Revue de l’année 2021 par les Services économiques de FAC

  • 14 déc. 2021
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Portant encore des cicatrices laissées par la première année de la pandémie, les secteurs canadiens de l’agriculture et de l’agroalimentaire se sont révélés d’une résilience remarquable dans l’ensemble. Les intenses pressions issues de la récession ressenties en mars et avril 2020 s’étaient atténuées de façon générale en décembre 2020, les stocks étaient bas un peu partout dans le monde, et les prix des produits de base continuaient de grimper, stimulés par une forte demande. Nous avions prévu que 2021 amènerait la fin de l’incertitude et des bouleversements. Mais un an plus tard, il est évident que notre optimisme était prématuré. L’année 2021 a été marquée par trois vagues de COVID-19, des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement et l’espoir déçu d’une reprise économique sans entraves. Voici un survol de l’année.

Janvier

L’année a commencé avec un avant-goût de ce qui nous attendait lorsque le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a publié un étonnant rapport indiquant que l’approvisionnement mondial en cultures agricoles avait plus souffert des mauvaises conditions météorologiques qu’on l’avait estimé précédemment. L’insuffisance des récoltes a amenuisé les stocks de culture déjà restreints de 2020, et la situation a été exacerbée par une forte demande. Le décor étant planté pour une année de ratios stocks-utilisation serrés pour le maïs, le soya et le blé, on entretenait de grands espoirs que d’excellents volumes de production en 2021 viennent corriger le déséquilibre entre l’offre et la demande.

Après une montée en flèche [en anglais seulement] en 2020, attribuable en partie à des perturbations de l’offre découlant de fermetures causées par la COVID-19, les prix du bœuf et du porc étaient redescendus jusqu’à leurs niveaux d’avant la pandémie en janvier 2021, même si une forte demande justifiait toujours de bons prix pour les découpes. Les données de janvier sur l’indice des prix à la consommation (IPC) ont révélé que le taux d’inflation du prix des aliments au Canada était de 1,5 % sur 12 mois, et que les prix avaient augmenté globalement de 1,4 % sur 12 mois. Comptant sur une reprise économique attribuable à la rapidité et à l’efficacité de la campagne de vaccination à l’échelle du pays, la Banque du Canada prévoyait que le PIB canadien se redresserait après sa baisse de 5,5 % survenue en 2020 et gagnerait 4 % in en 2021.

Février

Les premières prévisions modélisées de l’USDA [en anglais seulement] pour les superficies totales consacrées à la production de maïs, de soya et de blé montraient des augmentations inégalées depuis 2016. L’élargissement de ces superficies représentait une solution potentielle pour remédier aux déficits d’approvisionnement, soutenue par ailleurs par plusieurs autres prévisions de records de production en 2021. Mais même avec de telles augmentations, les prévisions préliminaires laissaient croire à des stocks limités de maïs, de soya [en anglais seulement] et de blé [en anglais seulement] pour la prochaine année commerciale.

La Chine avait récemment estimé que 90 % de son cheptel porcin était restauré, mais les prix réels du porc et les niveaux d’importation contredisaient ses affirmations. La demande vigoureuse de porc, découlant en partie du maintien des exportations vers la Chine, a fait grimper les prix des marchés à terme pour les porcs à leur niveau le plus élevé depuis juillet 2019; le manque de clarté a obscurci les tendances potentielles de l’équilibre entre l’offre et la demande sur les marchés mondiaux de la viande, des céréales et des oléagineux.

Mars

L’inflation terne de janvier se dissipait lentement. En mars, le taux d’inflation au Canada avait atteint 2,2 %, comparativement à 1,1 % en février, en raison, partiellement, des problèmes touchant les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Une pénurie de conteneurs d’expédition sévissait partout dans le monde, alors que des conteneurs vides étaient réexpédiés en Chine pour faciliter ses exportations florissantes. Puis, en mars, le porte-conteneurs géant Ever Given a offert au monde entier un million de mèmes impérissables lorsqu’il a bloqué le canal de Suez et interrompu toute circulation maritime. Le manque de transport n’a fait qu’amplifier les inquiétudes au sujet des pressions inflationnistes croissantes [en anglais seulement]. L’augmentation récente des rendements obligataires, stimulée par la perspective perçue d’une inflation, en était la preuve.

