La valeur des terres agricoles est demeurée élevée en 2025

La valeur moyenne des terres agricoles au Canada a augmenté de 9,3 % en 2025, suivant le rythme de croissance global de l’année dernière. Cette variation annuelle se situe entre la moyenne sur cinq ans (9,5 %) et la moyenne sur dix ans (8,6 %), ce qui signifie que la croissance actuelle s’inscrit dans la tendance à long terme. Le présent billet met en évidence les tendances observées pour les terres cultivées, les pâturages et les terres irriguées.
Pour consulter des renseignements détaillés à l’échelle provinciale et régionale, accédez au rapport complet Valeur des terres agricoles de FAC.
Tendances provinciales
Notre analyse couvre la période du 1er janvier au 31 décembre 2025. Les « trois mousquetaires » des Prairies – l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba – ont enregistré les plus fortes hausses de la valeur moyenne des terres agricoles cultivées à l’échelle nationale, avec des augmentations respectives de 11,4 %, 9,4 % et 12,2 % (figure 1). Dans les provinces de l’Est, la valeur des terres au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard a augmenté à des taux comparables (9,1 % et 8,5 %), tandis que toutes les autres provinces ont enregistré une croissance inférieure à la moyenne nationale.
La valeur moyenne des terres irriguées est restée stable tant en Colombie-Britannique qu’au Manitoba (0 %), tandis que l’Alberta et la Saskatchewan ont enregistré des hausses respectives de 11,3 % et 19,2 %. La demande de terres irriguées s’est maintenue, ce qui s’explique par les gains de rendement et la plus grande sécurité de production qu’elles offrent. Malgré un roulement limité des biens immobiliers et le fait que de nombreuses parcelles sont conservées précieusement, l’intérêt manifesté par les irrigants établis et les propriétaires d’exploitations non irriguées voisines a continué à favoriser des prix plus élevés pour ces superficies et à maintenir la stabilité de la valeur des terres.
La variation en pourcentage de la valeur moyenne des terres agricoles à l’échelle nationale est calculée en utilisant l’approche de la moyenne pondérée. La Saskatchewan, qui possède la plus grande superficie de terres cultivées, a la plus forte pondération dans le résultat national, suivie de l’Alberta et du Manitoba, qui occupent respectivement les deuxième et troisième places en importance.
Figure 1 : Variations moyennes de la valeur des terres cultivées en 2025

Source : Calculs de FAC
Les prix records des bovins ne suffisent pas encore à faire grimper la valeur des pâturages, car les producteurs et productrices ont la mémoire longue
En 2025, la valeur des pâturages a augmenté dans toutes les provinces de l’Ouest canadien où cette mesure fait l’objet d’un suivi (figure 2), la Saskatchewan enregistrant la plus forte hausse avec 7,6 %, suivie de la Colombie-Britannique avec 5,6 %, du Manitoba avec 4,3 % et de l’Alberta avec 3,5 %. Il faut tenir compte des sécheresses prolongées qui touchent les principales régions d’élevage bovin lorsqu’on évalue la valeur des pâturages. Ce sont les régions de la rivière de la Paix et du Nord en Colombie-Britannique et en Alberta, qui ont enregistré les hausses les plus marquées, sous l’effet de la demande pour des terres à usage mixte et des parcelles destinées au pâturage. Dans plusieurs régions, les valeurs observées reflétaient non seulement le potentiel de pâturage, mais aussi la concurrence exercée par les agriculteurs et agricultrices à temps partiel, ce qui a réduit davantage l’offre de terres.
Figure 2 : Variations moyennes de la valeur des pâturages en 2025

Source : Calculs de FAC
Même si la collecte des données n’a commencé qu’en 2022, les renseignements disponibles fournissent néanmoins des indications utiles. Le taux de croissance moyen de la valeur des pâturages de l’Ouest a atteint un sommet en 2023 et a reculé depuis, la région affichant une moyenne de 5,2 % l’année dernière (voir la figure 3). Si la croissance des terres cultivées a également ralenti depuis 2022, elle dépassait tout de même les 10 % en 2025, soit près du double de la croissance des pâturages.
Figure 3 : Valeur moyenne des terres cultivées et des pâturages dans les provinces de l’Ouest

