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Un jeune couple réalise son rêve agricole grâce au départ à la retraite de ses voisins

  • 7,5 min de lecture

Todd et Jennifer Payne ont acheté leurs 50 premiers moutons de la ferme d’élevage d’animaux reproducteurs de John et Eadie Steele, Shepherd’s Choice, en 2015. À l’époque, ils étaient loin de se douter qu’ils seraient un jour propriétaires de cette exploitation, qui est l’un des plus importants fournisseurs de semences ovines de l’industrie.

C’est pourtant ce qui est arrivé. En l’espace de cinq ans, les Steele ont aligné leurs objectifs sur ceux des Payne et ont saisi l’occasion de conclure un accord de relève inusité, qui permettrait aux Steele de « passer à l’étape suivante » tout en répondant aux aspirations agricoles de la famille Payne.

L’histoire de la ferme Shepherd’s Choice

La ferme Shepherd’s Choice a été fondée vers la fin des années 1990 sur une terre défrichée par la famille d’Eadie Steele à Norwood, en Ontario. Convaincus de l’importance de l’analyse génétique, les Steele ont perfectionné la génétique de leur troupeau en mettant à profit la tenue de registres, les données comparatives de l’industrie et le coût de production, et sont grandement respectés pour la qualité de leurs animaux reproducteurs, dont les moutons Texel pure race enregistrés.

Les Steele attribuent en grande partie leur réussite à l’attention qu’ils portent à la rentabilité et à leur volonté de s’améliorer. Tous deux sont diplômés du programme Canadian Total Excellence in Agricultural Management (CTEAM) et ont été nommés Jeunes agriculteurs d’élite de l’Ontario en 2002.

Ils croyaient que la prospérité de leur entreprise faciliterait l’exécution de leur plan de relève. En effet, ils voulaient susciter l’intérêt de leurs deux enfants à l’égard de la ferme en mettant sur pied une entreprise florissante.

Bâtir pour la relève

Les Steele avaient aussi d’autres objectifs que celui de devenir des éleveurs de moutons prospères. On leur avait dit qu’ils avaient assez d’argent, confie Eadie, pour vendre leur troupeau et ne plus avoir à travailler aussi dur. Leurs enfants, en fin de compte, n’avaient pas l’intention de reprendre la ferme; tous deux faisaient carrière dans d’autres secteurs. Alors, les Steele ont commencé à examiner des options de relève agricole plus innovantes. Ils n’avaient même pas encore 60 ans et ils étaient prêts à passer à autre chose.

Ils ont commencé à examiner des options de relève agricole plus innovantes.

« Notre legs, c’est la famille, pas la ferme, affirme Eadie. La ferme, c’est un lopin de terre et quelques bâtiments. Bien sûr, elle a été bénéfique pour nos enfants en ce sens qu’elle nous a donné les moyens de les envoyer à l’université, de leur offrir les activités qu’ils désiraient faire et de leur donner des bases pour l’avenir. »

Des cultures commerciales à l’élevage de moutons

Todd Payne a grandi dans une petite ferme d’élevage vache-veau située à Norwood, à quelques kilomètres de la ferme des Steele. Il avait toujours voulu être agriculteur, mais une carrière d’outilleur-ajusteur lui semblait appropriée compte tenu de la taille et de la capacité lucrative de la ferme familiale. Jennifer et lui étaient déterminés à se concentrer sur leur carrière immédiate tout en restant à l’affût de la bonne occasion de se lancer en agriculture.

En 2010, ils ont racheté la ferme familiale des parents de Todd et, pendant cinq ans, ils ont produit des cultures commerciales sur leurs 60 acres tout en recherchant la bonne occasion de prendre de l’expansion. C’est à ce moment qu’ils ont commencé à s’intéresser aux Steele, qui étaient alors clients de l’entreprise de travaux à forfait de Todd. « Leur exploitation était florissante, relate le jeune homme. L’équipement et le niveau d’activité montraient que les affaires allaient bien, comme on le voit seulement dans les exploitations rentables. »

Todd confie qu’il n’aspirait pas vraiment à devenir éleveur de moutons, mais il était conscient que grâce à leur sens des affaires, les Steele avaient bâti une exploitation solide et prospère. « Ce que je souhaitais à l’époque, c’était trouver un moyen d’agrandir notre entreprise, de rendre nos activités prévisibles et rentables. »

Impressionnés par la réussite des Steele, les Payne ont décidé de tenter leur chance eux aussi. En 2015, Todd a réaménagé leur vieille étable à vaches laitières et, avec Jennifer, il a acheté 50 moutons et un bélier de Shepherd’s Choice. Ils avaient soif d’apprendre, et les Steele étaient heureux de les aider. « Ils ne possédaient pas d’expérience particulière dans le domaine des moutons, mais ils s’en sortaient très bien. Nous avons été honnêtes et étions disposés à partager nos connaissances », se souvient John.

