Taux fixes ou taux variables : une analyse des flux de trésorerie en période de crise énergétique

Si vous avez un prêt dont le renouvellement approche ou que vous envisagez de contracter un nouveau prêt, vous vous demandez peut-être comment la guerre en Iran influe sur le coût d’emprunt, et s’il vaut mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable pour votre exploitation.
Il y a de nombreux facteurs à prendre en compte lorsqu’il s’agit de choisir entre un taux fixe et un taux variable, notamment : le calendrier des investissements en capital (prêts en cours de remboursement, moments où de nouvelles dépenses seront nécessaires), les caractéristiques du produit (y compris les limites et les frais de remboursement anticipé), les flux de trésorerie et la structure de la dette existante (dont le risque lié à la dette flottante existante), et la propension individuelle au risque.
Dans cet article, nous examinons les différences entre divers types et durées de prêt du strict point de vue des flux de trésorerie. Nous recourons à l’analyse de scénarios pour mieux cerner les différences entre ces produits, mais nous n’abordons pas les prévisions de taux d’intérêt proprement dites; nous y reviendrons dans notre Mise à jour sur l’économie et les marchés financiers, qui sera publiée le mois prochain.
Les prêts à taux fixe de cinq ans ont récemment perdu la faveur des Canadiens et des Canadiennes
Dans notre précédente analyse sur ce sujet, nous avons examiné les différences entre deux types de taux uniquement : les taux variables et les taux fixes sur cinq ans. Toutefois, si vous envisagez un emprunt à taux fixe, rien ne vous oblige à choisir un prêt de cinq ans; en effet, de nombreux prêts à taux fixe ont une durée plus courte.
En réalité, les prêts à taux fixes sur cinq ans ont perdu en popularité ces derniers temps. L’année dernière, seulement 13 % des prêts hypothécaires résidentiels étaient assortis d’un taux fixe de cinq ans ou plus, alors qu’entre 2013 et 2020, ces prêts représentaient en moyenne environ un tiers de l’ensemble des prêts hypothécaires (figure 1). Parallèlement, on assiste à une forte hausse de la popularité des prêts à taux fixe d’une durée comprise entre trois ans et moins de cinq ans (c’est-à-dire des durées de trois ou quatre ans). En effet, les prêts hypothécaires de cette durée ont été les plus prisés entre 2023 et 2025; ils représentaient près de la moitié (49 %) de l’ensemble des prêts hypothécaires en 2024.
Figure 1 : Les prêts hypothécaires à taux fixe de trois et quatre ans ont été les plus prisés au cours des trois dernières années

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Cette tendance nous a amenés à nous poser la question suivante : avec le recul, quelle stratégie d’emprunt aurait généré les meilleurs flux de trésorerie?
Pour répondre à cette question, nous proposons trois hypothèses :
Un taux variable sur cinq ans
Un taux fixe de cinq ans
Une stratégie « mixte » qui prévoit d’abord un taux fixe de deux ans, suivi d’un taux fixe de trois ans
Pour effectuer l’analyse, nous devons formuler des hypothèses communes aux trois prêts :
Le montant de l’hypothèque est de 500 000 $
L’amortissement est de 25 ans
Les remboursements sont effectués mensuellement
Les trois prêts sont fermés
Nous ne formulons aucune hypothèse quant à la solvabilité de chaque emprunteur
Pour compléter le dernier point, nous devons formuler certaines hypothèses concernant les écarts moyens, c’est-à-dire la différence entre le taux d’emprunt (qui tient compte, entre autres, de la solvabilité de l’emprunteur, de la qualité des garanties, de la marge de l’établissement financier, etc.) et ce que nous appellerons le taux de référence, soit le taux du financement à un jour ou le taux obligataire (ou les deux). Pour en savoir plus sur les taux de référence et leur incidence sur les taux d’emprunt, cliquez ici.
Il peut être difficile de formuler des hypothèses sur les écarts moyens, car la situation de chaque personne est unique. Toutefois, en nous appuyant sur les mêmes données de Statistique Canada que celles de la figure 1, nous avons calculé des écarts moyens par type de prêt et nous allons maintenant nous intéresser à l’analyse des flux de trésorerie.
Les emprunts à taux variable affichent des rendements inférieurs à ceux des autres stratégies depuis 2013
Une fois l’analyse effectuée, il apparaît évident que le recours à un taux variable au début du siècle aurait été avantageux sur le plan des flux de trésorerie (tableau 1). Cela s’explique par le fait que la Banque du Canada (BdC) a presque toujours abaissé le taux du financement à un jour au cours de cette période. Depuis 2013, cependant, il aurait été avantageux soit d’opter pour un prêt à taux fixe de cinq ans, soit d’adopter la stratégie « mixte ».