Avril

Alors qu’on s’attendait à ce que la demande mondiale de cultures demeure vigoureuse, et faisant écho aux prévisions initiales de l’USDA, les premières estimations de la superficie cultivée au Canada indiquaient un agrandissement des surfaces ensemencées d’une année à l’autre qui, combiné à la récolte abondante prévue en 2021, allait diminuer la pression sur les stocks mondiaux et canadiens.

Toujours sur une note positive, un optimisme prudent se faisait sentir concernant la croissance économique. La réussite soutenue de la campagne de vaccination et une réouverture complète de l’économie au deuxième semestre de l’année étaient à portée de la main et, si elles se concrétisaient, elles allaient favoriser la consommation au pays et la croissance de la demande étrangère, en particulier de la part des États-Unis.

La Banque du Canada prévoyait une croissance économique de l’ordre de 6,5 % en 2021, ce qui représente une amélioration majeure par rapport au taux de croissance de 4 % qu’elle avait prévu en janvier. L’inflation au Canada avait augmenté comparativement au mois précédent, mais au moins une partie de l’inflation de 3,4 % d’une année à l’autre pouvait s’expliquer par « l’effet de base » – le mois d’avril 2021 était comparé à celui de 2020, lorsque d’importants confinements à l’échelle mondiale avaient entraîné une déflation. Les rendements obligataires se sont stabilisés en avril 2021 après que des craintes initiales à l’égard de l’inflation les eurent poussés à la hausse, et ces craintes s’estompaient.

Cependant, des vents contraires s’élevaient. Entre les mois de janvier et d’avril, le dollar canadien a progressé d’environ 5 % comparativement à l’euro et d’environ 1,5 % par rapport au dollar américain en raison de l’augmentation des prix du pétrole, phénomène qui sert toujours de mise en garde aux exportateurs. De plus, la congestion dans les ports nord-américains [en anglais seulement] exacerbait les problèmes touchant les chaînes d’approvisionnement et faisait grimper les coûts d’expédition.

Mai

Le taux de change Canada–États-Unis a franchi la barre des 0,81 $ US pour la première fois depuis le début de 2018, stimulé par la reprise économique et le prix du pétrole qui se situait aux environs de 65 $ US le baril. De récentes annonces faites par la Réserve fédérale et la Banque du Canada donnaient à penser que le huard n’en avait pas terminé non plus. Néanmoins, les prix ont augmenté de 3,6 % entre mai 2020 et mai 2021. Mais si on excluait les aliments et l’énergie, le taux d’inflation était de 2,4 % et restait dans la fourchette cible de la Banque du Canada.

Le compte rendu d’enquêtes de Statistique Canada sur les ensemencements de 2021 faisait écho au rapport publié le 31 mars par l’USDA. Le niveau d’augmentation des ensemencements d’une année à l’autre attendu par les marchés (compte tenu des prix élevés des cultures) ne serait pas atteint – et la diminution des superficies cultivées n’augurait rien de bon pour le déséquilibre entre l’offre et la demande. Les producteurs avaient peut-être remarqué une inversion des courbes des marchés à terme au cours d’une année de culture, laissant présumer que les prix qui étaient alors élevés ne le resteraient pas nécessairement jusqu’à l’automne. L’attente d’une récolte abondante a contribué à une baisse des prix des marchés à terme pour la nouvelle récolte.

Juin

La COVID-19 n’avait pas dit son dernier mot. La Banque du Canada a déclaré que la troisième vague du virus avait affaibli des résultats économiques pourtant solides pendant le premier trimestre. Les dépenses de consommation, la demande étrangère et les prix des produits de base affichaient une bonne croissance. Toutefois, cette belle progression était menacée par des risques de baisse imminents, comme l’évolution de nouveaux variants de la COVID-19 et l’inflation, qui dépassait toujours la limite supérieure de 3 % de la fourchette cible de la Banque du Canada.

Au milieu de l’année, les génisses représentaient une proportion plus importante des bovins engraissés destinés à l’abattage, renversant complètement la tendance de la fin de 2020. Cela aurait pu simplement s’expliquer par le retard accumulé dans l’abattage de bovins, qui découlait des fermetures attribuables à la COVID-19 en 2020. Néanmoins, cela laissait entrevoir un problème. Si les producteurs persistaient à réduire la taille de leurs troupeaux par l’abattage de génisses en raison du coût exorbitant de leur alimentation, cela pourrait leur causer des difficultés ultérieurement.

