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Les tendances saisonnières peuvent-elles aider à orienter les décisions d’achat d’engrais?

26 août 2026
7,5 min de lecture

Alors que les producteurs et productrices portent leur attention sur la saison de croissance 2027, l’achat d’engrais demeure l’une des décisions les plus importantes — et les plus incertaines — en matière d’intrants de culture. Si la reprise des exportations chinoises d’engrais a amélioré les perspectives d’approvisionnement en certains nutriments, les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et le risque de perturbations du trafic commercial dans le détroit d’Ormuz font toujours peser un risque de hausse des prix. Parallèlement, les marchés de l’énergie et les flux commerciaux mondiaux continuent d’avoir une incidence importante sur le coût des engrais.

Dans ce contexte, une question revient sans cesse : comment les producteurs et productrices devraient-ils aborder les achats d’engrais dans un marché de plus en plus incertain? Dans le rapport qui suit, nous analysons la conjoncture du marché des engrais et examinons comment les tendances historiques des prix peuvent aider à éclairer les décisions d’achat dans un contexte d’incertitude persistante.

Les marchés des engrais envoient des signaux contradictoires

Les indicateurs actuels du marché laissent entrevoir des perspectives divergentes pour les engrais azotés et phosphatés en 2027. Les prix de l’urée sur le marché des engrais de la côte américaine du golfe du Mexique ont considérablement reculé par rapport aux sommets atteints plus tôt en 2026 et se trouvent maintenant inférieurs d’environ 15 % aux niveaux d’avant le conflit, tandis que les prix à terme du phosphate diammonique à La Nouvelle-Orléans (NOLA) restent supérieurs d’environ 25 % à ces mêmes niveaux (figure 1). Ce contraste met en évidence les différentes forces qui influencent les marchés de l’azote et du phosphate. Contrairement à ceux de l’azote et du phosphate, les prix de la potasse sont restés relativement stables au cours de la dernière année.

Si, au Canada, les prix des engrais suivent généralement les références des marchés de la côte américaine du golfe du Mexique et de La Nouvelle-Orléans, les coûts de transport, les taux de change, les conditions régionales de l’offre et de la demande, ainsi que les stocks des détaillants peuvent influencer l’ampleur et le moment des variations de prix. Par conséquent, la baisse des prix de référence ne se traduit pas nécessairement par des diminutions équivalentes des prix des engrais au Canada.

Figure 1 : Divergence entre les marchés des engrais aux États-Unis : l’urée recule pendant que le phosphate reste stable

Graphique linéaire illustrant la divergence entre les marchés de l’urée et du phosphate aux États-Unis.

Sources : Barchart, USDA, Services économiques FAC

Les marchés de l’azote se replient, mais des risques persistent

La baisse des prix de l’urée s’explique en partie par le ralentissement saisonnier qui suit la période des semis en Amérique du Nord, période souvent qualifiée de pause estivale sur les marchés des engrais. Les prix ont aussi décliné en raison de la reprise des exportations chinoises d’urée après plusieurs années de présence limitée sur les marchés mondiaux, ce qui a amélioré l’offre d’urée et allégé la pression sur les prix de l’azote.

Toutefois, le recul des prix de l’azote ne signifie pas pour autant que les risques diminuent. En effet, le Moyen-Orient demeure un fournisseur essentiel d’engrais, de matières premières et d’énergie, tandis que le détroit d’Ormuz reste une voie commerciale mondiale primordiale. À ce titre, toute perturbation des échanges commerciaux régionaux, des voies maritimes ou des marchés du gaz naturel pourrait rapidement inverser la tendance à la baisse des prix observée récemment.

Les marchés du phosphate restent fondamentalement tendus

Sur les marchés du phosphate, c’est une tout autre histoire. Les coûts élevés du soufre, de l’ammoniac et du gaz naturel, soit les principaux intrants de la production de phosphate, compriment les marges de production. Tellement, dans certains cas, que la production de phosphate s’en trouve même réduite. Comme le Moyen-Orient compte pour près de la moitié du commerce mondial du soufre, le conflit qui sévit actuellement dans la région risque de faire monter encore les coûts de production de phosphate et de limiter l’offre.

L’incertitude entourant les exportations chinoises contribue aussi à soutenir les prix du phosphate. La réduction des droits de douane américains sur le phosphate marocain pourrait stimuler quelques importations nord-américaines, mais il est peu probable qu’elle assouplisse les conditions de façon marquée sur le marché mondial. La politique d’exportation chinoise reste un élément clé à surveiller à l’approche de 2027.

Gérer l’incertitude au moyen des décisions d’achat

Comme les prix des engrais restent difficiles à prévoir, de nombreuses exploitations agricoles misent sur le choix du moment des achats pour gérer les risques. La plupart établissent leur programme de rotation des cultures et leurs besoins en engrais bien avant le printemps, et même si les prix restent incertains, les tendances saisonnières historiques peuvent fournir un contexte utile pour éclairer des décisions d’achat.

