Pour la plupart des exploitations agricoles, toucher le prix moyen de l’année commerciale constitue une réussite. Il est possible d’évaluer dans quelle mesure cela est réaliste en examinant l’effet saisonnier lié aux prix des produits agricoles et les moments où les ventes sont plus susceptibles d’atteindre ou de dépasser la moyenne. Afin d’examiner l’effet saisonnier, on compare chaque prix mensuel avec le prix moyen de l’ensemble de l’année commerciale. Les mois au cours desquels les céréales sont vendues à un prix se trouvant sous la moyenne de l’année commerciale ont une valeur inférieure à 100 dans l’indice, tandis que les mois au cours desquels elles sont vendues à un prix situé au-dessus de cette moyenne annuelle ont une valeur supérieure à 100 dans l’indice.

Afin de choisir la bonne période pour établir l’indice saisonnier, nous avons comparé des périodes ayant tant une courte qu’une longue durée. Les résultats se sont révélés cohérents : l’indice sur cinq ans, qui tient compte des prix élevés de 2021 et de 2022, présentait une corrélation quasi parfaite avec la période plus longue de 20 ans. Il peut y avoir d’importantes variations de prix annuelles et mensuelles, mais les marchés ont tendance à suivre des schémas saisonniers stables au fil du temps, les prix pouvant être plus élevés certains mois dans une année commerciale. Aux fins de la présente analyse, nous utilisons l’indice sur 20 ans et l’appelons « indice de l’année commerciale ».

Si l’on se penche sur les quatre denrées de base, soit le canola, le blé, le maïs et le soya, la tendance saisonnière corrobore l’opinion courante selon laquelle les prix faiblissent souvent vers le moment de la récolte (figures 1 à 4). L’année commerciale ne rend pas compte parfaitement des creux avoisinant les récoltes, car l’année de récolte du canola et du blé va d’août à juillet, tandis que celle du maïs et du soya s’étale de septembre à août. Même si la récolte débute au cours des deux premiers mois de l’année commerciale, ce n’est pas toujours à ce moment-là que les volumes les plus importants atteignent le marché. Les prix diminuent généralement pendant la période de pointe des livraisons, lorsque l’approvisionnement est au plus élevé. Certaines années, les prix s’améliorent juste avant la récolte, car les entreprises acheteuses, dont les usines de trituration d’oléagineux, s’assurent un approvisionnement suffisant avant l’arrivée des livraisons de nouveaux produits agricoles.

Canola

Les prix du canola subissent souvent des pressions en septembre, lorsque les nouvelles récoltes entrent dans le système (figure 1). La demande de canola est vaste; ainsi, les exportations, la trituration effectuée au pays et le marché des biocarburants influencent tous les mouvements des prix. Par le passé, les prix ne dépassaient pas la moyenne de l’année commerciale avant le mois de mars, et la campagne agricole 2025-2026 a suivi une tendance similaire. En d’autres termes, si les exploitations agricoles n’ont pas un besoin immédiat de liquidités et qu’elles disposent de capacités de stockage, il pourrait être préférable de reporter leurs ventes à l’été, période où elles sont susceptibles d’obtenir des prix plus élevés.

Figure 1 : Le prix du canola en Saskatchewan suit un schéma saisonnier historique

Graphique linéaire montrant comment les prix du canola diminuent habituellement en Saskatchewan au moment de la récolte, en septembre, puis remontent le reste de l’année pour atteindre un sommet en juillet. L’année commerciale 2025‑2026 suit de près la tendance historique.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Blé

Le blé suit un schéma saisonnier similaire en regard des récoltes. Cependant, les facteurs influant sur ce marché ne sont pas les mêmes que dans le cas du canola (figure 2). Les prix du blé en Saskatchewan sont influencés par les données fondamentales nationales et la demande à l’exportation. La qualité, les niveaux de protéines et la conjoncture de l’offre mondiale ont tous une incidence sur la valeur de base et la valeur monétaire. De plus, le blé est moins volatil que le canola, de sorte que le moment de la vente a toujours eu moins d’importance pour obtenir un prix proche du niveau le plus élevé atteint au cours d’une année commerciale. Au cours de l’année de récolte 2025-2026, ce schéma n’a pas été suivi exactement. En effet, les prix ont monté au deuxième semestre en raison d’une récolte moins abondante aux États-Unis et des inquiétudes grandissantes qu’a suscité la disponibilité du blé dans la région de la mer Noire.

Figure 2 : Les prix du blé en Saskatchewan ont monté plus tard pendant l’année commerciale

Graphique linéaire montrant comment les prix du blé diminuent habituellement en Saskatchewan au moment de la récolte, en septembre, puis remontent le reste de l’année pour atteindre un sommet en juin. L’année commerciale 2025-2026 suit relativement la tendance historique. 

