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L’accroissement du cheptel bovin canadien accélère, pendant que les difficultés d’exportation de la viande de porc s’intensifient

16 sept. 2026
11 min de lecture

Les secteurs de l’élevage du Canada évoluent dans des directions différentes au fil de l’année 2026.

Le cheptel bovin canadien s’agrandit pour la première fois depuis des années, mais l’offre restreinte à l’échelle de l’Amérique du Nord continue de maintenir les prix à des niveaux élevés d’un point de vue historique. Le secteur porcin demeure productif, mais l’affaiblissement de la demande d’exportation et l’intensification de la concurrence mondiale pèsent sur les perspectives du marché.

En se reposant sur les dernières données relatives aux stocks, aux marchés et aux échanges commerciaux, l’analyse qui suit aborde les raisons pour lesquelles les prix des bovins restent aussi hauts malgré la reconstitution du cheptel et les perspectives se sont détériorées pour les exploitations porcines canadiennes.

Bovins : l’expansion se poursuit, mais l’offre restreinte continue de soutenir les prix

Le rapport de Statistique Canada sur les stocks au 1er juillet répond à la question centrale qui se posait pour le marché des bovins au début de 2026. Dans les Perspectives de 2026 pour le secteur bovin, nous avancions que la reconstitution du cheptel était le facteur principal qui déterminerait pendant combien de temps les prix des bovins resteraient élevés. Les dernières données confirment que l’expansion mentionnée pour la première fois dans le rapport sur les stocks du 1er janvier a bel et bien pris de la vitesse. Le cheptel bovin du Canada est maintenant bien entré dans la phase d’expansion de son cycle, mais les stocks nord-américains demeurent restreints.

Les stocks totaux de bovins ont augmenté de 3,2 % pour atteindre 12,1 millions de têtes, ce qui représente la plus forte hausse d’une année sur l’autre depuis 2004. Le nombre de vaches de boucherie a crû de 1,9 % pour atteindre 3,51 millions de têtes, le nombre de génisses de remplacement, de 5,7 % et les stocks de veaux, de 4,6 %. Malgré ces gains, le cheptel bovin du Canada demeure inférieur d’environ 28 % à son sommet de 2005 (figure 1). Cependant, les poids accrus des carcasses ont partiellement compensé l’incidence de la diminution du nombre de bovins sur la production de viande bovine.

Figure 1 : Les stocks de bovins du Canada affichent leur plus forte hausse annuelle depuis 2004

Diagramme à barres illustrant l’évolution annuelle du cheptel bovin canadien, en pourcentage

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

L’accroissement du cheptel canadien est manifestement enclenché, mais le cheptel nord‑américain dans son ensemble n’affiche pas encore le même rythme de croissance. Des conditions de sécheresse persistantes freinent les efforts de reconstitution au sud de la frontière. De fait, les données sur les stocks aux États-Unis en juillet indiquent que le nombre total de bovins était pratiquement le même que l’année précédente (en hausse de 0,2 %) et que les stocks de vaches de boucherie avaient diminué de 0,7 %. Toutefois, des signes indiquent que les élevages américains se préparent à une expansion, les stocks de génisses de boucherie de remplacement ayant augmenté de 2,7 % par rapport à l’année dernière. Si elle se maintient, cette tendance pourrait favoriser une hausse de la production de veaux et la croissance du cheptel, mais la sécheresse qui sévit actuellement dans certaines régions des États-Unis pourrait ralentir la reconstitution du cheptel. Par conséquent, on s’attend toujours à ce que la production américaine de veaux recule de 1,5 % en 2026.

Comme les États-Unis représentent près de 90 % des stocks de bovins nord-américains, la lenteur de la reconstitution du cheptel au sud de la frontière continue de limiter l’offre de bovins. Plusieurs usines américaines de transformation du bœuf ont fermé leurs portes, leurs propriétaires ayant dû s’adapter à des stocks de bovins exceptionnellement bas, tandis que les restrictions visant les bovins d’engraissement mexicains ont encore resserré l’offre avant la récente réouverture progressive de la frontière.

Tant que le cheptel américain n’aura pas entamé une phase d’expansion durable, l’offre limitée de bovins en Amérique du Nord devrait continuer à soutenir les prix des bovins au Canada.

La vigueur des prix des bovins devrait persister

L’offre de bovins en Amérique du Nord reste plus limitée que prévu, la production de veaux aux États-Unis n’ayant pas encore augmenté de façon marquée. En conséquence, les prix des bovins dépassent nos prévisions initiales pour 2026 et devraient rester élevés, mais ils devraient diminuer progressivement à mesure que le cheptel grossit (tableau 1).

