Rapport sur le secteur des aliments et des boissons 2026 : la hausse des prix de vente suffit-elle à soutenir le secteur?

Le Rapport FAC sur le secteur des aliments et des boissons examine le contexte économique de la dernière année afin de mettre en lumière les risques auxquels sont exposées les entreprises canadiennes de fabrication d’aliments et de boissons et les débouchés qui s’offrent à elles en 2026. Il comprend des prévisions des marges bénéficiaires brutes et des ventes annuelles de l’industrie par secteur.
Le rapport aborde les secteurs d’activité suivants :
Mouture de céréales et d’oléagineux
Sucre et produits de confiserie
Mise en conserve de fruits et de légumes et fabrication de spécialités alimentaires
Fabrication de produits laitiers
Fabrication de produits de viande
Préparation de poissons et de fruits de mer
Produits de boulangerie et tortillas
Fabrication de boissons
Éléments clés à retenir
Le secteur canadien de la fabrication d’aliments et de boissons a connu une autre année difficile en 2025, car les droits de douane, l’augmentation du coût des intrants et la réduction des dépenses des ménages ont pesé sur les résultats de nombreux sous-secteurs. Les droits de douane sur les produits qui circulent entre le Canada et les États-Unis, de même qu’entre le Canada et la Chine, ont eu une incidence directe sur les secteurs des oléagineux, des poissons et fruits de mer, du porc et des boissons alcoolisées, tandis que même les produits en franchise de droits destinés aux États-Unis ont été confrontés à des coûts de conformité accrus, aux prix élevés des emballages en raison des droits de douane sur l’acier et l’aluminium et à la complexité opérationnelle liée aux exigences de l’ACEUM. Parallèlement, la croissance démographique au Canada a commencé à ralentir; toutefois, il est encourageant de constater que les dépenses réelles par habitant consacrées aux aliments et aux boissons non alcoolisées se sont stabilisées après plusieurs années de baisse et que, dans l’ensemble, la part des ventes des entreprises canadiennes de fabrication d’aliments et de boissons réalisées sur les marchés intérieurs était plus élevée en 2025 qu’en 2024 (figure 1).
Figure 1 : Dans l’ensemble, un pourcentage plus élevé des ventes du secteur de la fabrication d’aliments et de boissons provenait du marché intérieur en 2025

Source : Services économiques FAC
En 2026, le secteur devra à nouveau faire face aux incertitudes liées au commerce, mais aussi à une incertitude accrue concernant les pressions sur les coûts découlant du conflit au Moyen-Orient. On ne sait pas combien de temps durera la flambée des prix des produits de base ni dans quelle mesure elle affectera les entreprises de fabrication d’aliments et de boissons. Nos prévisions concernant le coût des marchandises vendues ont été établies avant que n’éclate la crise au Moyen-Orient, de sorte que si la flambée des prix des produits de base devait durer plus de quelques mois, cela pourrait entraîner une révision à la hausse des estimations du coût des marchandises vendues. Nous aurons une idée plus claire des coûts, mais aussi des ventes, au cours des prochains mois, et nous communiquerons nos prévisions actualisées (le cas échéant) lors de notre mise à jour semestrielle du Rapport sur le secteur des aliments et des boissons 2026, qui est prévue en septembre.
La hausse des prix de vente soutient les ventes pour une année supplémentaire
Les ventes sont influencées à la fois par la quantité de marchandises vendues (c’est-à-dire le volume) et par le prix auquel ces marchandises sont vendues. En maintenant les prix constants à l’aide d’un indice des prix, nous pouvons isoler les volumes et distinguer plus facilement les effets liés aux prix de ceux liés à la demande.
Les volumes et les ventes ont toujours évolué ensemble, mais depuis 2021, la hausse des prix de vente est le principal moteur de croissance des ventes dans le secteur de la fabrication d’aliments et de boissons. Entre 2016 et 2020, les ventes ont augmenté à un taux annuel moyen de 3,8 % et les volumes, à un taux de 2,6 %. Cette relation a évolué après le début de la pandémie et, depuis 2023, les volumes diminuent chaque année, tandis que les ventes restent en hausse. En 2026, on prévoit une nouvelle baisse de 0,7 % des volumes, tandis que les ventes devraient progresser de 0,8 % (figure 2).
Figure 2 : Les ventes et les volumes évoluent différemment dans le secteur de la fabrication d’aliments et de boissons depuis 2021