Prenons une année pour illustrer notre propos. Revenons au 1er mai 2019 : le taux du financement à un jour s’élevait à 1,75 % et les rendements obligataires étaient relativement bas par rapport aux niveaux historiques (1,57 % pour les obligations à deux ans et 1,55 % pour les obligations à cinq ans). Le choix d’un taux fixe de cinq ans à ce moment-là aurait été intéressant et aurait représenté un montant total de 143 700 $ à payer au cours des cinq années suivantes. Le recours à un taux variable aurait permis de réaliser des économies substantielles au début de la période, étant donné que la BdC a ramené ses taux à un niveau proche de zéro en mars 2020; mais, comme on le sait, la banque centrale a commencé à relever ses taux en 2022, annulant ainsi les économies réalisées précédemment. Le montant total des paiements avec un prêt à taux variable aurait été de 158 500 $. C’est le recours à la stratégie « mixte » en 2019 qui aurait entraîné les sommes les plus basses à débourser. Le taux des obligations à deux ans était faible au moment de la constitution du prêt (1,57 %), mais lors du renouvellement en mai 2021, les rendements obligataires étaient encore plus bas (0,48 % pour une obligation à trois ans). Le recours à cette stratégie jusqu’à la fin de la période a permis d’obtenir le meilleur résultat.
Nous avons réalisé cette analyse pour chaque année comprise entre 2000 et 2021; les résultats sont présentés ci-dessous dans le tableau 1.
Tableau 1 : Total des paiements correspondant aux différentes durées et stratégies

Arrondi aux 100 $ près. Les produits dont le montant total des paiements annuels est le plus bas sont surlignés en gris.
Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
Pour éviter toute ambiguïté, nous ne prenons en compte dans cette analyse que le montant total des paiements effectués au cours de la période de cinq ans en question. Nous n’analysons ni la répartition entre intérêts et capital, ni les soldes finaux.
Et sur le plan prospectif?
Si l’exemple ci-dessus indique que le recours à un taux variable est peut-être la stratégie la moins performante depuis 2013, cela ne signifie pas pour autant qu’il en sera de même pour les périodes à venir.
Il y a beaucoup de choses pour lesquelles nous n’avons pas de certitudes, notamment l’évolution du taux du financement à un jour fixé par la BdC pour les cinq prochaines années. Nous connaissons toutefois, à la mi-mai, les rendements des obligations à deux ans et des obligations à cinq ans. Et si nous formulons quelques hypothèses concernant l’évolution du taux du financement à un jour, nous pouvons calculer les flux de trésorerie selon différents scénarios de taux d’intérêt.
Concentrons-nous sur un type de taux à la fois, en commençant par les taux fixes de cinq ans. Compte tenu des rendements obligataires enregistrés au début du mois de mai, si vous optez pour un prêt à taux fixe de cinq ans, vous paieriez 170 500 $ sur toute la durée du prêt.
Passons maintenant aux taux variables. Si la BdC laissait le taux du financement à un jour inchangé pendant les cinq prochaines années, le montant total des paiements s’élèverait à 160 300 $. Or, les chances que cela se produise sont extrêmement faibles. Quels sont les facteurs susceptibles de faire augmenter ou diminuer le taux du financement à un jour? Pour en avoir une idée, nous pouvons nous tourner vers Moody’s :
Scénario optimiste (hausse des taux) : les tensions géopolitiques et les relations commerciales s’améliorent progressivement, et la croissance économique s’accélère par rapport aux prévisions actuelles.
Scénario pessimiste (baisse des taux) : les droits de douane mondiaux sont encore plus généralisés et restent en vigueur plus longtemps, le récent choc des prix de l’énergie perdure, l’économie mondiale vacille et le Canada entre en récession.
Dans le scénario optimiste où la BdC relève le taux du financement à un jour, il faudrait s’attendre à des paiements supplémentaires totalisant 6 700 $ par rapport au scénario « sans changement » (figure 2). À l’inverse, dans le scénario pessimiste où la BdC abaisse les taux, on pourrait réaliser une économie de 14 600 $ par rapport au scénario où la banque laisse les taux inchangés.
Il convient ici de faire preuve de la plus grande prudence : ces scénarios correspondent à des trajectoires de taux du financement à un jour issues de simulations, et que nous utilisons ici à titre purement illustratif. Le moment et l’ampleur des variations du taux du financement à un jour sont, bien sûr, inconnus. Quoi qu’il en soit, toute fluctuation future du taux du financement à un jour – à la hausse ou à la baisse – aura une incidence sur le montant des paiements sur un prêt à taux variable.
