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La croissance de la productivité fait du sur-place dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole

17 juin 2026
6,5 min de lecture

Voici le premier d’une série de deux articles consacrés à la productivité dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole.

Les fabricants canadiens d’équipement agricole alimentent un secteur dont la valeur atteint 10 milliards de dollars, mais l’indicateur opérationnel le plus important est à la baisse. Entre 2015 et 2021, la productivité du travail n’a augmenté que de 11 %, et la tendance générale est à la baisse. En raison des tarifs douaniers, des marges agricoles serrées et d’une forte dépendance au marché américain, l’inaction devient rapidement un risque concurrentiel.

Les fabricants canadiens d’équipement agricole sont essentiels pour soutenir la chaîne de valeur alimentaire et la compétitivité du Canada sur les marchés mondiaux en produisant des machines adaptées aux conditions de croissance uniques du pays. Malgré la consolidation à l’échelle mondiale, les fabricants canadiens continuent à prospérer en faisant preuve de souplesse et en se concentrant sur des produits-créneau spécialisés (ceux qui s’attellent aux tracteurs et à d’autres machines). Les innovations récentes — telles que les plateformes autonomes, l’ensemencement de précision et les semoirs et pulvérisateurs de pointe — témoignent de la solide collaboration entre les fabricants et les producteurs et productrices, dans le cadre de laquelle les défis rencontrés dans les exploitations agricoles et dans les champs donnent lieu à des solutions en usine. Dans le présent article, nous examinons la croissance de la productivité dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole et évaluons son importance pour l’économie canadienne.

La productivité par travailleur est au neutre

Ces dernières années, la croissance de la productivité du travail dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole est essentiellement au point mort. Entre 2015 et 2021 (la période la plus récente pouvant être analysée), la productivité du travail dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole n’a augmenté que de 11 %, en raison d’une légère hausse en 2021 (figure 1). Il convient de noter que la tendance générale de la productivité du travail dans ce secteur est à la baisse. À titre de comparaison, la productivité du travail dans le secteur de la fabrication d’aliments a augmenté de près de 30 % au cours de la même période.

Figure 1 : Productivité du travail dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole – de 2015 à 2021

Graphique linéaire représentant la productivité du travail dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole entre 2015 et 2021, qui montre que la croissance de la productivité est demeurée relativement inchangée au cours de cette période.

Sources : Statistique Canada et calculs effectués par l’équipe du Leadership éclairé de FAC

Il est essentiel de réagir à cette tendance pour préserver la compétitivité à long terme des fabricants d’équipement, tant sur le marché national que sur les marchés d’exportation mondiaux.

Quels sont les défis liés à la croissance de la productivité du travail?

Aujourd’hui, ce secteur crucial est confronté à des défis croissants qui ont une incidence tant sur les coûts de production que sur la demande des producteurs et productrices :

  • La hausse du coût des intrants exerce une pression sur les marges, en particulier à la suite de fortes hausses des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium en 2025.

  • Une diminution de la confiance des consommateurs et consommatrices, en raison d’un fléchissement des revenus agricoles et de l’incertitude générale du marché, ce qui a entraîné le report ou l’abandon d’achats d’équipement. Au cours des dernières années, la baisse du prix des cultures et la hausse des coûts d’exploitation – combinées aux prix élevés de l’équipement – ont entraîné une baisse des ventes d’équipement agricole.

  • La concentration du marché ajoute un risque supplémentaire : environ 80 % des exportations canadiennes d’équipement agricole étaient destinées aux États-Unis en 2025 (figure 2), ce qui témoigne d’une chaîne d’approvisionnement nord-américaine fortement intégrée. Les fabricants canadiens se retrouvent ainsi très exposés aux changements liés à la demande, à la politique commerciale et à la conjoncture économique américaines. De récents différends tarifaires soulignent la vulnérabilité qui découle de la forte dépendance à un marché d’exportation unique.

  • La disponibilité de la main-d’œuvre représente un défi constant pour les entreprises rurales qui cherchent à pourvoir des postes hautement qualifiés.

Figure 2 : Exportations canadiennes d’équipement agricole vers les États-Unis et d’autres pays – de 2015 à 2025

Graphique à aires empilées illustrant les exportations canadiennes d’équipement agricole vers les États-Unis par rapport aux autres pays entre 2015 et 2025, et montrant que la part des exportations destinées aux États-Unis est demeurée relativement stable pendant cette période, même si les volumes d’exportation ont fluctué, et qu’elle représente la majorité des exportations.