Source : Services économiques FAC
Cet écart reflète à la fois les difficultés sur le plan de l’offre et de la demande, qui ont simultanément fait grimper les prix de vente et poussé les consommateurs et les consommatrices à réduire leurs dépenses. Les fermetures d’usines liées à la pandémie, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, les conditions sèches et le gel, les grèves dans les ports et dans le secteur ferroviaire, ou encore le blocage du canal de Suez en 2021, ne sont que quelques-uns des défis qui ont entravé l’approvisionnement en marchandises au cours des six dernières années. Parallèlement, les ménages surveillent leurs dépenses en aliments et en boissons, car leur budget reste sous pression et les prix des aliments ne cessent d’augmenter. Ce n’est pas tant un produit ou un sous-secteur en particulier, mais plutôt l’effet cumulatif des perturbations répétées sur des chaînes d’approvisionnement complexes, qui a alimenté la hausse des prix et entraîné une baisse des volumes.
Si la hausse des prix a permis de maintenir une croissance positive des ventes et de soutenir les résultats financiers à court terme, la baisse persistante des volumes pose des défis à plus long terme. En effet, les volumes sont à la base des économies d’échelle, des investissements et de la croissance de la productivité, autant d’éléments essentiels à la viabilité à long terme du secteur. Par conséquent, les perspectives de ventes pour 2026 mettent en évidence une tension importante : les revenus pourraient continuer d’augmenter modérément, mais sans stabilisation ou hausse des volumes, les bases de la croissance future demeurent sous pression, car la capacité des entreprises de transformation à répercuter les hausses de coûts supplémentaires sur les consommateurs et les consommatrices sans nuire à la demande est limitée.
L’incertitude assombrit les perspectives d’amélioration des marges
Les marges brutes des entreprises de fabrication d’aliments et de boissons devraient s’améliorer, après plusieurs années de pression. Après avoir connu de fortes baisses en 2022 et en 2023 et une évolution quasi nulle en 2024 et 2025, l’indice de la marge brute devrait augmenter de 4,3 % en 2026 (figure 3). Ainsi, on prévoit que cinq des huit sous-secteurs de la fabrication d’aliments et de boissons enregistreront des marges supérieures à celles de 2025. Toutefois, le secteur des produits laitiers devrait rester stable, tandis que les secteurs des boissons et de la mise en conserve de fruits et de légumes devraient enregistrer des marges plus faibles en 2026. Ces différences confirment que les résultats de chaque secteur dépendent fortement de la composition des intrants, de l’exposition aux marchés et de la demande du marché. Cela dit, la flambée des prix des produits de base entraînée par la crise au Moyen-Orient pourrait, selon la durée de celle-ci, se traduire par une hausse des coûts et, par conséquent, par des marges inférieures aux prévisions.
Figure 3 : L’indice de la marge brute devrait augmenter en 2026 dans la plupart des sous-secteurs

Source : Services économiques FAC
On ne sait pas combien de temps durera la flambée des prix des produits de base mentionnée ci-dessus et quels autres chocs surviendront au cours de l’année. Ce qui est évident, c’est que l’incertitude est maintenant une caractéristique déterminante du contexte d’exploitation. Les entreprises n’ont aucune emprise sur les événements mondiaux, mais elles peuvent s’attacher à intégrer la capacité d’adaptation dans leurs processus, que ce soit en diversifiant leurs sources d’approvisionnement, en simplifiant leurs gammes de produits, en explorant de nouvelles formulations ou en cherchant à réaliser des gains d’efficience dans leurs activités quotidiennes. Aucune prévision ne peut laisser entrevoir toutes les perturbations, mais ce rapport a pour objectif de fournir les données et les analyses nécessaires pour mener une réflexion critique sur les facteurs qui façonnent chaque sous-secteur de la fabrication d’aliments et de boissons.
En conclusion
La hausse des prix de vente continue de soutenir les ventes des entreprises du secteur de la fabrication d’aliments et de boissons au Canada, mais cette stratégie est de plus en plus fragilisée par les ressources limitées des ménages et par l’incertitude mondiale persistante. Même si le recul des coûts des matières premières offre un certain allégement pour les marges en 2026, les risques entourant le commerce, les facteurs géopolitiques et les prix de l’énergie demeurent élevés. La réussite à long terme dépendra moins de la seule capacité à hausser les prix que de la capacité d’adaptation, de l’efficience et de la résilience dans un contexte d’exploitation de plus en plus complexe.

Amanda Norris
Économiste principale
Amanda s’est jointe à FAC en 2024 en tant qu’économiste. Spécialisée dans l’industrie agroalimentaire, elle effectue également des recherches sur la gestion de l’offre et les tendances de consommation. Amanda était auparavant à Agriculture et Agroalimentaire Canada, où elle a acquis une vaste connaissance de l’économie, des techniques et du secteur en occupant divers postes, notamment ceux de conseillère en matière de politiques, de cheffe de projets et d’économiste.
Amanda est titulaire d’une maîtrise en économie de l’alimentation, de l’agriculture et des ressources de l’Université de Guelph. Elle est également membre du conseil d’administration de la Société canadienne d’agroéconomie, où elle promeut les activités de rayonnement et l’importance de la recherche en agriculture et agroalimentaire.
