Le monde demande des produits alimentaires canadiens

Partie 1 : Cartographie d’une occasion de diversification commerciale de 12 milliards de dollars
La demande mondiale offre de nouvelles possibilités pour les entreprises agricoles et agroalimentaires canadiennes, particulièrement en Europe et en Asie.
Le tout dernier différend tarifaire entre le Canada et les États-Unis rappelle une fois de plus que même nos relations commerciales les plus étroites peuvent être perturbées. Étant donné que 78 % des exportations agroalimentaires canadiennes sont destinées aux États-Unis, les barrières commerciales ont des conséquences majeures pour ce secteur. Notre proximité, l’intégration de nos chaînes d’approvisionnement et une longue histoire d’échanges mutuellement profitables rendent la relation commerciale du Canada avec les États-Unis difficile à reproduire. Cela dit, entretenir une relation solide avec un seul client n’empêche pas le Canada de bâtir d’autres partenariats ailleurs dans le monde. En fait, mener de front ces deux stratégies demeure l’un des meilleurs moyens de soutenir la croissance à long terme face à l’incertitude, tout en créant une chaîne de valeur résiliente.
La nouvelle Stratégie nationale de sécurité alimentaire du gouvernement fédéral reconnaît l’importance de bâtir un système alimentaire canadien plus résilient, compétitif et durable. L’élargissement de l’accès aux marchés internationaux peut contribuer à renforcer la croissance à long terme du secteur, tout en soutenant le rôle du Canada en tant que fournisseur fiable de produits alimentaires à l’échelle mondiale.
Le Canada aborde cette situation en position de force. Les exportations agricoles et agroalimentaires ont atteint environ 100 milliards de dollars en 2025. Le Canada compte 15 accords de libre-échange englobant 51 pays et représentant 61 % du PIB mondial, ce qui donne aux entreprises canadiennes un accès préférentiel à plusieurs des marchés les plus importants et des économies à la croissance la plus rapide au monde. De plus, la demande pour les produits canadiens est en hausse. Entre 2018 et 2023, la croissance des exportations canadiennes a dépassé la croissance des exportations mondiales totales pour une variété de produits alimentaires, en particulier les produits d’origine animale et les aliments transformés (figure 1).
Figure 1 : Groupes de produits dont la croissance des exportations canadiennes a dépassé la croissance des exportations mondiales totales de 2018 à 2023

Sources : Comtrade des Nations Unies, calculs de FAC
Un potentiel de 12 milliards de dollars
La précédente analyse de FAC sur la diversification commerciale avait mis en lumière un potentiel de 12 milliards de dollars pour le secteur agroalimentaire canadien au-delà des États-Unis. Environ 2,6 milliards de dollars pourraient être réorientés vers la demande canadienne en renforçant le commerce interprovincial, tandis que les 9,4 milliards de dollars restants offrent un potentiel de croissance majeur pour les exportations vers d’autres marchés que les États-Unis.
Notre analyse actualisée montre que le plus fort potentiel se concentre dans deux régions — l’Europe et l’Asie, chacune représentant des occasions situées entre quatre et cinq milliards. Ces perspectives n’entraîneront pas un virage automatique de nos exportations vers ces marchés. Elles mettent plutôt en lumière des marchés où la hausse de la demande, les capacités d’exportation du Canada et les accords existants s’unissent pour créer un potentiel de croissance.
L’appétit de l’Europe pour les produits à valeur ajoutée
L’Europe représente la plus grande occasion régionale, et le Canada possède des bases solides dans la région grâce à l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne et à ses accords commerciaux avec le Royaume-Uni et les pays de l’Association européenne de libre-échange. Les marchés européens offrent d’importants débouchés commerciaux pour les aliments préparés, les huiles végétales, le sucre et les confiseries, les fruits et légumes transformés, ainsi que pour les boissons alcoolisées et non alcoolisées. Les aliments préparés représentent à eux seuls une part estimée à 1,2 milliard de dollars de ce potentiel européen (environ 25 %), suivis des huiles végétales à 1,1 milliard de dollars et du sucre et des confiseries à 870 millions de dollars.
