L’offre et la demande influent sur les décisions de production et de commercialisation

L’omniprésente dynamique de l’offre et de la demande génère des fluctuations constantes, mais vous pouvez en tirer avantage pour accroître vos profits.
Réaliser des profits en tirant parti de l’offre et de la demande revient à prendre les bonnes décisions concernant les cultures à privilégier et le moment de vendre les récoltes.
Selon Justin Shepherd, économiste principal à FAC, les exploitations agricoles choisissent habituellement ce qu’elles planteront en fonction surtout de la rotation et des prix des cultures. Par exemple, si le prix d’un produit cultivé l’année précédente est élevé, il sera tentant de le semer à nouveau.
D’autre part, M. Shepherd indique que le moment et le prix de la vente sont habituellement décidés en fonction des besoins de liquidités, notamment des périodes où l’exploitation doit faire des paiements sur des terres ou des équipements, ou encore des achats à l’avance de semences ou d’intrants de culture.
Cependant, il y a d’autres facteurs à considérer pour prendre une décision qui repose sur un meilleur fondement.
1. Observer les scènes locale, nationale et mondiale
Les agriculteurs et agricultrices se donnent toutes les chances de réussir lorsqu’en matière de production et de commercialisation, ils prennent des décisions éclairées, bien étayées et de grande portée. De la surveillance des stocks de denrées à l’échelle locale, nationale et internationale jusqu’à l’évaluation des répercussions des enjeux mondiaux, tout joue un rôle dans la production et les ventes agricoles.
Il faut prendre en considération, entre autres, les conditions de croissance ailleurs au pays et dans le monde. Un printemps humide dans votre région peut retarder vos projets d’ensemencement et réduire le rendement des cultures; pendant ce temps, des conditions printanières idéales peuvent donner une récolte exceptionnelle dans une autre province ou à l’autre bout du monde.
Cela signifie que l’époque où l’on finissait d’élaborer un plan de cultures en novembre en vue de l’ensemencement en mai est révolue pour les entreprises productrices de premier plan, affirme Evan Shout, chef des finances à Hebert Grain Ventures, une exploitation de céréales et d’oléagineux située dans le sud-est de la Saskatchewan. Le milieu agricole doit plutôt penser à long terme et tenir compte de ce qui se passe au pays et dans le monde, ainsi que des répercussions possibles.
« Nous étudions l’effet de l’offre et de la demande sur les prix des intrants et des produits agricoles ainsi que la volatilité des marchés, environ pour les 12 à 36 mois suivants », explique-t-il.
2. Les prix sont de nature mondiale
Les facteurs expliquant le prix que vous recevez pour ce que vous produisez s’étendent bien au-delà de votre champ, de votre enclos ou de votre étable.
« Nous faisons partie d’un marché mondial », déclare Justin Shepherd. Prenant le canola pour exemple, il ajoute : « Le Canada est une puissance de la production du canola et il exerce une forte influence sur le prix mondial. Cependant, de nombreux facteurs internationaux ont une incidence sur le marché. »
Si la production de canola diminue en Australie, ce pourrait être une occasion pour le Canada de combler les déficits d’approvisionnement sur la planète. Par contre, une production abondante de fèves de soya aux États‑Unis et en Amérique du Sud pourrait aussi contribuer à combler la demande du vaste marché pour les huiles végétales et les mets protéinés. Parallèlement, il se pourrait que les réserves d’huile de palme en Asie du Sud‑Est remédient à la pénurie d’huile de canola causée par une mauvaise récolte australienne. Tous ces facteurs contribuent à établir la valeur du canola cultivé au Canada une année donnée.
3. Les conditions météorologiques peuvent avoir un effet considérable sur l’approvisionnement du marché
Une sécheresse record peut entraîner une pénurie de fourrage, de foin et d’aliments pour animaux et même réduire la disponibilité de l’eau. Si l’une ou l’autre de ces ressources venait à manquer quelque part, les élevages de la r égion pourraient décider de réduire la taille de leur cheptel et de vendre plus de bêtes aux fins de transformation. Les élevages de la région, et d’ailleurs au pays, pourraient alors voir les prix s’affaisser dans l’immédiat. À long terme, cependant, la taille réduite du cheptel pourrait faire monter les prix, vu le nombre plus restreint de bêtes disponibles pour l’abattage.