Sources : Calculs de FAC, Statistique Canada
Au cours des quatre dernières années, la valeur des pâturages a augmenté en moyenne de 7,0 % par an. En revanche, la valeur des terres cultivées dans les régions de l’Ouest a connu une hausse plus marquée, progressant de 11,1 % par an, ce qui a confirmé le rôle prépondérant des terres cultivées dans la détermination de la valeur des terres agricoles. Si les recettes monétaires agricoles – ou les revenus – sont généralement considérées comme des indicateurs de la capacité d’un producteur ou d’une productrice à réinvestir dans des terres agricoles, les données révèlent une réalité bien différente. Par exemple, les recettes issues de l’élevage bovin ont progressé de 74 % entre 2022 et 2025, tandis que les recettes tirées des cultures ont diminué de 9 % au cours de la même période.
Malgré la baisse des recettes et le resserrement des marges, les prix des terres cultivées demeurent élevés en raison d’une forte demande, ce qui témoigne de la confiance dans les fondamentaux du secteur agricole. Les terres fertiles sont prisées pour leur rôle dans une production efficace, même face à des facteurs du marché changeants tels que les cycles des produits de base et la politique commerciale. La planification successorale dans les exploitations familiales et les tendances démographiques limitent également l’offre, car les producteurs et productrices plus âgés conservent leurs terres pour leurs héritiers ou à titre d’investissement à long terme, ce qui contribue à stabiliser le marché.
Dans l’industrie bovine, il est essentiel de tenir compte des différents types d’exploitations concernées. Les propriétaires d’exploitations d’élevage-naissage, qui sont les principaux utilisateurs des pâturages, ont enregistré des revenus et des marges élevés ces dernières années; toutefois, ces résultats font suite à près d’une décennie de rentabilité incertaine, attribuable au moins en partie à des sécheresses persistantes. Bon nombre de producteurs et de productrices s’attachent actuellement à consolider leur bilan, tandis que ceux et celles qui souhaitent agrandir leur cheptel réinvestissent dans l’achat de bovins à des prix atteignant ou frôlant des sommets historiques (le cheptel bovin canadien a d’ailleurs augmenté de 2,5 % au 1er janvier), tout en gardant, comme toujours, un œil sur les conditions météorologiques. Il semble qu’il faudra plus que quelques années de bonnes marges pour que les éleveurs et éleveuses de bovins recommencent à investir dans de nouveaux pâturages. À l’inverse, les propriétaires de parcs d’engraissement, bien que certains utilisent des pâturages, s’appuient principalement sur des sources d’alimentation telles que l’ensilage, le foin ou les céréales, qui proviennent de terres cultivées ou irriguées ayant connu des hausses de prix plus marquées.
En conclusion
Le marché canadien des terres agricoles demeure résilient, soutenu par une forte demande, une offre limitée et une confiance durable dans le secteur de l’agriculture. Les prix des terres cultivées et irriguées se sont maintenus malgré des marges plus serrées et une baisse des recettes agricoles, alors que les producteurs et productrices continuent de réaliser des acquisitions stratégiques à long terme.
La valeur des pâturages est en hausse grâce aux prix records des bovins et à l’amélioration des marges des élevages, en particulier les exploitations d’élevage-naissage, mais cette croissance a ralenti, les éleveurs et éleveuses semblant privilégier l’agrandissement de leur cheptel ou la consolidation de leur bilan. À mesure que le cheptel bovin canadien entre en phase d’expansion, la demande en pâturages devrait augmenter.
Bien que les incertitudes commerciales, les droits de douane, le coût élevé des intrants et la baisse des prix des produits de base constituent toujours des risques importants à surveiller, ils n’ont pas sensiblement freiné l’intérêt des acheteurs et acheteuses ni pesé sur la valeur globale des terres agricoles.
Pour consulter des renseignements détaillés à l’échelle provinciale et régionale, accédez au rapport complet Valeur des terres agricoles de FAC.
Article par : Megan Mailloux, analyste, Veille stratégique, et Justin Shepherd, économiste principal