Tableau 1 : Les prix des bovins restent supérieurs aux prévisions initiales pour 2026

Prix des bovins

Prévisions 2027

Estimation 2026

Prévisions initiales 2026

Bouvillon gras de l’Alberta ($/quintal)

300

315

280

Bouvillon de 550 lb de l’Alberta ($/quintal)

555

630

480

Bouvillon de 850 lb de l’Alberta ($/quintal)

430

480

390

Bouvillon gras de l’Ontario ($/quintal)

295

310

280

Bouvillon de 550 lb de l’Ontario ($/quintal)

505

565

435

Bouvillon de 850 lb de l’Ontario ($/quintal)

440

470

370

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Les importations de bœuf des États-Unis et l’indication du pays d’origine sur les étiquettes reviennent sur le devant de la scène

La récente décision des États-Unis d’autoriser l’importation en franchise de droits, sur une période de 90 jours, d’un maximum de 300 000 tonnes métriques de parures de bœuf maigre destinées à la production de bœuf haché constitue une source d’incertitude. Si ces importations supplémentaires ont effectivement lieu en totalité, elles représenteraient une hausse d’environ 10 % des importations américaines annuelles de viande bovine, mais seulement quelque 2 % de la consommation totale de bœuf dans ce pays, ce qui laisse supposer un impact direct limité sur les prix des bovins.

Un autre événement à surveiller de près est l’initiative Ranchers First [en anglais seulement], lancée le 4 septembre par l’administration Trump, qui prévoit un examen des possibilités de mise en œuvre de l’indication obligatoire du pays d’origine sur les étiquettes (MCOOL pour mandatory country-of-origin labelling) aux États-Unis au cours des 90 prochains jours.

Pour les élevages canadiens, il s’agit d’un retour de la mesure MCOOL sur le devant de la scène. Au cours de la dernière période où cette mesure était en vigueur (de 2009 à 2015), certaines entreprises de transformation américaines ont réduit leurs achats de bovins et de porcs canadiens, car la mise à l’écart des animaux importés entraînait une augmentation des coûts de transformation et de tenue de registres.

Après la reprise consécutive à la levée des fermetures de frontières liées à l’encéphalite spongiforme bovine (ESB), les exportations de bovins vivants ont atteint 32,6 % de la production canadienne de veaux en 2008, avant de retomber à 23,4 % en 2009, après la mise en place de la mesure MCOOL (figure 2). S’est ensuivie une reprise des exportations après qu’une grave sécheresse ayant touché les États-Unis de 2012 à 2014 a entraîné une réduction des stocks de bovins au sud de la frontière. L’importante demande américaine de bovins au cours de cette période a contribué à atténuer en partie les effets de cette mesure.

Figure 2 : Exportations de bovins vivants en proportion de la production canadienne de veaux

Graphique linéaire illustrant les exportations canadiennes de bovins vivants vers les États-Unis, exprimées en pourcentage de la production de veaux.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Toute mesure visant à rétablir l’étiquetage obligatoire pourrait faire peser une incertitude supplémentaire pour les chaînes d’approvisionnement intégrées du secteur de l’élevage en Amérique du Nord. Si l’attention se concentre actuellement sur le bœuf, les précédentes règles MCOOL avaient aussi eu des répercussions sur les exportations canadiennes de porcs et les flux de transformation du porc, ce qui rend cette politique particulièrement pertinente maintenant que le secteur porcin canadien devient de plus en plus dépendant des échanges commerciaux.

Si les marchés des bovins continuent de recevoir le soutien d’une offre nord-américaine exceptionnellement restreinte, les prix élevés du bœuf incitent également les gens à se tourner vers des protéines moins coûteuses, dont le porc. De fait, cette tendance stimule dans une certaine mesure la demande de porc. Cependant, malgré une forte productivité et une demande américaine persistante pour le porc canadien, les conditions d’exportation se sont considérablement durcies.

La production porcine canadienne se maintient, mais les conditions d’exportation de la viande de porc se sont détériorées

Au 1er juillet, le cheptel porcin du Canada s’élevait à 14 millions de têtes, ayant gagné 0,6 % par rapport à l’année précédente. La production porcine a augmenté de 4 %, les abattages ont progressé de 2 % au pays et les exportations de porcs vivants ont bondi de 10 %, ce qui témoigne de l’importante demande des entreprises de transformation américaines malgré l’incertitude commerciale actuelle.

Toutefois, même si la production et les exportations de porcs vivants demeurent vigoureuses, les marchés internationaux du porc se révèlent plus ardus qu’on ne l’avait envisagé (figure 3). Les volumes d’exportation de viande de porc du Canada ont reculé de 7,1 % au premier semestre de 2026 en raison d’un ralentissement des expéditions vers plusieurs grands marchés asiatiques. Les exportations vers la Chine ont chuté de 18,0 %, sous l’effet persistant des droits de douane de 25 % imposés par la Chine sur la viande de porc canadienne. Parallèlement, la concurrence accrue du Brésil et l’affaiblissement de la demande dans certaines régions d’Asie ont contribué à un repli de 10,9 % des exportations vers le Japon et de 39,7 % vers les Philippines.