« Il est essentiel de surveiller les conditions de sécheresse locales ainsi que les précipitations en cours de saison pour comprendre comment la situation météorologique influencera la production agricole », explique M. Shepherd. Il est également devenu essentiel de garder un œil sur les conditions météorologiques mondiales pour anticiper leurs vastes répercussions sur le marché et la production. Des outils tels que les moniteurs de sécheresse du Canada et de l’USDA offrent au monde agricole des informations précieuses, au moment voulu, sur l’évolution des tendances du taux d’humidité. M. Shepherd indique aussi que davantage d’exploitations s’installent des stations météorologiques et utilisent des données en temps réel pour évaluer la condition de leurs propres champs, ce qui améliore à la fois leurs décisions à court terme et leur planification à long terme.
4. La politique et les enjeux mondiaux jouent un rôle
Des facteurs politiques, comme l’interdiction d’exporter de l’huile de palme édictée par l’Indonésie en 2022, peuvent également avoir une incidence sur l’offre. Il en va de même pour les tensions géopolitiques.
L’Ukraine était un important exportateur de blé, de canola et d’autres produits agricoles, mais son invasion par la Russie et les problèmes logistiques qu’elle a connus en 2022 ont fait grimper en flèche les prix des céréales et des oléagineux cette année-là, jusqu’à ce que les exportations reprennent dans la région de la mer Noire.
Qui plus est, le conflit a contribué à faire reculer l’approvisionnement en engrais, ce qui a fait grimper les prix des intrants la même année. Les prix des engrais azotés ont quitté ces sommets, mais sont restés élevés à cause des récents problèmes géopolitiques et des contraintes d’approvisionnement. Mentionnons la Chine, qui a limité ses exportations d’engrais, surtout le phosphore et l’urée.
Selon Leigh Anderson, économiste principal à FAC, « l'époque où l’on se procurait les engrais nécessaires pour toute la saison au moment des semis est révolue ». Il souligne que la planification de la rotation des cultures, le dosage des engrais et la collaboration avec les agronomes et les commerces de détail tout au long de l’année font désormais partie intégrante de l’agriculture. Les exploitations conservent maintenant des stocks supplémentaires d’engrais sur place, ce qui leur permet de profiter des achats anticipés hors saison quand les prix sont favorables. La compréhension et la gestion des coûts de production importent plus que jamais pour protéger la rentabilité.
5. Une forte production ne garantit pas la rentabilité
Les exploitations agricoles ne peuvent pas considérer une production importante comme une promesse de rentabilité. Il faut que leur production trouve preneur, et elles sont grandement tributaires des exportations.
Une offre abondante n’est pas une garantie de prix élevés pour les agriculteurs.
À titre d’exemple, le Canada a enregistré une production record de céréales, d’oléagineux et de légumineuses en 2025. Or cette augmentation de la production des exploitations ne signifie pas une meilleure rentabilité, car les prix des céréales, des oléagineux et des légumineuses ont chuté pour la plupart des récoltes au cours des dernières années, beaucoup à cause de l’incertitude qui entoure le commerce mondial et de la production accrue. Par ailleurs, la rentabilité a été mise à mal par les dépenses liées aux cultures, qui sont restées importantes.
Sans compter que du point de vue de la demande de denrées, il est difficile de prévoir ce que feront les pays importateurs. Leurs comportements d’achat peuvent changer soudainement.
La guerre de la Russie contre l’Ukraine a également créé des débouchés pour le Canada.
À l’inverse, les restrictions commerciales et les obstacles au commerce imposés par la Chine et l’Inde ont porté un dur coup aux secteurs canadiens du canola et des légumineuses.
Comment les exploitations agricoles peuvent-elles commercialiser leurs produits dans un contexte incertain, sans se retrouver à vendre au prix le plus bas ou rater des montées des prix?
« Le but n’est pas d’atteindre la perfection, mais plutôt de vendre à profit », affirme M. Shout.
Des liquidités et un fonds de roulement sont indispensables. Ainsi, rien ne vous force à vendre et vous pouvez attendre d’obtenir un meilleur prix.
