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Revue de l’année 2023 par les Services économiques

13 déc. 2023
8,5 min de lecture

En 2022, les manchettes faisaient état de l’inflation presque quotidiennement et au début de 2023, nous espérions que l’inflation ralentirait assez pour convaincre la Banque du Canada de ne pas relever les taux d’intérêt et d’interrompre les hausses agressives de taux d’intérêt de 2022.

Cet espoir s’est estompé. En agriculture, la sécheresse dans l’Ouest et l’humidité excessive dans l’Est ont aggravé une année caractérisée par des baisses de prix des cultures et des hausses de prix des aliments pour animaux dans les régions frappées par la sécheresse, tandis que dans l’Est, le secteur porcin a été confronté à une tempête parfaite de défis liés aux marges et à une escalade des prix dans le secteur bovin.

Le contexte macroéconomique

À la fin de 2022, en raison de l’inflation sur certains produits alimentaires qui continuait de grimper après une année tumultueuse et à une vitesse dépassant le taux d’inflation global, le mois de janvier 2023 ouvrait la nouvelle année avec une incertitude accrue quant au coût de la vie. La Banque du Canada (BdC) a commencé l’année en annonçant une hausse de 25 points de base, portant ainsi le taux de financement à un jour à 4,5 %. En mars, la brève crainte suscitée par le fait que les petites banques américaines se trouvaient au bord de l’effondrement laissait supposer de possibles baisses de taux, mais en juillet, la BdC a relevé à 5,00 % son taux de financement à un jour, évoquant la possibilité d’une autre hausse de taux plus tard dans l’année. La banque centrale s’inquiétait de la persistance de l’inflation de base malgré un ralentissement marqué de la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel et d’une hausse du taux de chômage.

Figure 1 : Le ralentissement économique a entraîné une hausse marquée du taux de chômage
Diagramme à lignes et à barres combiné montrant la variation en pourcentage d’un trimestre à l’autre des taux annuels désaisonnalisés de croissance du PIB réel et du chômage.

Source : Statistique Canada

En novembre, le huard avait chuté à son niveau le plus bas depuis plusieurs années (environ 72 cents américains) en raison de la vigueur du dollar américain, qui s’explique par la fermeté de la Réserve fédérale américaine (la Fed) et le statut de valeur refuge de la devise lors des turbulences géopolitiques. Cela n’aiderait pas le Canada, où l’inflation est largement supérieure à la cible de 2 % de la Banque du Canada.

Production de cultures

Le secteur a obtenu de bons résultats en 2022, en particulier si l’on compare avec l’année de commercialisation 2021-2022 qui a été affectée par la sécheresse. Les recettes monétaires agricoles ont atteint 95,2 milliards de dollars, en hausse de 14,6 % d’une année sur l’autre, ce qui s’explique par l’augmentation des prix des cultures. Vers le milieu de l’année de commercialisation 2022-2023, les prévisions de février des Services économiques FAC indiquaient que la superficie de blé ensemencée augmenterait, mais que celle d’autres cultures chuterait (maïs, canola, blé dur et lentilles) ou se stabiliserait (soya, pois, avoine et orge). Les stocks de blé à l’échelle mondiale étaient encore bas et le renouvellement de l’Initiative céréalière de la mer Noire pour la prochaine année de récolte suscitait passablement d’inquiétude. Si FAC prévoyait que les prix des produits de base d’une année sur l’autre seraient généralement bas pour le reste de l’année 2023, il y avait tout de même du positif. Nous prévoyions également des baisses soutenues et encore plus rapides des prix de l’engrais, ce qui signifiait que le rapport entre les prix des cultures et ceux des engrais devrait s’améliorer tout au long de 2023.

À mesure que l’année 2023 avançait, la Russie a suspendu sa participation à l’Initiative céréalière de la mer Noire, mais cette nouvelle n’a pas réussi à stimuler les marchés, et les conditions météorologiques extrêmes ont dominé l’actualité. L’attention était concentrée sur la saison de croissance de l’Alberta, qui a commencé dans des conditions plus sèches qu’à l’habitude. En juin, FAC prévoyait une baisse de 3,6 millions de tonnes de la production de canola; on s’attendait à ce que le rendement du blé, toutes catégories confondues, diminuerait, réduisant ainsi la récolte de 5,6 millions de tonnes par rapport aux prévisions initiales. Selon les perspectives de Statistique Canada pour novembre, on estimait que la production totale de céréales et d’oléagineux était en baisse de 6,8 % sur douze mois. Pour aggraver les perspectives, on prévoyait le retour du régime climatique planétaire El Niño, qui entraînait des précipitations insuffisantes pour remédier à la sécheresse généralisée.

La figure 2 illustre la pression atmosphérique probablement supérieure à la normale au Canada au cours de l’hiver 2024. Par ailleurs, les températures seront relativement plus douces et plus sèches que la normale (les zones rouges de la carte).

Figure 2 : Répercussions atmosphériques prévues d’El Niño sur l’Amérique du Nord en 2024
Carte des tendances de la pression atmosphérique en Amérique du Nord, probablement produites par un phénomène El Niño pendant l’hiver.