En revanche, les exportations vers les États-Unis et le Mexique ont monté respectivement de 5,6 % et de 10,3 %, ce qui souligne l’importance croissante de la demande nord-américaine pour compenser le recul des marchés étrangers. La valeur totale des exportations n’a donc diminué que de 4,7 %, soit moins que les volumes d’exportation, ce qui laisse supposer que les prix à l’exportation sont restés relativement stables malgré un ralentissement de la demande.

Dans l’ensemble, l’accès limité au marché chinois et l’intensification de la concurrence exercée par d’autres grands pays exportateurs ont créé un contexte commercial mondial plus désavantageux que prévu en début d’année, ce qui a accru la dépendance aux marchés nord‑américains pour soutenir les exportations canadiennes de viande de porc.

Figure 3 : Les volumes d’exportation de viande de porc canadienne ont reculé au premier semestre de 2026

Diagramme à barres empilées montrant que les volumes d’exportation de viande de porc ont diminué en 2026 par rapport à 2025

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Les marchés du porc sont de plus en plus influencés par les échanges commerciaux

Les attentes antérieures de prix élevés pour le porc se sont amoindries en raison de la baisse des exportations vers plusieurs marchés asiatiques importants et de l’intensification de la concurrence du Brésil, ce qui confirme que le marché porcin canadien repose de plus en plus sur les échanges commerciaux.

Contrairement aux marchés bovins, où l’offre restreinte en Amérique du Nord continue de dominer la fixation des prix, les marchés porcins sont de plus en plus tributaires des conditions du commerce international. La croissance des exportations vers les États-Unis et le Mexique, ainsi que le déplacement de la consommation vers des protéines moins coûteuses, ont partiellement compensé l’affaiblissement de la demande asiatique, mais cela n’a pas suffi à surmonter la concurrence internationale en progression.

Les prix des porcs de marché en Ontario et au Manitoba ont été revus à la baisse d’environ 13 % à 14 % par rapport aux prévisions initiales pour 2026, tandis que les prix des porcs d’engraissement ont fait l’objet de révisions à la baisse encore plus importantes (tableau 2). Le marché des porcelets sevrés, où les prix demeurent relativement stables, fait figure d’exception.

Tableau 2 : Les prix prévus pour les porcs ont été révisés à la baisse en raison d’une détérioration des conditions d’exportation

Prix des porcs

Prévisions 2027

Estimation 2026

Prévisions initiales 2026

Porcs de marché de l’Ontario ($/kg)

2,25

2,40

2,80

Porc d’engraissement de l’Ontario ($/tête)

95

100

115

Porc de marché du Manitoba ($/kg)

2,25

2,35

2,70

Porc d’engraissement du Manitoba ($/tête)

95

95

110

Porcelet sevré ($/tête)

70

70

65

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

En conclusion

À l’approche de la fin de l’année 2026, les facteurs fondamentaux du marché évoluent de manière très contrastée pour les secteurs de l’élevage du Canada.

Le cheptel canadien s’agrandit, mais l’offre de bovins en Amérique du Nord reste particulièrement faible, car la reconstitution du cheptel américain est plus lente que prévu. Si l’augmentation des stocks de génisses de remplacement laisse croire qu’une expansion est en train de se dessiner, la production de veaux aux États-Unis n’a pas encore augmenté de façon marquée. Les prix des bovins devraient donc rester élevés jusqu’à la fin de l’année 2026 et au cours de l’année suivante, même si on s’attend à ce qu’ils se modèrent progressivement par rapport à leurs sommets récents.

La situation est tout autre dans le secteur porcin. La production tient bon et les exportations de porcs vivants vers les États-Unis se sont amplifiées, mais le ralentissement de la demande asiatique et l’intensification de la concurrence pèsent sur les exportations de viande de porc et les prix des porcs. Bien que les prix élevés du bœuf continuent de soutenir la demande de viande de porc, ils n’ont pas suffi à contrebalancer les enjeux d’exportation.

Les perspectives divergentes pour les secteurs bovin et porcin soulignent les différentes forces qui façonnent les secteurs de l’élevage au Canada à l’approche de la nouvelle année. Nos prévisions de janvier 2027 offriront une évaluation plus complète des risques et des possibilités à venir.

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Leigh Anderson

Économiste principal

Leigh est économiste principal à FAC. Ses domaines d’intervention comprennent l’analyse des marchés de l’équipement agricole et des intrants de culture. Ayant grandi dans une exploitation mixte de bovins et de céréales en Saskatchewan, il assure également un suivi des secteurs canadiens des céréales, des oléagineux et du bétail et fournit des perspectives à cet égard.

Leigh est entré en fonction à FAC en 2015 au sein de l’équipe des Services économiques. Il œuvrait auparavant auprès de la Direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. Il est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.