Les femmes en affaires : des superwomen?

Ce texte a été adapté, avec permission, d’un article rédigé par le magazine Coopérateur.
Entre charge mentale et complexe de la superwoman, les femmes sont souvent aux prises avec des défis qui les écrasent et les épuisent. Pierrette Desrosiers, psychologue et conférencière, propose quelques éléments clés pour comprendre leurs réalités et suggérer des solutions.
Des réalités multiples
Chaque femme connaît sa propre réalité et il n’existe donc aucun prototype ultime de LA femme en affaires et en agriculture. En tant que personne vivant à la ferme, votre temps est investi différemment : l’actionnariat peut s’avérer principal ou partiel. Les ressources disponibles ne se révèlent pas toujours égales quant à l’argent ou à la santé physique et mentale.
Par exemple, vous avez peut-être un potentiel d’énergie modéré ou êtes capable de soulever 12 montagnes en même temps, tout en gérant une famille de trois enfants. La disponibilité de la main-d’œuvre varie également d’une entreprise à l’autre, tout comme le bassin de compétences et de connaissances disponibles à la ferme.
Les réalités féminines diffèrent également de celles des hommes. La discrimination de genre persiste, et ce, avec des fournisseurs, des clients ou même des employés. L’accès au financement est plus ardu pour les femmes. Le réseautage et le mentorat sont aussi plus limités.
Un manque d’équilibre
Une étude récente sur la répartition des tâches agricoles entre hommes et femmes au Québec démontre que la conciliation travail-famille demeure un enjeu considérable à la ferme puisque l’organisation des tâches domestiques y est encore très sexuée. Bien que les hommes aient fait un grand bout de chemin, de nombreux efforts restent à faire, notamment en ce qui concerne la charge mentale.
La charge mentale
Mme Desrosiers explique : « La charge mentale, c’est quand vos pensées et vos émotions sont surchargées par tout ce que vous devez planifier, gérer et accomplir. Elle entraîne une fatigue physique et psychique. »
Par exemple, vous préparez la rentrée scolaire et organisez tout ce que cela implique : acheter les fournitures scolaires, les vêtements, les sacs à dos; inscrire vos enfants à des activités, et soudain, un imprévu survient — votre enfant tombe malade. Vous allez le chercher au camp de jour, vous consultez le médecin, puis vous avez un rendez-vous chez le dentiste, ensuite chez l'optométriste, un match de soccer, un cours de danse, une leçon de natation, le déjeuner, le dîner, le souper, etc.
Tout cela amène un fardeau psychologique considérable sur vous et engendre aussi des répercussions pour l’entreprise.
Le complexe de la « superwoman »
Ce phénomène se définit comme un « ensemble de comportements et de traits psychologiques observés chez les femmes qui se sentent constamment submergées par leurs nombreuses obligations, tant au travail qu’à la maison. Celles-ci ont tendance à vouloir tout faire parfaitement, à être surchargées professionnellement et à négliger leur bien-être au profit des autres », précise la psychologue.
Vous agissez comme une « superwoman » si vous remplissez de façon excessive votre horaire et que vous jonglez entre de multiples rôles et responsabilités, sans vous accorder une marge de manœuvre, ni en énergie, ni en temps, ni en argent.
Difficile de se « décomplexer »
Déléguer? Plus facile à dire qu’à faire! Dans ce contexte, vous ne voudriez surtout pas paraître faible. Prise dans un stress constant, vous pouvez être épuisée sans vous sentir capable de ralentir le rythme. Vous pouvez aussi avoir du mal à reconnaître ou à exprimer vos propres besoins, plaçant ceux des autres avant les vôtres.
Vous affirmez-vous heureuse dans ce rôle de superfemme? La difficulté réside dans la perte partielle de satisfaction pour la vie et l’impression persistante de ne jamais être à la hauteur, malgré des efforts incessants.
Des pistes de solution
Répartir les tâches peut alléger votre charge. Comment identifier celles que vous pourriez confier à d’autres? Voici quelques questions à vous poser :
Quelle est la plus-value de cette activité? Est-elle utile?
Est-ce en lien avec votre gain dans l’entreprise ou dans votre vie personnelle?
Avez-vous de l’intérêt à la réaliser?