Certains signes encourageants montrent que les produits canadiens trouvent déjà un écho auprès des acheteuses et acheteurs européens. Les exportations agroalimentaires canadiennes vers l’Union européenne et le Royaume-Uni ont atteint environ 7 milliards de dollars en 2025. Elles ont augmenté de 43 % au cours de la période de cinq ans allant de 2020 à 2025. Les Pays-Bas se distinguent comme un débouché commercial particulièrement solide. Entre 2018 et 2023, les exportations canadiennes d’aliments préparés vers les Pays-Bas ont bondi de 165 %, comparativement à une croissance de 38 % de l’ensemble des importations néerlandaises d’aliments préparés. Les Pays-Bas constituent également une plaque tournante majeure pour la distribution en Europe, de sorte qu’une partie de la croissance commerciale peut refléter le transit de produits vers d’autres marchés européens.
L’Asie offre une occasion de croissance rapide
L’Asie représente un potentiel estimé à 4,3 milliards de dollars, notamment dans les catégories du bœuf, du mouton et d’autres viandes d’élevage (890 millions); des produits de la mer (839 millions); des aliments préparés (755 millions); et des huiles végétales (674 millions).
Certains marchés démontrent à quel point les fournisseurs canadiens ont rapidement gagné du terrain. Entre 2018 et 2023, les exportations canadiennes de bœuf, de mouton et d’autres viandes d’élevage vers la Corée ont augmenté de 419 %, comparativement à une croissance totale de 37 % des importations de cette catégorie de produits par la Corée. Les exportations canadiennes d’aliments préparés vers la Chine ont augmenté de 137 %, tandis que les importations chinoises dans cette catégorie ont progressé de 32 % dans l’ensemble.
La conclusion de nouveaux accords permettra d’accroître ces débouchés, particulièrement dans les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) alors que l’Accord de libre-échange entre le Canada et l’ANASE est en cours de négociation. En 2025, les exportations agricoles et agroalimentaires canadiennes vers les pays de l’ANASE ne totalisaient que 3,1 milliards de dollars. L’Indonésie à elle seule — actuellement le plus grand marché d’exportation du Canada au sein de l’ANASE, comptant pour 38 % des exportations vers l’ANASE en 2025 — a importé pour 39 milliards de dollars de produits agroalimentaires et de la mer en 2024 et représente une occasion importante de croissance des exportations. Cette occasion est renforcée par la signature de l’Accord de partenariat économique global Canada-Indonésie, qui, une fois en vigueur, donnera progressivement aux exportateurs canadiens un accès en franchise de droits aux marchés indonésiens pour des produits comme le bœuf, le canola et les aliments préparés.
Les possibilités d’exportation sont bien réelles. Le défi est d’en tirer parti.
Partout dans le monde, les clientes et clients choisissent de plus en plus les produits agricoles et agroalimentaires canadiens, qui sont reconnus pour leur grande qualité, leur salubrité et leurs pratiques de production durable. Il s’agit donc de possibilités qui vont bien au-delà d’une simple réponse au différend tarifaire actuel. Le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Canada se voit offrir une occasion plus large de nouer des relations durables avec sa clientèle, de faire découvrir davantage de produits canadiens aux consommatrices et consommateurs mondiaux et de bâtir un portefeuille commercial capable de continuer à croître malgré l’évolution des conditions économiques.
Dans de nombreux marchés, la porte est déjà ouverte. La tâche consiste maintenant à renforcer la capacité, les liens et la confiance nécessaires pour la franchir. Dans la deuxième partie, nous examinerons les éléments que le Canada doit mettre en place au pays pour saisir cette occasion.
Explorez l’analyse initiale de FAC, Le virage commercial de 12 milliards de dollars : le Canada a l’occasion d’exporter ses aliments ailleurs qu’aux États-Unis, pour voir comment des produits et des marchés particuliers pourraient contribuer à une économie alimentaire canadienne plus diversifiée.
Article par : Bethany Lipka (économiste principale) et Isaac Kwarteng (économiste principal)