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Maïs

L’effet saisonnier du maïs en Ontario dépend du moment de la récolte, de la capacité de séchage commercial et des décisions d’entreposage (figure 3). Les prix diminuent souvent au fur et à mesure des récoltes dans les champs et de l’augmentation des stocks commerciaux, en particulier dans les années où les rendements sont élevés, la capacité de stockage gagnant alors en importance. Jusqu’à présent, l’année commerciale 2025-2026 a globalement suivi l’indice de l’année commerciale, les prix ayant remonté en fin d’année, car la forte demande intérieure de l’Ontario a soutenu le marché.

Figure 3 : Le prix du maïs en Ontario a suivi l’indice de l’année commerciale en 2025-2026

Graphique linéaire montrant comment les prix du maïs diminuent habituellement en Ontario au moment de la récolte, en novembre, puis remontent le reste de l’année pour atteindre un sommet en juillet. L’année commerciale 2025-2026 suit relativement la tendance historique. 

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Soya

En ce qui a trait au soya, l’indice de l’année commerciale montre que les prix sont habituellement plus faibles au moment de la récolte, puis se redressent progressivement jusqu’à l’année suivante (figure 4). Le moment auquel les offres les plus fortes sont effectuées peut varier en fonction du marché mondial des oléagineux et du rythme de la demande émanant des entreprises de transformation et d’exportation. Au cours de la présente année commerciale, on a observé des mouvements contraires à la tendance saisonnière, notamment un raffermissement des prix jusqu’en décembre, probablement en raison de la demande à l’exportation avant la fin de la saison de livraison des Grands Lacs et de la concurrence des installations de trituration. Le soya de qualité alimentaire peut être mis en marché et chargé tout au long de l’année, ce qui peut expliquer pourquoi l’indice historique du soya est si constant.

Figure 4 : Les prix du soya en Ontario ne suivent pas exactement l’indice de l’année commerciale en 2025-2026

Graphique linéaire montrant comment les prix du soya diminuent habituellement en Ontario au moment de la récolte, en octobre, puis remontent le reste de l’année pour atteindre un sommet en juillet. L’année commerciale 2025-2026 n’a pas suivi la tendance historique de très près, surtout comparativement aux autres denrées principales.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

En conclusion

Les entreprises agricoles peuvent réduire le risque de vendre à un prix inférieur à la moyenne de l’année commerciale en mettant leurs récoltes en marché à plusieurs moments dans l’année. Prenons un exemple simplifié où une exploitation agricole de l’Est du Canada vendrait 50 % de son soya à peine récolté en octobre, en faisant fi des prix à terme. Historiquement, les prix moyens du soya se trouvent environ 6 % sous la moyenne de l’année commerciale en octobre. Pour obtenir le prix moyen sur l’ensemble de la récolte, l’entreprise devra vendre le reste de son soya à un moment plus payant de l’année commerciale, comme en juillet.

Les tendances saisonnières ne doivent pas remplacer les signaux réels du marché, mais elles peuvent aider les entreprises agricoles à déterminer à quels moments les prix sont habituellement plus favorables. Par ailleurs, entreposer les céréales en attendant un meilleur prix génère aussi des coûts. Les frais de stockage commercial, les coûts de stockage à la ferme, de même que les intérêts sur les emprunts, la qualité des céréales et les besoins de liquidités, sont autant de facteurs à considérer pour décider s’il convient de remettre les ventes à un moment plus propice. À l’approche des récoltes, il reste essentiel de connaître le coût de production afin de décider comment effectuer la mise en marché et de commencer à planifier la campagne agricole 2027, dont nous parlerons dans de prochains articles de blogue, cet automne.

Commercialisation de céréales? Commencez ici

Les prix des cultures évoluent rapidement, et votre plan doit en faire autant. Que vous soyez novice en commercialisation ou que vous souhaitiez perfectionner votre stratégie, le guide de commercialisation des produits agricoles conçu par FAC vous aidera à clarifier vos objectifs, à comprendre les termes clés et à élaborer un plan de commercialisation adapté.

Justin Shepherd

Économiste principal

Justin est économiste principal à FAC. Lorsqu’il s’est joint à l’équipe en 2021, il se spécialisait dans la surveillance de la production agricole et l’analyse des tendances de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale. En plus de faire des présentations sur l’agriculture et l’économie, Justin participe régulièrement au blogue des Services économiques de FAC.

Il a grandi dans une ferme mixte en Saskatchewan et il est toujours actif au sein de l’exploitation agricole familiale. Justin est titulaire d’une maîtrise en économie appliquée et gestion de l’Université Cornell, ainsi que d’un baccalauréat en agroentreprise de l’Université de la Saskatchewan.