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Une agricultrice promeut l’ouverture et la compréhension pour lutter contre la stigmatisation

« Notre santé mentale fait partie intégrante de notre santé globale. Nous devons en prendre soin au même titre que notre santé physique », affirme avec conviction Kim Keller, agricultrice et entrepreneure. Son propre vécu l’a sensibilisée à la nécessité de promouvoir le bien-être mental dans le milieu agricole.

Âgée de 34 ans, Mme Keller est retournée en Saskatchewan en 2011 après avoir obtenu un baccalauréat et fait carrière dans le domaine de l’assurance. Elle a passé les quatre années suivantes à cultiver les 13 000 acres de la terre familiale. Pendant ce temps, elle a également cofondé l’association Saskatchewan Women in Ag et une société en technologies agricoles.

Puis un jour, Mme Keller a reçu l’appel d’un bon ami, bouleversé par le suicide d’un agriculteur des environs. Ce suicide l’a poussée à s’exprimer sur les médias sociaux et à cofonder Do More Ag, un organisme sans but lucratif axé sur la santé mentale dans le milieu agricole.

Même si elle préconise une meilleure connaissance du bien-être mental, c’est avec difficulté qu’elle parle de son propre vécu. Mme Keller a reçu un diagnostic de maladie de Crohn et, plus tard, d’anxiété.

« Au début, je ne comprenais pas pourquoi je faisais de l’insomnie, pourquoi mes pensées défilaient rapidement dans ma tête et mon rythme cardiaque s’accélérait. Mais quand j’ai commencé à en parler à des personnes de confiance, elles me disaient “Je ne crois pas que ce soit normal”, dit-elle. Je pense que parfois, nous acceptons ces sensations parce que nous les ressentons depuis si longtemps. »

Changement de mentalité

Aujourd’hui, elle reconnaît plus facilement les signes de l’anxiété.

« Je surveille ma santé mentale autant que je surveille ma santé physique et que je consulte un médecin pour la maladie de Crohn, parce que ces deux facettes de ma santé font partie intégrante de mon bien-être », raisonne Mme Keller.

Je m’occupe de ma santé physique et de ma santé mentale parce que ces deux aspects sont essentiels à mon bien-être.

Elle admet cependant qu’il peut être intimidant de parler avec des membres du personnel médical. Elle est d’autant plus reconnaissante envers son médecin.

« Elle a intégré la santé mentale à mes examens de santé réguliers. Elle m’a demandé comment elle pouvait m’aider. Je n’avais pas à savoir ce dont j’avais besoin. Elle m’a demandé : “Éprouvez-vous l’un ou l’autre de ces symptômes?” Cela m’a enlevé de la pression. »

Mme Keller compare les soins en santé mentale à tout autre soin de santé.

« Quand on ne se sent pas bien depuis plus d’une semaine, on consulte un médecin. On n’attend pas d’avoir une pneumonie », explique-t-elle.

Prendre soin d’elle

Aujourd’hui, Mme Keller prend soin d’elle et surveille de près son bien-être.

« On a tendance à penser que prendre soin de soi signifie se détendre en pratiquant des activités comme le yoga et la méditation. Mais ça ne se résume pas à cela. Pour ma part, prendre soin de moi, c’est prendre cinq minutes pour m’étirer ou marcher, et profiter pleinement de chaque période de sommeil », précise-t-elle.

« Certains jours, dès mon réveil, je sais que la journée sera difficile – et d’autres jours, tout se passe bien. Il est très important de se rendre compte que nous avons des facteurs de stress et de les identifier afin de pouvoir les reconnaître lorsqu’ils se présentent. Il est aussi important d’avoir les capacités et les outils pour gérer ces facteurs de stress », recommande Mme Keller. Elle souligne que durant des périodes occupées comme l’ensemencement et la récolte, il lui arrive encore de devoir se rappeler de faire le point.

Demander de l’aide

« Je ne vis pas mes problèmes de santé toute seule, et personne ne le devrait, affirme Mme Keller. Vous n’êtes pas la seule personne à vous sentir stressée ou anxieuse, ou à affronter un problème de santé. Et il y a des gens dans cette industrie, dans votre collectivité, dans votre famille, qui peuvent vous aider. »

Elle ajoute par ailleurs que le réseau de soutien d’une personne doit pouvoir détecter que cette dernière a besoin d’aide.

« Nous disons à tout le monde de demander de l’aide en cas de besoin, mais pour une personne qui éprouve un problème de santé mentale, ce n’est pas chose facile. Si l’entourage d’une personne atteinte connaît les signes et les symptômes de sa maladie, je crois que nous réussirons mieux à l’aider au moment où elle en a besoin. »

Elle encourage les gens à prêter attention quand le comportement normal d’une personne change, et à en parler avec elle en lui montrant une réelle compassion.

« On peut dire : “J’ai remarqué que tu n’étais pas toi-même dernièrement” », dit Mme Keller, expliquant que c’est une bonne façon d’entamer la conversation.

Elle convient que parfois, les gens ne posent pas de question, car ils ne savent pas comment réagir.

« C’est pourquoi il faut s’informer, et renforcer ses capacités et celles de nos collectivités à l’aide de moyens comme des cours de premiers soins, des conférences et des formations en santé mentale – des activités visant à développer concrètement les aptitudes des familles, des amis et des membres de l’industrie », affirme Mme Keller. Elle admet que les gens ont encore peur.

« Je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont raconté leur expérience au cours de la dernière année, et qui m’ont dit : “Ne répète jamais ceci à personne, parce qu’on me refusera mon prêt, ou je perdrai la confiance de mon propriétaire ou de mes détaillants. Mes voisins ne me parleront plus.” » Mme Keller est déterminée à vaincre cette peur.

« Je devrai vivre avec l’anxiété toute ma vie, tout comme je vis avec la maladie de Crohn. Il faut l’apprivoiser. On apprend à la gérer, on progresse et on réussit. Elle ne m’empêche pas de faire ce que je veux. »


Article par Myrna Stark Leader