Figure 2 : Trajectoires du taux du financement à un jour de la BdC, montant total des paiements sur les prêts à taux variable selon différents scénarios

Arrondi aux 100 $ près.
Sources : Moody’s Analytics, Statistique Canada, Services économiques FAC
La question qui préoccupe actuellement la plupart des économistes est de savoir comment la BdC réagira à la situation au Moyen-Orient. Pour sa part, la BdC a déclaré en avril qu’elle « ne laissera pas les prix plus élevés de l’énergie se transformer en inflation persistante » , laissant entendre que les taux pourraient devoir être relevés si le conflit se prolongeait et si les prix de l’énergie restaient élevés. Parallèlement, la BdC a déclaré : « Si les États-Unis imposent d’autres restrictions commerciales importantes au Canada, nous pourrions devoir baisser davantage le taux directeur pour soutenir la croissance économique. » Ce refus de se prononcer sur les taux d’intérêt reflète les incertitudes accrues auxquelles l’économie canadienne est confrontée sur le plan commercial, mais aussi en ce qui a trait à l’inflation en raison de la guerre en Iran.
Enfin, imaginons que vous souhaitez adopter la stratégie « mixte », c’est-à-dire opter pour un taux fixe, mais sur des durées plus courtes. Nous connaissons aujourd’hui le taux fixe de deux ans, mais nous ne savons pas quel sera le rendement des obligations à trois ans lors du renouvellement en 2028. Si vous partez du principe que la situation restera inchangée, vous devrez débourser 170 700 $ sur cinq ans. Le montant total de vos paiements augmentera ou diminuera si le rendement des obligations à trois ans est plus élevé ou plus bas au moment du renouvellement (tableau 2).
Tableau 2 : Rendements obligataires, paiements totaux dans le cadre d’une stratégie « mixte » selon différents scénarios
Rendement des obligations à deux ans aujourd’hui (%) | Rendement des obligations à trois ans au moment du renouvellement (%) | Montant total des paiements sur une période de cinq ans ($) |
|---|---|---|
2,94 | 3,02 | 170 700 |
2,94 | 4,02 | 180 600 |
2,94 | 2,02 | 161 300 |
Arrondi aux 100 $ près.
Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC
En résumé, et d’après les simulations ci-dessus :
Un taux fixe de cinq ans est la seule stratégie offrant une certitude en matière de flux de trésorerie (170 500 $).
La stratégie « mixte », sur la base des rendements actuels, se traduit par des sommes à débourser pratiquement identiques à celles du prêt à taux fixe de cinq ans (170 700 $). Ce n’est que si les rendements obligataires sont plus bas dans trois ans, au moment du renouvellement, que vous réaliserez des économies.
La stratégie fondée sur un taux variable génère les meilleurs flux de trésorerie selon nos scénarios prenant en compte la trajectoire du taux du financement à un jour. Cependant – et ce n’est pas anodin –, dans les scénarios où la BdC serait contrainte de relever les taux au-delà des niveaux indiqués à la figure 3, le choix d’un taux variable pourrait entraîner des paiements plus élevés qu’avec un taux fixe sur cinq ans.
En conclusion
Le choix entre un taux d’intérêt fixe et un taux variable ne consiste pas à essayer de prévoir l’évolution du marché ou de prédire avec exactitude l’évolution des taux. L’analyse ci-dessus est facilitée par le recul, mais en réalité, l’évolution future des taux d’intérêt est très incertaine. Les options à taux fixe et à taux variable présentent toutes deux de réels avantages et inconvénients, et aucune n’est intrinsèquement « bonne » ou « mauvaise ». De plus, les taux d’intérêt ne sont qu’un des nombreux facteurs qui influencent la rentabilité globale. Une analyse de scénarios, comme celle que nous avons présentée ci-dessus, peut aider les exploitations à mieux comprendre les conséquences de différents choix dans divers contextes économiques, ce qui leur permet de prendre des décisions d’emprunt éclairées et judicieuses.
Graeme Crosbie
Économiste principal
Graeme est économiste principal à FAC. Il se concentre sur l’analyse et les perspectives macroéconomiques, ainsi que sur le suivi et l’analyse des tendances dans les secteurs des produits laitiers et de la volaille. Grâce à son expertise et à son expérience en développement de modèles, il génère des prévisions sur le contexte opérationnel agricole dans son ensemble, aidant ainsi la clientèle et le personnel de FAC à surveiller les risques et à repérer les occasions.
Graeme travaille à FAC depuis 2013. Il a notamment œuvré dans les domaines du marketing et de la gestion du risque avant de se joindre à l’équipe des Services économiques en 2021. Il détient une maîtrise en sciences avec spécialisation en économie financière de l’Université de Cardiff ainsi que le titre d’analyste financier agréé (CFA).

