Tradition et innovation : la recette gagnante de Dolbec

À Saint-Ubalde, dans Portneuf, au Québec, Dolbec s’impose comme le plus important producteur de pommes de terre de l’Est du Canada. Cette exploitation familiale conjugue héritage agricole et modernité pour soutenir sa croissance. Son succès repose sur la vision stratégique de ses copropriétaires, Stéphan Dolbec et Josée Petitclerc, appuyés par une équipe multidisciplinaire engagée.
Une croissance enracinée dans la rigueur
Tout a commencé en 1967, lorsque Herman Dolbec et Francine Sauvageau ont acquis la terre familiale d’Adrien Dolbec. « Mes parents avaient une vision d’agriculture responsable et tournée vers l’avenir, raconte Stéphan, qui a pris la relève à 22 ans, en 1994, après le décès tragique de son père. J’ai vite compris que notre réussite passerait par l’innovation et une gestion financière stratégique : achat de parcelles, construction d’entrepôts et modernisation des équipements et du centre d’emballage. »
En 2005, il a racheté l’entreprise, qui exploitait alors 4 500 acres et comptait une soixantaine d’employés. Pour soutenir son expansion et stabiliser ses rendements, Dolbec a amorcé en 2010 une diversification géographique en s’associant à deux autres producteurs du Québec.
Aujourd’hui, elle cultive 10 000 acres, emploie entre 150 et 190 personnes selon la saison et récolte près de 60 000 tonnes de pommes de terre par année, incluant la production de semences. Environ 100 millions de livres sont ensuite emballées annuellement pour le marché alimentaire. Chaque année, de nouvelles variétés sont mises à l’essai afin de dénicher des cultivars bien adaptés au sol, capables de se conserver jusqu’à 12 mois et appréciés pour leur apparence et leur goût. La majorité des ventes se fait au Québec, mais aussi en Ontario et aux États-Unis.
La rotation des cultures (maïs, soya, blé, seigle et engrais verts) contribue à préserver la qualité des sols. Ces productions couvrent environ 6 000 acres et représentent près de 10 % du chiffre d’affaires.
Une gouvernance collaborative
Les deux partenaires s’impliquent quotidiennement dans plusieurs volets des opérations, appuient leur équipe et concentrent leurs efforts sur la planification et les projets prioritaires. « Stéphan ne travaille jamais en silo. Il sait bien s’entourer », souligne Josée.
Plus nous grandissons, plus il devient essentiel de miser sur la collaboration pour progresser.
Le couple peut compter sur le soutien d’Hugo d’Astous, directeur général depuis 2014, ainsi que d’un comité de direction qui supervise les principaux secteurs d’activité : ventes, achats, finances, ressources humaines, agronomie, marketing et amélioration continue.
« Plus nous grandissons, plus il devient essentiel de miser sur la collaboration pour progresser », explique Stéphan. Cette façon de faire permet à Dolbec de mieux s’adapter aux imprévus et aux fluctuations du marché.
Deux de leurs fils, Zachary et Thierry, s’impliquent déjà dans l’entreprise : l’un se consacre au soutien des ventes et à l’optimisation des terres, l’autre aux opérations agricoles. Le plus jeune, Jérémy, poursuit ses apprentissages.
« Chacun progresse à son rythme et selon ses propres aspirations. Nous avons mis en place un plan de relève familiale et organisationnelle solide, appuyé par les équipes de direction et des consultants, afin de nous assurer que les postes névralgiques soient occupés par des personnes qualifiées », explique Stéphan.
Virage technologique
Dolbec a investi plus de 30 M$ pour moderniser ses installations, dont 12 M$ dédiés à un centre d’emballage ultramoderne inauguré en 2017, qui intègre une robotisation avancée et des technologies intelligentes. Doté d’une chaîne entièrement automatisée, de la réception à l’ensachage en passant par le tri assisté par l’intelligence artificielle, ce centre figure parmi les plus performants d’Amérique du Nord. Ces progrès technologiques ont généré un gain d’efficacité estimé à 25 % et ont porté la capacité d’emballage annuelle de 70 à 120 millions de livres.
L’innovation ne se limite pas à la technologie ; elle redéfinit également les rôles. Une partie de la main-d’œuvre, qui était auparavant dédiée au tri manuel, supervise désormais l’équipement, assure le contrôle de la qualité ou gère les opérations numériques. De plus, l’intelligence artificielle optimise la planification des approvisionnements, la logistique et l’exécution des commandes.
« Ces outils nous permettent de prendre des décisions rapides et adaptées, et de répondre aux attentes de notre clientèle en toute saison. La qualité de notre service est une priorité, et elle influe directement sur le succès de l’entreprise, explique Josée. Cette philosophie se reflète dans nos relations d’affaires : nos fournisseurs sont de véritables partenaires avec lesquels nous progressons. »
Pratiques durables et adaptation climatique
Pour faire face aux caprices de dame Nature, Dolbec a lancé un projet d’irrigation sur cinq ans. Le système, composé de pivots à basse pression, reproduit l’effet d’une pluie naturelle et permet de stabiliser les rendements malgré la variabilité des précipitations. De plus, l’évolution du climat rend essentiel un drainage optimal des terres.
L’exploitation mise également sur une agriculture de précision. À l’aide de capteurs et de caméras, elle cible les zones à traiter et réduit l’usage des intrants. « En tant que producteurs, nous avons la responsabilité de diminuer notre empreinte écologique », affirme Josée. Grâce à un partenariat avec l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), Dolbec explore de nouvelles façons d’améliorer la santé des sols.
Planification stratégique intégrée « Nos investissements sont toujours planifiés selon leur impact à long terme sur notre compétitivité », précise Stéphan. Cette rigueur guide les décisions opérationnelles, humaines et écologiques.
L’entreprise s’appuie sur une stratégie quinquennale, élaborée avec une firme-conseil et une vingtaine d’employés clés. Ce plan intègre une approche environnementale, sociale et de gouvernance, dans laquelle chaque service doit proposer une action concrète axée sur la durabilité.
Valorisation des surplus
Dans une démarche d’économie circulaire, Dolbec transforme en alcool les pommes de terre non conformes grâce à Ubald Distillerie. « C’est Hugo qui a eu cette idée, explique Josée. Nous avons vu là une occasion de créer un produit à valeur ajoutée. Ce qui nous distingue, c’est que tout est réalisé ici, du champ à la bouteille. »
Les surplus sont aussi vendus à des entreprises de transformation qui produisent des légumes frais et surgelés, de la farine sans gluten et des aliments pour animaux. Une partie est versée à des banques alimentaires, et les emballages ont également été repensés pour privilégier des solutions recyclables et compostables.
Investir dans l’avenir
La croissance chez Dolbec ne se mesure pas seulement au nombre d’acres cultivés. Elle repose sur une planification rigoureuse, un esprit de collaboration locale et une vision à long terme – un modèle d’affaires qui démontre ce qu’il est possible d’accomplir en alliant savoir-faire et innovation.
« Nous devons rester fidèles à nos valeurs traditionnelles tout en continuant à nous adapter et à préparer l’avenir », ajoute Stéphan.
« Et il ne faut jamais perdre l’essence de ce qui constitue une entreprise familiale », conclut Josée.
La recette gagnante de Dolbec
Miser sur l’innovation, développer une vision à long terme et réaliser des investissements ciblés.
S’entourer d’une équipe engagée et promouvoir la prise de décision collaborative.
Diversifier les activités de l’entreprise pour renforcer sa résilience face aux événements imprévus.
D’après un article de l’AgriSuccès par Mélanie Lagacé