Simplifier les ententes complexes

Après trois ans de collaboration et de mentorat auprès des Payne, John a annoncé à Todd qu’Eadie et lui avaient décidé de mettre à exécution leur plan de relève. Les deux jeunes agriculteurs y ont tout de suite vu une occasion en or. Ils se consacraient maintenant entièrement à l’industrie ovine : Todd avait été admis au cours Master Shepherd’s offert par l’association Ontario Sheep Farmers. Le moment semblait venu pour eux d’envisager une expansion. Leur étable convertie logeait maintenant 130 moutons, soit le maximum de sa capacité. À l’aube de la quarantaine et parents de trois jeunes enfants, les Payne étaient prêts à faire le grand saut.

Todd et Jennifer ont exprimé leur désir d’acquérir les moutons des Steele, et les deux couples se sont réunis pour trouver un terrain d’entente. Après une discussion de deux heures au sujet des modalités d’achat des animaux et d’une éventuelle convention de bail ou de location des installations, il est apparu que ce type d’accord risquait d’être très complexe. Todd et Jennifer ont alors proposé de racheter Shepherd’s Choice.

L’absence de liens familiaux facilite le transfert

Étant donné l’absence de liens de parenté avec les Steele, il était plus facile pour les Payne de présenter une offre. « C’était une décision d’affaires. Nous étions prêts à payer pour acquérir l’actif », dit Todd. Il souligne qu’une décision comme celle-là est plus facile lorsqu’on n’a pas à chiffrer la main-d’œuvre fournie par les membres de la famille. « C’était une décision rationnelle et purement objective. »

L’accord englobait la ferme de 200 acres et la maison, les bâtiments agricoles, certains équipements et plus de 750 brebis et béliers; les Payne gèrent et exploitent maintenant le volet génétique de Shepherd’s Choice sous l’appellation Asphodel Sheep Company. Quant aux Steele, ils sont en train de construire une nouvelle maison dans une autre petite ferme dont ils sont propriétaires quelques kilomètres plus loin.

Avec le recul, les Steele soulignent que même s’ils ne cherchaient pas activement à transférer leur ferme, ils étaient prêts à le faire. Ils sont convaincus que l’occasion et le choix qui se sont offerts à eux résultent directement du succès de leur entreprise. « C’est simple : la rentabilité crée des possibilités, résume John. Les autres peuvent ensuite reconnaître l’occasion que représente votre ferme. »

Miser sur les compétences et les expériences personnelles

Pour transférer leur ferme avec succès, John souligne que les producteurs doivent « repousser les limites et s’entourer d’innovateurs ». Les Payne croient que leur association de longue date avec l’organisme Jeunes agriculteurs d’élite leur a permis de tirer des enseignements d’autres exploitations et gestionnaires agricoles. « Nous avions déjà vu des transferts entre personnes non apparentées. Nous savions que c’était possible, et nous n’avions plus qu’à nous asseoir et tâcher de comprendre comment faire en sorte que ça fonctionne », dit Todd.

Jeune famille sans patrimoine agricole d’importance, les Payne ont dû frayer leur propre chemin. « Si vous êtes créatif et que vous collez à votre plan, vous n’avez pas besoin d’une moissonneuse-batteuse de classe B et d’un million de dollars de quota, croit Todd. Il existe d’autres moyens de se lancer en agriculture sans commencer dans la cour des grands. »

Les Payne ont tout mis en œuvre pour profiter de l’occasion qui se présentait grâce au travail d’équipe et à l’établissement d’une vision commune. Pour devenir propriétaires d’une ferme, ils ont dû occuper un emploi en dehors de la ferme. Jennifer a joué un rôle crucial sur ce plan. « C’est surtout grâce à elle que nous avons pu développer la ferme de façon aussi dynamique, dit Todd. Son salaire d’enseignante et ses avantages sociaux ont permis de subvenir aux besoins de la famille. La ferme n’a jamais eu d’autre rôle que celui de répondre à ses propres besoins, et c’est en grande partie ce qui explique notre croissance rapide. »

Les compétences et l’expérience de Todd ont aussi joué un rôle clé dans l’exécution de leur plan. Doué pour la mécanique, Todd a travaillé comme machiniste et comme soudeur. Il a créé un parc complet d’équipements agricoles; aucune machine n’est neuve, dit-il, mais toutes sont en bon état de marche. Il a constitué une clientèle solide pour les travaux aux champs et d’usinage à forfait, et ces activités continueront d’être une source de revenus ainsi qu’un atout pour la ferme.

« Si votre objectif ultime est de vous lancer en agriculture et de diriger une exploitation agricole, sortez sur le marché du travail et recherchez des occasions d’apprentissage, qu’il s’agisse d’acquérir des compétences pratiques ou de parfaire vos connaissances financières, insiste Todd. Ce sont des atouts que vous pourrez ajouter à votre boîte à outils et qui renforceront votre entreprise. »

De l’achat des 50 premiers moutons au transfert définitif, toutes les étapes du processus ont conduit à la conclusion d’un accord de relève non traditionnel couronné de succès, et les deux familles d’agriculteurs envisagent l’avenir avec optimisme.

D’après un article de l’AgriSuccès par Bernard Tobin.


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