Il est essentiel de connaître et de gérer les coûts de production, car l’augmentation des stocks sur place réduit et retarde les flux de trésorerie. Les productions agricoles ont tout intérêt à se concentrer sur les éléments qu’elles peuvent contrôler et ne devraient pas sous-estimer les gains d’efficience résultant de petites améliorations. « Elles pourraient notamment envisager de renégocier des loyers fonciers arrivant à échéance, dit M. Anderson. Il est également crucial pour les exploitations agricoles de bien communiquer avec les fournisseurs d’intrants au sujet de leurs besoins, par exemple en ce qui concerne les rendements cibles et les doses appropriées d’engrais et de produits chimiques. »
« Ainsi, c’est une question de se doter des moyens financiers nécessaires pour pouvoir exécuter un plan de commercialisation qui n’est pas basé sur la nécessité de vendre, mais plutôt sur le moment où l’on veut vendre », explique M. Shout.
Évidemment, personne ne peut savoir quand les prix atteindront un sommet ou un creux, même s’ils se trouvent fort probablement à leur niveau le plus bas au moment de la récolte, lorsque les produits arrivent sur le marché et que les agriculteurs ont besoin de liquidités pour payer leurs factures.
Les producteurs de céréales et d’oléagineux qui peuvent se permettre de patienter sont beaucoup plus susceptibles de profiter de meilleurs prix pour leurs produits vers le début de l’été que tout de suite après la récolte.
« Quand on étudie une tendance sur 15 ans, il est rare que les prix de base ou les prix à terme se trouvent au meilleur niveau au moment de la récolte, à l’automne ou en janvier et février, lorsque toutes les marges de crédit doivent être remboursées », poursuit M. Shout.
Ce que peuvent faire les exploitations agricoles
En plus de patienter, vous pouvez faire ce qui suit :
Accroître la probabilité de rentabilité en élaborant un plan de commercialisation et en calculant vos coûts réels
Inclure des ratios stocks-utilisation [en anglais seulement] dans les plans de commercialisation
En apprendre plus sur l’offre et la demande
L’offre et la demande en acériculture
Dans certains secteurs, les forces de l’offre et de la demande échappent au contrôle du marché libre. C’est le cas du secteur acéricole du Québec, qui fournit environ 72 % de la production mondiale de sirop d’érable.
Depuis 2004, les acériculteurs du Québec doivent détenir un quota, qui s’applique à l’ensemble de la production à l’exception des contenants de cinq litres ou moins qui sont vendus directement aux consommateurs. Cela signifie qu’ils ont le droit de produire une quantité précise de sirop d’érable. Le système de quota vise à soutenir les prix à la production.
L’organisation des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), qui représente 13 300 producteurs, régit la production et la commercialisation. Cette organisation a également créé la réserve stratégique mondiale de sirop d’érable en 2000.
L’organisation explique que le sirop d’érable mis en réserve assure un approvisionnement constant aux consommateurs et « stabilise le prix du produit en éliminant les variations de prix causées par de potentielles ruptures de stock ou des surplus de production ».
Cela signifie que si la production de sirop d’érable des producteurs du Québec diminue en raison de mauvaises conditions météorologiques printanières, le prix payé par les consommateurs ne montera pas en flèche, car le déficit de l’offre sera comblé à même les stocks de la réserve.
Lorsque d’excellentes conditions météorologiques printanières donnent une récolte de sirop exceptionnelle, ceux qui produisent plus que leur quota doivent envoyer leurs tonneaux excédentaires à la réserve. Ils sont payés lorsque le produit est vendu.
La réserve est située à Laurierville, au Québec, sur un site de 267 000 pieds carrés et elle peut recevoir 55 millions de livres de sirop d ’érable, précise l’organisation.
L’organisation prévoit agrandir ses installations d’entreposage. Estimant que les ventes et les exportations augmenteront de près de 20 % au début des années 2020, elle se prépare à une demande accrue de produits afin que les prix demeurent stables.
Article par : Richard Kamchen

Les pratiques durables et la rentabilité vont de pair dans les exploitations agricoles. De nouvelles technologies contribuent à l’atteinte d’objectifs à long terme tout en améliorant l’efficacité et en satisfaisant aux exigences des clients d’ici et du monde entier.