Juillet

Des revenus et des prix élevés au cours du premier semestre de 2021 ont favorisé la croissance sur 12 mois des recettes monétaires agricoles du Canada tirées des céréales, des oléagineux et des légumineuses. Toutefois, ce qui avait été auparavant des conditions très sèches dans l’Ouest se transformait en véritable sécheresse, diminuant les attentes quant aux recettes du quatrième trimestre. Les producteurs ont également vu leurs dépenses augmenter. Au premier trimestre de 2021, les prix des engrais ont bondi de 9,7 % et l’indice des prix des entrées pour la production animale a grimpé de 9,8 %, situation attribuable à une augmentation de 21,2 % des coûts des aliments pour animaux.

Les intrants agricoles ne sont pas les seuls produits dont les prix ont monté. En raison de la hausse des prix de l’essence et des goulots d’étranglement qui persistaient du côté de l’approvisionnement, la Banque du Canada a estimé que l’inflation se maintiendrait vraisemblablement au-dessus de 3 % pour le reste de 2021. On craignait l’inflation aux États-Unis aussi, où l’augmentation des prix du pétrole et le rendement de l’économie américaine revigoraient le dollar américain. Résultat? Plus de la moitié du gain supérieur à 5 % réalisé par le huard par rapport au dollar américain entre les mois de janvier et de mai avait, depuis juin, été effacée.

Août

La sécheresse s’aggravait, frappant particulièrement fort les éleveurs de bétail. Les prix des aliments pour animaux, déjà élevés depuis un an, continuaient d’augmenter. Lorsque la disponibilité de ces aliments est devenue un enjeu plus important, des marges négatives ont forcé des producteurs à vendre des animaux hâtivement afin de limiter leurs pertes – une réaction susceptible de faire baisser les prix. Plusieurs provinces et le gouvernement fédéral [en anglais seulement] ont annoncé l’octroi d’un soutien financier aux éleveurs de bétail dans le cadre du programme Agri-relance.

La sécheresse et les prix élevés des aliments pour animaux ont mené les exportations de bovins à leur niveau le plus bas [en anglais seulement] en 15 ans. Le cheptel canadien rétrécissait, alors que celui des États-Unis s’agrandissait, et les abattoirs canadiens fonctionnaient presque à plein régime. Par ailleurs, d’importantes pertes dans la production mondiale de cultures se profilaient. On prévoyait que la production mondiale de blé diminuerait de 7,5 millions de tonnes métriques sur 12 mois. Au Canada, les rendements d’une année à l’autre étaient inférieurs aux attentes pour toutes les cultures de l’Ouest et le soya de l’Est et on prévoyait que la production de canola atteindrait son niveau le plus bas depuis 2012. C’était de mauvais présage pour l’offre disponible de céréales, d’oléagineux et de légumineuses canadiens pour la prochaine année commerciale.

Septembre

Pour les producteurs canadiens, la rentabilité était une priorité. Bon nombre de cultures de l’Ouest étaient parvenues à maturité hâtivement et avait donc aussi été récoltées de façon hâtive, mais les nouvelles prévisions de FAC sur les recettes monétaires agricoles, fondées sur les estimations de septembre de Statistique Canada concernant le rendement des cultures, ont été abaissées de 9,2 %. Les dommages infligés aux installations de production de la Louisiane par l’ouragan Ida et les prix élevés du gaz naturel faisaient gonfler les prix des engrais. Dans certains cas, ils étaient maintenant supérieurs aux prix observés pendant la crise économique de 2008 [en anglais seulement].

Alors que les cas de COVID-19 augmentaient partout au pays en pleine quatrième vague, les économistes s’attendaient à ce que Statistique Canada annonce une croissance de 0,5 % au deuxième trimestre par rapport au même trimestre de l’année précédente; c’est plutôt une baisse de 0,3 % qui a été annoncée. Statistique Canada a aussi indiqué que l’inflation pour l’ensemble des produits avait progressé de 4,1 %, tandis que l’inflation des prix des aliments avait augmenté de 2,7 %. Le prix de l’essence avait grimpé de 32,5 %.

Octobre

Le problème de la trop grande demande était loin d’être réglé. La sécheresse avait décimé les récoltes dans l’Ouest des États-Unis et du Canada, assombrissant davantage les perspectives concernant les stocks canadiens et mondiaux des principales grandes cultures. Les prix des intrants agricoles affichaient une augmentation de 8,3 % au deuxième trimestre de 2021 par rapport au même trimestre de l’année précédente en raison de perturbations liées à la COVID-19 et à d’autres facteurs, ce qui a contribué à générer une inflation de 14,2 % pour l’ensemble du secteur manufacturier canadien. En octobre 2021, les prix de l’essence ont augmenté de 41,7 % et les prix de l’énergie, de 25,5 % par rapport à la même période l’année précédente.