L’azote présente le caractère saisonnier le plus prononcé parmi les principaux engrais (figure 2). Au cours des cinq dernières années, les prix de détail au Canada ont généralement atteint un creux à la fin de l’été et à l’automne, avant de remonter à l’approche du moment des épandages printaniers, tandis que les valeurs moyennes ont culminé en avril et en mai.

Figure 2 : Les prix de l’azote ont tendance à remonter à l’approche du printemps

Graphique linéaire illustrant la saisonnalité des prix de l’azote et leur tendance à la hausse à l’approche du printemps.

Remarque : Les indices sont normalisés de manière à ce que 100 corresponde au prix moyen de l’année. Les valeurs supérieures (inférieures) à 100 correspondent aux mois où les prix se situaient généralement au-dessus (en dessous) de la moyenne. Le mois de juillet marque le début de la période de fixation des prix des engrais pour la saison des semis de l’année suivante.

Sources : Prix des intrants de culture en Alberta, Services économiques FAC

Le phosphate présente des variations saisonnières plus modérées, mais néanmoins visibles (figure 3). Les prix ont tendance à être relativement plus bas pour les exploitations agricoles canadiennes au deuxième semestre civil, avant de remonter progressivement à l’approche des semis du printemps.

Figure 3 : Les prix du phosphate affichent aussi une vigueur saisonnière au printemps

Graphique linéaire illustrant la saisonnalité des prix du phosphate et leur tendance à la hausse à l’approche du printemps.

Remarque : Les indices sont normalisés de manière à ce que 100 corresponde au prix moyen de l’année. Les valeurs supérieures (inférieures) à 100 correspondent aux mois où les prix se situaient généralement au-dessus (en dessous) de la moyenne. Le mois de juillet marque le début de la période de fixation des prix des engrais pour la saison des semis de l’année suivante.

Sources : Prix des intrants de culture en Alberta, Services économiques FAC

Par contraste, les prix de détail de la potasse au Canada ont affiché des fluctuations saisonnières assez modestes ces dernières années, ce qui a donné une plus grande marge de manœuvre aux exploitations agricoles pour gérer leurs liquidités.

Une fois les programmes d’achat d’engrais de l’été terminés, les exploitations agricoles doivent généralement déterminer leurs achats en fonction des périodes d’épandage de l’automne et du printemps. Celles qui disposent d’une capacité de stockage peuvent être en mesure de désynchroniser la date d’achat et le moment de l’épandage, tandis que d’autres peuvent recourir à des programmes proposés par les fournisseurs qui permettent de fixer le prix des engrais avant la livraison.

L’expérience récente montre pourquoi ces décisions importent. De nombreux producteurs et productrices ont jugé les prix des engrais peu attrayants pendant les programmes d’achat d’engrais de l’été 2025, ce qui s’est traduit par une demande limitée. Les épandages d’engrais à l’automne ont aussi été moins importants que d’habitude, ce qui a reporté une plus grande part de la demande d’engrais sur les mois d’hiver et de printemps.

Les décisions d’achat d’engrais doivent également être envisagées par rapport à la planification de la mise en marché des céréales. Comme nous en discutons dans notre récent rapport sur les céréales et les oléagineux, les tendances historiques des prix des cultures peuvent aider à orienter les décisions en matière de commercialisation des céréales dans un contexte d’incertitude sur les marchés. Fixer des prix avantageux pour les produits agricoles peut contribuer à compenser la hausse des coûts des engrais et à mieux garantir les marges à l’approche de 2027.

En conclusion

Les événements géopolitiques de l’année écoulée montrent à quel point les conditions du marché des engrais peuvent évoluer rapidement. Les tendances historiques suggèrent que les prix de l’azote et du phosphate ont souvent tendance à se raffermir à l’approche du moment des épandages printaniers, contrairement aux prix de la potasse, qui sont généralement plus stables. Même si rien ne garantit que les marchés évolueront selon leur tendance saisonnière habituelle, il peut s’avérer utile d’en être au courant pour mieux orienter les décisions d’achat d’engrais.

De nombreux producteurs et productrices semblent adopter une attitude attentiste pendant que les marchés des engrais évoluent, tout au long de l’automne et jusqu’à l’année suivante. Compte tenu de l’incertitude qui subsiste, il pourrait être judicieux d’envisager une stratégie d’achat échelonnée. Même si cette approche n’assure pas toujours le prix le plus bas, elle peut aider à trouver un juste équilibre entre possibilités, risques et marge de manœuvre.

x.com/AndersonLeigh3

Leigh Anderson

Économiste principal

Leigh est économiste principal à FAC. Ses domaines d’intervention comprennent l’analyse des marchés de l’équipement agricole et des intrants de culture. Ayant grandi dans une exploitation mixte de bovins et de céréales en Saskatchewan, il assure également un suivi des secteurs canadiens des céréales, des oléagineux et du bétail et fournit des perspectives à cet égard.

Leigh est entré en fonction à FAC en 2015 au sein de l’équipe des Services économiques. Il œuvrait auparavant auprès de la Direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. Il est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.