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Trouver des débouchés dans la chaîne de valeur en période de pandémie

  • 6,5 min de lecture

La pandémie de COVID‑19 est en train de modifier les habitudes d’achat des consommateurs, qui renoncent à leurs gâteries préférées au profit des denrées essentielles et des aliments de base du garde‑manger. C’est pourquoi des experts recommandent aux producteurs d’examiner leur rôle au sein de leurs chaînes de valeur et de déterminer si elles offrent de nouveaux débouchés.

M. Martin Gooch, directeur général de Value Chain Management International (en anglais seulement), indique que certains des produits alimentaires de première nécessité que recherchent les consommateurs sont moins transformés; ces produits se prêtent donc bien à la commercialisation en dehors des circuits traditionnels.

Les producteurs doivent schématiser toutes leurs chaînes de valeur et voir où ils pourraient trouver des débouchés.

« Le principe élémentaire d’une gestion efficace de la chaîne de valeur est qu’il faut se concentrer sur ce que les clients et les consommateurs apprécient, dit M. Gooch. Mais la pandémie de COVID‑19 a changé la donne. En ce moment, les producteurs doivent schématiser toutes leurs chaînes de valeur et voir où ils pourraient trouver des débouchés. »

La diversification des sources de revenus réduit les risques

Selon M. Simon Somogyi, titulaire de la chaire Arrell sur l’industrie alimentaire (en anglais seulement) à l’Université de Guelph, lorsque les producteurs primaires possèdent des parties successives de la chaîne d’approvisionnement, leurs sources de revenus sont diversifiées et leur risque s’en trouve réduit.

« La coordination verticale, c’est‑à‑dire la collaboration avec les membres de la chaîne qui sont en aval des producteurs, comme les transformateurs et les détaillants, fait défaut. Il y a aussi un manque général d’intégration verticale dirigée par les agriculteurs canadiens comme la création de valeur ajoutée à la ferme, autre que la simple transformation pour le client comme le séchage du grain. »

M. Somogyi reconnaît que certains secteurs agricoles seraient mis au défi par une plus grande coordination verticale, mais il y voit tout de même de nombreux débouchés. Par exemple, les acheteurs japonais font l’éloge de la haute qualité du soya de l’Ontario, qu’ils importent et transforment en tofu. Toutefois, peu de producteurs de soya de cette province ont investi dans de l’équipement de transformation pour fabriquer, commercialiser et exporter du tofu au Japon.

« La diversification, la collaboration et l’intégration contribuent à réduire les risques », affirme M. Somogyi.

Laisser les besoins alimentaires de base l’emporter sur la rentabilité

M. Gooch recommande aux producteurs d’analyser rigoureusement les marchés en fonction de l’intérêt des consommateurs pour la sécurité alimentaire intérieure, un scénario qui s’est rarement réalisé dans le Canada d’aujourd’hui.

Il suggère de remplacer les approches traditionnelles de marketing, qui sont fondées uniquement sur des décisions liées aux bénéfices — comme la recherche de marchés d’exportation pour les produits agricoles canadiens — par un marketing axé sur la satisfaction des besoins élémentaires des consommateurs canadiens en matière de sécurité alimentaire.

Concrètement, M. Gooch invite les producteurs à prendre un crayon et du papier et à schématiser le processus de production, du début de l’activité à la fin de la production, puis à étudier chaque partie du processus. Par exemple, une étude de cas d’une exploitation de bleuets préparée par l’entreprise de M. Gooch et l’Association canadienne de la distribution de fruits et légumes a permis de déterminer 25 points dans le processus de production post‑récolte, depuis le placement des fruits dans des cuves en vrac jusqu’à leur étalage sur les tablettes des épiceries.

Une autre étude portant sur la chaîne de valeur du porc frais a montré qu’il était possible d’améliorer considérablement les performances en n’apportant que de légères améliorations à plusieurs points.