Sources : Données sur le commerce en direct et calculs effectués par l’équipe du Leadership éclairé de FAC

Comme l’IA et l’automatisation rendent l’équipement agricole de plus en plus perfectionné [en anglais seulement], les fabricants doivent rester agiles en investissant dans des technologies automatisées et activées par logiciel. Toutefois, ces investissements limitent souvent les fonds nécessaires à l’amélioration de l’efficacité globale de la production. Le passage à des technologies de pointe fait croître la demande en main-d’œuvre hautement qualifiée, alors même que le secteur manufacturier canadien continue de faire face à une pénurie chronique de main-d’œuvre [en anglais seulement]. Il est particulièrement difficile de répondre à cette demande croissante pour les fabricants d’équipement agricole, surtout ceux de petite taille en milieu rural, où la main-d’œuvre disponible est limitée. Le développement de produits est maintenant axé sur les programmes informatiques et la modélisation virtuelle, ce qui limite la participation directe des producteurs et productrices agricoles, un facteur qui était auparavant essentiel à la réussite du secteur canadien de l’équipement spécialisé. Étant donné que plus de 80 % des entreprises canadiennes spécialisées dans les technologies agricoles sont établies en milieu urbain [en anglais seulement], le développement de produits évolue rapidement, mais s’éloigne de plus en plus de la réalité des exploitations agricoles. Il faut également tenir compte du problème de compatibilité qui se pose lors de l’intégration de logiciels spécialisés avec ceux des grands fabricants d’équipements [en anglais seulement].

L’évolution de la législation concernant le droit à la réparation et le droit d’auteur complique encore davantage la situation pour les fabricants et soulève des questions importantes quant à l’avenir de l’innovation canadienne dans l’industrie agricole et à sa pertinence pour les agriculteurs et les agricultrices. Comment les fabricants peuvent-ils concevoir de l’équipement qui encourage une personnalisation sécuritaire et légalement permise par les producteurs et productrices agricoles, sans compromettre la propriété intellectuelle ni les garanties?

Quels sont les enjeux?

Une croissance durable de la productivité dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole est essentielle à la rentabilité à long terme de ce secteur et à l’économie canadienne dans son ensemble. Ce secteur occupe une place économique importante. En 2025, il a généré environ 10,3 milliards de dollars de ventes, contribué à hauteur de 3,9 milliards de dollars au PIB et exporté pour environ 2,7 milliards de dollars d’équipement agricole vers plus de 150 pays. Si l’on tient compte des retombées sur d’autres secteurs de l’économie canadienne, l’incidence de ce secteur sur le PIB fait plus que doubler, pour atteindre 8,4 milliards de dollars. Ce secteur emploie près de 25 000 Canadiens et Canadiennes, principalement dans les zones rurales, et de nombreux fabricants sont établis dans des collectivités de moins de 10 000 personnes. L’innovation et la réussite de ces fabricants sont donc étroitement liées à la prospérité des zones rurales.

Figure 3 : Impact économique du secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole en 2025

Infographie illustrant les retombées économiques du secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole en 2025. Cette année-là, le secteur a généré 10,3 milliards de dollars en ventes, 3,9 milliards de dollars en valeur ajoutée au PIB canadien, 2,7 milliards de dollars en exportations vers 148 pays et 2,5 milliards de dollars en revenus du travail, soutenant près de 25 000 emplois.

Comment pouvons-nous aller de l’avant?

Malgré les difficultés actuelles, les perspectives du secteur canadien de l’équipement agricole restent prometteuses. Le secteur canadien de l’équipement agricole s’appuie sur une longue tradition de résolution de problèmes, et repose sur des entreprises innovantes ayant une capacité éprouvée à s’adapter.

Prendre conscience des pressions actuelles est la première étape pour y faire face. Grâce à une combinaison judicieuse de mesures de soutien liées aux politiques, de développement des compétences et d’investissements, ce secteur peut continuer à renforcer la productivité et la prospérité des zones rurales. Dans le second article, nous examinerons des stratégies concrètes visant à renforcer la productivité et l’innovation dans le secteur canadien de la fabrication d’équipement agricole, et nous nous pencherons sur l’avenir de ce pilier essentiel de l’économie agricole canadienne.

Article par : Bethany Lipka, analyste, Veille stratégique