L’inflation générale calculée sur une base annuelle a atteint 4,7 %. Les prix plus élevés de l’énergie à l’échelle mondiale ont poussé le dollar à la hausse. Les prix du gaz naturel et du charbon avaient atteint des sommets records en Europe et en Asie, et le cours du pétrole venait de se hisser à des niveaux inégalés depuis des années.

Novembre

Les inondations et les coulées de boue survenues en Colombie-Britannique à la mi-novembre ont aggravé les perturbations de l’offre. Elles ont gravement endommagé des éléments d’infrastructure situés dans les basses terres continentales et sur l’Île de Vancouver, ce qui a eu pour effet de réduire le passage des produits par le port de Vancouver et d’amplifier les préoccupations inflationnistes.

Les prix élevés des aliments pour animaux cette année ont influé sur deux secteurs de l’élevage. Les volumes hebdomadaires de vente aux enchères de bétail [en anglais seulement] ont été supérieurs à la moyenne quinquennale toutes les semaines sauf une depuis juillet, alors que les producteurs mettaient une partie de leurs troupeaux à la réforme afin de réduire au minimum le coût des aliments pour animaux. Cependant, les données indiquaient que dans l’Ouest du Canada, les volumes d’abattage de bovins étaient inférieurs de 0,7 % à la moyenne quinquennale; en règle générale, les prix des bovins étaient supérieurs à ceux de 2020. De plus, la Commission canadienne du lait a annoncé une hausse de son prix de soutien pour le beurre, qui entrera en vigueur le 1er février 2022, afin de compenser l’augmentation du prix des aliments pour animaux.

C’est déjà la fin

L’optimisme aveugle qui nous animait au début de l’année a cédé sa place à la résignation. Alors que la menace d’une cinquième vague apparaît au mois de décembre, il est évident qu’un fort taux de vaccination dans les pays riches ne suffit pas à venir à bout de la COVID-19. Et de nombreux autres problèmes présents au début de l’année ont persisté tout au long de 2021, principalement des ennuis avec les chaînes d’approvisionnement qui exacerbaient des déficits d’approvisionnement dans certains secteurs clés et une énorme demande qui dépassait les stocks disponibles. À ces problèmes persistants s’est ajoutée une inflation rapide aux États-Unis et au Canada, qui a entraîné entre autres des augmentations insoutenables des coûts des aliments destinés à la consommation humaine, des aliments pour animaux et des intrants. Et, bien qu’il s’agisse d’une mesure efficace pour combattre l’inflation, une possible montée du taux directeur de la Banque du Canada en 2022 pourrait également être synonyme d’intérêts débiteurs plus élevés pour les emprunteurs.

Pourtant, les bons signes abondent. Plusieurs indicateurs des coûts d’expédition commencent à redescendre des sommets atteints plus tôt cette année. On prévoit que la valeur du huard se situera en moyenne autour de 0,795 $ US pour 2022, soit un niveau qui favorise notre compétitivité. Les mises en réforme de vaches n’ont pas été trop nombreuses, et les prix des bovins devraient rester supérieurs à ceux de 2020 pour le reste de l’année. L’augmentation des prix des intrants de culture commencera à ralentir en 2022 et la production prévue en Amérique du Sud pourrait atténuer les pressions liées à l’approvisionnement sur les principales cultures. Mais surtout, la demande de produits de base et d’aliments semble vigoureuse. L’espoir peut renaître en 2022.

Pour plus de renseignements sur l’inflation, les facteurs qui perturbent les chaînes d’approvisionnement, les défis liés à l’emploi dans le secteur alimentaire, les pénuries d’approvisionnement et la demande de viande, restez à l’affût de notre billet de blogue qui sera publié le 12 janvier et dans lequel nous présenterons notre choix des meilleurs graphiques à surveiller en 2022. Au nom de l’équipe des Services économiques, je vous souhaite un joyeux Noël et une bonne année!


Martha Roberts
Rédactrice économique

Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie le rendement économique et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 20 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats à divers publics. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s située à Kingston, en Ontario.

@MJaneRoberts