Source : Environnement Canada

Bétail

Au 1er janvier 2023, les stocks de bovins du Canada avaient diminué de 2,2 % sur douze mois, une tendance observée aux États-Unis avec une diminution de 4,0 % d’une année sur l’autre, alors que le secteur nord-américain a lutté contre les coûts élevés des aliments pour animaux et les effets de la sécheresse en procédant à l’abattage de bétail. La stratégie a eu des conséquences sur la vitalité à long terme de l’industrie. Comme il fallait s’y attendre, entre mars 2022 et mars 2023, les prix du bétail ont augmenté en glissement annuel.

Au 1er juillet, la diminution de 2,9 % dans la taille globale du cheptel bovin nord-américain constituait la baisse sur douze mois la plus marquée des 30 dernières années et les vaches et les génisses continuaient de représenter un pourcentage croissant de l’abattage total (figure 3).

Figure 3 : Le cheptel bovin nord-américain se contracte de nouveau
Graphique à nuages de points affichant une ligne de tendance montrant la proportion de génisses et de vaches nord-américaines abattues et qui illustre la contraction prévue du cheptel bovin (en glissement annuel) au 1er juillet 2023. Le cheptel de bovins de boucherie comprend les vaches de boucherie, les génisses de boucherie, les génisses de remplacement, les bouvillons et les veaux de moins d’un an.

Sources : Canfax, Statistique Canada, USDA et calculs de FAC

En même temps, les prix des aliments pour animaux étaient encore élevés. En mai, les prix du foin de l’Alberta étaient de 20 % supérieurs aux moyennes sur cinq ans et l’on s’attendait à ce qu’ils demeurent élevés tout au long de 2023. En 2023, les parcs d’engraissement se sont montrés plus proactifs que lors de l’année de commercialisation 2021-2022 en ce qui concerne leur approvisionnement en céréales fourragères, alors que la sécheresse au Canada s’est aggravée. En août, ils avaient déjà acheté près de 250 000 tonnes métriques de maïs pour livraison en septembre. Malgré les prix élevés qui motivaient les producteurs à reconstituer leur troupeau, les conditions ont incité les producteurs à continuer d’envoyer des génisses dans les parcs d’engraissement.

Porcs

En février, Olymel a annoncé la première de quatre fermetures d’usines en 2023. En mars, les Éleveurs de porcs du Québec ont approuvé un « outil de retrait volontaire » pour gérer les surplus de porcs prévus. Confronté à une diminution de 15 % de la capacité de transformation en raison des fermetures d’usines d’Olymel, le secteur a choisi d’instituer un prélèvement payé par les producteurs et versé aux producteurs qui quittent volontairement la production afin de réduire le nombre total de porcs mis en marché. Entre mars 2022 et mars 2023, les prix du porc ont chuté d’environ 13 % en glissement annuel et l’on prévoyait qu’ils allaient rester en baisse tout au long de l’année.

Les taux d’abattage de porcs dans les établissements agréés par le gouvernement fédéral ont augmenté d’une année à l’autre au T3, les abattoirs situés dans l’Est ont abattu 1,5 % moins de porcs et celles de l’Ouest ont affiché une hausse de 2,8 % du nombre de porcs abattus. De plus, les établissements situés dans l’Est abattaient des porcs relativement plus légers, une conséquence directe du programme de réduction des troupeaux au Québec. L’augmentation des exportations de porcs vivants de la région vers les États-Unis (pour éviter la transformation canadienne) a provoqué un déficit d’approvisionnement à court terme dans l’Est, forçant l’abattage d’animaux plus jeunes, ce qui a entraîné une diminution de la production porcine.

L’abordabilité du porc par rapport au bœuf et au poulet s’est améliorée, et les Canadiens ont consommé plus de porc en 2023, ce qui représente une bonne nouvelle pour ce secteur en difficulté.

Secteur laitier

En octobre, la Formule nationale d’établissement des prix du secteur laitier laissait entrevoir une augmentation de 1,8 % à compter du 1er février 2024. Conscients des coûts déjà élevés de l’alimentation au Canada, les Producteurs laitiers du Canada ont publié un énoncé dans lequel ils recommandaient de retarder le rajustement annuel des prix.

Autres nouvelles

Les fabricants d’équipement ont commencé à livrer la marchandise pour les commandes déjà passées et qui avaient été retardées pendant la pandémie à cause des problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement. FAC prévoyait une augmentation de 40 % des ventes de moissonneuses-batteuses neuves pour l’automne, et les ventes prévues d’autres équipements sont encore entravées par les contraintes d’approvisionnement. Le secteur pourrait s’attendre à des prix élevés pour les tracteurs à roues avant motrices, les tracteurs à quatre roues motrices et les moissonneuses-batteuses neufs.

Malgré l’aggravation des tensions entre le Canada et l’Inde, on s’attendait à ce que les livraisons canadiennes de potasse à l’un des plus importants consommateurs d’engrais du monde se poursuivent. La production de légumineuses de l’Inde [en anglais seulement] a connu des revers, mais comme le Canada est le seul fournisseur fiable de lentilles vertes, il était peu probable que les exportateurs soient touchés. L’imposition de restrictions supplémentaires sur les importations de légumineuses semblait peu probable.

Martha Roberts

Rédactrice économique

Membre de l’équipe des Services économiques depuis 2013, Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie les risques et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 25 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats aux spécialistes de l’industrie. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, et d’une maîtrise en beaux-arts en écriture non fictive de l’Université de King’s College.