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Retour sur 2020 au terme de cette décennie (de janvier à juin)

  • 10 déc. 2020
  • 8 min de lecture

Dans nos derniers billets de blogue de l’année, nous nous penchons sur une année comme nulle autre. Ce premier billet couvre la période de janvier à juin et décrit les conséquences pour l’agriculture, l’alimentation et l’agroalimentaire canadiens de la période précédant la pandémie (janvier et février), de l’émergence de la pandémie (mars), de la paralysie mondiale des activités économiques (avril et mai) et d’un faible espoir de redressement (juin).

Janvier

L’année 2020 s’annonçait bonne. L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) était déjà ratifié aux États-Unis, et le Canada et son voisin du Sud affichaient les économies occidentales les plus fortes. Le dollar canadien était stable, et s’échangeait à 0,77 $ US en fin d’année. Les exportations canadiennes suivaient la tendance établie en 2019 (ou étaient meilleures) pour de nombreux produits agricoles, notamment les céréales, les oléagineux, les légumineuses et la viande. Même la confiance des entreprises canadiennes laissait entrevoir la possibilité d’une augmentation continue par rapport à son niveau le plus bas recensé en 2019.

De bonnes nouvelles, en somme. Cependant, des rumeurs en provenance de Chine, notamment concernant ses échanges commerciaux avec les États-Unis, ont commencé à circuler. Un accord commercial signé, mais étrangement ambigu (en anglais seulement), ne mettait pas un terme définitif au conflit. La nouvelle d’une maladie respiratoire dévastatrice a sonné l’alarme dans les milieux de la santé publique, mais a eu peu d’écho ailleurs. Ces deux événements étaient troublants, étant donné le rôle important et croissant de la Chine dans l’établissement des prix d’un large éventail de produits de base. Or, peu imaginaient le cataclysme sur le point de s’abattre sur toute la planète.

Février

Les premiers signes avant-coureurs du bouleversement du statu quo enviable du Canada se sont pointés à l’horizon. L’économie chinoise, frappée de plein fouet par le nouveau coronavirus et la maladie mortelle qu’il engendrait, a commencé à s’effondrer. Le pays le plus peuplé au monde a été brusquement contraint de confiner ses citoyens dans leur foyer, et le plus important fabricant à l’échelle mondiale a interrompu ses activités. La Chine est le deuxième marché d’exportation agroalimentaire en importance du Canada, et un tel effondrement a inquiété les observateurs. Les éleveurs de bétail canadiens ont tiré des avantages incontestables de la lutte de la Chine contre la peste porcine africaine. La relance de nos exportations serait-elle interrompue? De plus, le virus s’était propagé au-delà des frontières chinoises. Comment les marchés internationaux allaient-ils réagir à cette nouvelle menace?

La théorie économique indique que le ralentissement économique d’un géant perturbera probablement le dollar, les taux d’intérêt et le commerce canadiens. Comme on l’anticipait, le dollar canadien a commencé à chuter et la tendance baissière était appelée à s’accélérer. Nombreux étaient ceux qui pensaient que nous éviterions la pandémie mondiale : une inversion relativement rare de la courbe des taux laissait néanmoins entendre le contraire.

Mars

L’arrivée de la COVID-19 a tout chamboulé. En mars, le virus s’était propagé à l’échelle internationale, freinant une économie mondiale de plusieurs billions de dollars. Dans tout le Canada, des mesures de lutte contre la COVID-19 ont été introduites à la hâte. Notre économie s’est affaiblie. Le dollar canadien, pour lequel on prévoyait en janvier une moyenne de 0,75 $ US pour l’année 2020, a chuté à 0,70 $ US (figure 1). La Banque du Canada a baissé les taux d’intérêt de 50 points de base.

Figure 1 : Taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain et à l’euro 

Graphique montrant les taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain et à l’euro.

Source : Statistique Canada.

Les craintes des exportateurs canadiens se sont étendues au-delà de la Chine pour inclure les États-Unis, de loin le plus grand partenaire commercial du Canada. Un tiers des exportations agricoles canadiennes et plus de 70 % de nos exportations alimentaires étant destinées au marché américain, on a commencé à s’interroger sur sa capacité à soutenir la demande et à éviter la récession. Les grandes chaînes d’approvisionnement canado-américaines allaient-elles être perturbées? Au Canada, les secteurs employant des travailleurs saisonniers étaient particulièrement menacés par le spectre de la fermeture des frontières.

La ratification par le Canada de l’ACEUM, un grand moment qui aurait fait la une des journaux en l’absence de la COVID-19, est pratiquement passée inaperçue.

Avril

Les prix du maïs ont chuté après que les projections du département de l’Agriculture des États-Unis pour 2020 ont laissé entrevoir de vastes superficies ensemencées. Les éleveurs de bétail ont subi des pertes importantes, car la production mensuelle de protéines animales a été réduite aux États-Unis par rapport à avril 2019 (24 % pour les bovins et 30 % pour les porcs) en raison des fermetures d’usines causées par la COVID-19. Les marchés à terme du porc ont chuté de 25 % au cours de la dernière semaine de mars, ce qui constitue leur plus grande perte hebdomadaire jamais enregistrée. La production porcine canadienne a enregistré une baisse correspondante dans le même laps de temps.

La demande en produits laitiers divers a également évolué en raison du virus. Avec la fermeture des restaurants, des hôtels et des services alimentaires, la demande en crème a chuté tandis que la hausse des ventes de lait de consommation et de beurre a mis en évidence la transition à la cuisine maison. Cette instabilité de la demande se faisait sentir à l’échelle mondiale et touchait tous les secteurs; le manque de confiance des marchés à l’égard de la vigueur de l’économie mondiale a brièvement fait chuter les marchés à terme du pétrole en avril.