« La détermination et l’examen de chaque point permettent aux producteurs de voir où se situent les pertes et les occasions et de rationaliser leurs processus pour satisfaire aux impératifs des consommateurs. »

Prendre en considération les aspects du changement de gestion

Maggie Van Camp, chef nationale à l’élaboration de la pratique pour le secteur de l’agriculture à BDO Canada, indique que pour adapter leurs stratégies de gestion dans le contexte de la COVID‑19, les producteurs doivent comprendre leur propre situation financière et celle de leur exploitation. Il faut être au courant des finances, des dispositions fiscales et de l’état de la valeur nette, et il importe de formuler des prévisions de trésorerie pour la saison.

Mme Van Camp suggère aux producteurs d’effectuer des projections de trésorerie, y compris des économies potentielles comme la baisse des taux d’intérêt, des prix du carburant et des tarifs d’électricité, qui ont tous changé en raison de la pandémie de COVID‑19.

En gardant à l’esprit les états financiers et les flux de trésorerie, les producteurs devraient discuter de leurs points de vulnérabilité avec leur comptable et leur banquier, ainsi que des changements qui permettraient de réduire les risques et de gérer les coûts, comme des périodes sans remboursement du capital.

Mme Van Camp suggère aussi aux producteurs de faire une demande de participation aux programmes de soutien du gouvernement, dont Agri-stabilité, et de réfléchir aux répercussions que cette aide peut avoir sur les projections de trésorerie.

Vient ensuite le temps de réfléchir aux débouchés que vous pouvez saisir en misant sur vos points forts et de vous attaquer à vos points faibles.

« Par exemple, vous pourriez tâcher de combler les besoins des marchés locaux, d’ajouter de la valeur, de réduire, de vendre des actifs improductifs, ou mettre en œuvre toutes les autres idées qui sont pertinentes pour votre marché actuel, vos actifs, le pouvoir populaire et votre logistique », dit Mme Van Camp.

Le développement des marchés locaux prend du temps

Et si elle affirme que de très bons exemples se dégagent de tout le pays concernant la demande croissante de produits alimentaires locaux, les producteurs et les transformateurs doivent disposer de volumes suffisamment importants pour justifier un investissement en temps et en actifs.

« Pour mettre en place des marchés locaux, il faut du temps, des connexions et des compétences qui ne s’acquièrent pas du jour au lendemain, et parfois, il n’est tout simplement pas possible d’y parvenir à court terme, dit Mme Van Camp. Par exemple, le nombre d’usines d’abattage inspectées par le gouvernement provincial a diminué rapidement au cours des deux dernières décennies et elles ne peuvent pas être mises en service en un clin d’œil. Les agriculteurs produisent des produits biologiques, souvent périssables, de la façon la plus efficiente possible, et ils en tirent des marges très faibles. C’est la raison pour laquelle nous avons une production à plus grande échelle. » 

Tous les experts s’entendent pour dire que la pandémie de COVID‑19 devrait susciter un nouveau regard sur les chaînes de valeur existantes.

« Cette crise offre l’occasion aux agriculteurs, aux transformateurs et aux détaillants canadiens de cesser de différencier leur propre marché et de commencer à partager leurs ressources et leurs connaissances, déclare Mme Van Camp. Travaillons ensemble pour trouver des solutions pour nourrir les Canadiens et le monde. »

Il est difficile d’avoir les idées claires pendant la pandémie, mais des événements et des ressources sont à votre disposition (en anglais seulement).

En conclusion

La pandémie de COVID‑19 modifie les préférences des consommateurs et, dans certains cas, elle crée de nouvelles occasions d’affaires dans les chaînes de valeur pour les producteurs. Les experts conseillent aux agriculteurs de schématiser toutes leurs chaînes de valeur pour trouver des débouchés, et de miser sur la diversification, la collaboration et l’intégration. Pour accéder à de nouveaux marchés pendant la pandémie de COVID‑19, les producteurs doivent aussi comprendre leur propre situation financière, tant personnelle que celle de leur exploitation. Formulez des projections de trésorerie et faites une demande de participation aux programmes de soutien du gouvernement, dont Agri‑stabilité.

Article par : Owen Roberts