Cependant, la demande globale de nourriture est demeurée inélastique tout au long des premiers mois de la pandémie. Les ventes alimentaires ont explosé partout, stimulées par la course aux provisions et les achats supplémentaires des ménages du monde entier qui se préparaient à la pandémie.

Mai

En raison de l’exposition croissante à la COVID-19 dans les usines de conditionnement du Canada, la production a continué de baisser, ce qui a incité les restaurants McDonald’s canadiens à s’approvisionner en bœuf haché aux États-Unis malgré leur engagement à acheter du bœuf canadien. Compte tenu des pertes potentiellement dévastatrices auxquelles était confronté le secteur de l’élevage, le gouvernement du Canada a lancé des initiatives nationales au titre du programme Agri-relance pour les éleveurs de bovins. Point positif : près de 50 % de la production de porc des États-Unis ayant elle aussi ralenti, la valeur des découpes de porc en gros a grimpé en flèche.

La crise a affaibli davantage le contexte opérationnel en 2020. Bien qu’aucun transformateur de volaille n’ait dû interrompre ses activités en raison de la COVID-19, les quotas de production pour mai et juin ont baissé de 12,5 %. La demande en volaille a chuté à un point tel qu’elle a justifié l’élimination de poussins et d’œufs.

Ces sombres indicateurs ont soulevé des questions sur la résilience des chaînes d’approvisionnement agroalimentaire du Canada. Le Canada consomme la quasi-totalité des produits laitiers et de la volaille qu’il produit. Pourtant, nous dépendons presque exclusivement du commerce (figure 2) pour fournir aux Canadiennes et aux Canadiens certains aliments (p. ex. certains fruits et légumes frais), tout comme nous en dépendons pour vendre ce que nous produisons, mais ne consommons pas nous-mêmes (p. ex. les abats).

Figure 2 : Dépendance de l’économie agricole du Canada à l’égard de ses échanges commerciaux

Graphique montrant la dépendance de l’économie agricole du Canada à l’égard de ses échanges commerciaux.

Sources : Statistique Canada et calculs de Financement agricole Canada.

La figure 2 montre la dépendance commerciale mesurée par un indice. Une valeur de -2 signifie que le Canada importe deux fois plus un produit qu’il ne le produit. Inversement, une valeur de +2 signifie que le Canada exporte deux fois plus d’un produit qu’il ne le consomme. Les valeurs proches de zéro reflètent l’autonomie.

Juin

Alors que les taux d’infection, de mortalité et d’hospitalisation ralentissaient à l’échelle mondiale avec le réchauffement des températures estivales, nos premières observations de la santé financière de l’agriculture canadienne au cours du premier trimestre de 2020 montraient que la COVID-19 avait des répercussions mitigées. La plupart des producteurs de porcs ont ressenti peu d’effets sur les recettes monétaires agricoles par rapport au premier trimestre de 2019, tandis que les recettes engendrées par les céréales et les oléagineux ont diminué.

Figure 3 : Recettes monétaires agricoles canadiennes par secteur (milliards de dollars)

Secteur T1 2019   T1 2020  
Total 16,0 (3,3 %) 16,9 (5,5 %)
Bœuf 2,3 (6,5 %) 2,2 (-3,0 %)
Produits laitiers 1,7 (5,5 %) 1,8 (5,9 %)
Œufs 0,3 (9,7 %) 0,3 (4,6 %)
Porc 1,0 (-8,4 %) 1,1 (14,4 %)
Volaille 0,8 (5,1 %) 0,8 (8,4 %)
Autres animaux d’élevage 0,2 (-10,1 %) 0,2 (-5,2 %)
Fruits 0,1 (9,9 %) 0,1 (-1,5 %)
Céréales et oléagineux 5,7 (-1,4 %) 5,6 (-1,7 %)
Production en serre 0,1 (3,8 %) 0,1 (-3,1 %)
Pommes de terre 0,3 (7,1 %) 0,4 (10,3 %)
Légumes 0,3 (4,9 %) 0,3 (2,7 %)
Autres cultures 2,5 (4,1 %) 2,9 (16,1 %)
Remboursements de
programme
0,7 (60,2 %) 1,0 (42,4 %)

Source : Statistique Canada, tableau 32-10-0046.
Note : L’écart par rapport à l’année précédente est indiqué entre parenthèses.

Il était toutefois impossible d’échapper aux dommages. En juin, l’équipe de l’Économie agricole de Financement agricole Canada prévoyait une chute de 3,4 % des recettes globales pour 2020 par rapport à 2019. Sans surprise, nos estimations de la rentabilité générale des secteurs n’étaient guère encourageantes. Bien que les prix de l’énergie aient baissé, il était peu probable que nous puissions en tirer profit. Les régions susceptibles d’être les plus touchées par la COVID-19 étaient celles où la part des revenus agricoles provenant de la viande bovine et porcine, des produits laitiers et des pommes de terre était la plus importante.

Ce qui s’est produit au cours de la seconde moitié de 2020 allait en surprendre plus d’un. Bien sûr, le chaos et les crises persistaient dans le monde entier puisque la COVID-19 continuait à ravager les populations mondiales, mais pour certains acteurs des secteurs de l’agriculture, de l’alimentation et de l’agroalimentaire canadiens, l’espoir d’une bonne année se matérialisait lentement. Retrouvez-nous la semaine prochaine pour en savoir plus.


Martha Roberts
Rédactrice économique

Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie le rendement économique et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Mme Roberts compte 20 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats à divers publics. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s située à Kingston, en Ontario.

@MJaneRoberts