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Le rôle croissant des produits congelés dans le système alimentaire canadien

19 août 2026
9,5 min de lecture

Les produits congelés occupent une place grandissante dans le panier d’épicerie des Canadiens et Canadiennes. Ce billet de blogue explore les raisons pour lesquelles les produits congelés connaissent un essor au Canada, la manière dont ils modifient les comportements de consommation et les chaînes d’approvisionnement, ainsi que la façon dont ils pourraient jouer un rôle croissant dans le renforcement du système alimentaire canadien.

La demande de produits congelés a explosé

Il n’y a pas si longtemps, le rayon des produits congelés était principalement associé à des légumes de base, des pizzas et une sélection restreinte de plats préparés. Aujourd’hui, dans le congelé, les gens ont le choix entre des fruits et légumes, des fruits de mer, des produits de boulangerie, des ingrédients prêts à cuisiner et des plats inspirés de la cuisine des restaurants. La congélation n’est plus seulement une méthode de conservation; elle fait désormais partie intégrante de l’innovation en matière de produits et de la création de valeur.

Des avancées telles que la surgélation individuelle permettent de mieux préserver le goût, la texture et la qualité nutritionnelle. Par ailleurs, les entreprises de transformation ne se limitent plus aux produits comportant un ingrédient unique. Elles ajoutent des éléments comme l’assaisonnement, le portionnement, l’assemblage de repas et des emballages spécialisés afin de créer des aliments à plus forte valeur ajoutée.

Cette évolution se reflète dans le chiffre d’affaires. Entre 2019 et 2025, les ventes au détail de produits congelés ont augmenté de 63 %, dépassant largement la croissance de 39 % enregistrée pour les produits frais (figure 1). Cela laisse entendre que les aliments congelés ne sont plus simplement une solution de rechange aux aliments frais. Il s’agit d’une catégorie distincte qui engendre de nouvelles occasions dans le domaine de la transformation, tout en offrant davantage de choix, de commodité et de qualité à la population. La croissance ne s’est pas limitée au marché intérieur. En effet, entre 2020 et 2025, le volume des exportations canadiennes de fruits congelés a progressé de 14 %, comparativement à 38 % pour les légumes congelés, ce qui témoigne des débouchés croissants pour les produits canadiens à l’étranger.

Figure 1 : Depuis 2019, les ventes au détail de produits congelés ont progressé plus rapidement que celles des produits frais

Graphique à barres comparant les ventes au détail d’aliments congelés et d’aliments frais de 2019 à 2025, et montrant que les ventes d’aliments congelés ont avancé plus rapidement au cours de cette période.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Qu’est-ce qui explique cette évolution des habitudes de consommation?

Les plats congelés aident les ménages à gérer quatre ressources de plus en plus précieuses : le temps, l’argent, les repas et la flexibilité. Cette combinaison d’avantages explique en partie pourquoi la demande a continué de croître malgré la hausse des prix en épicerie.

Le caractère abordable contribue à l’attrait des aliments congelés, qui ne sont pourtant pas nécessairement moins chers. Entre 2016 et 2025, le prix des fruits congelés n’a monté que de 8 %, contre 23 % pour les fruits frais, ce qui représente un écart de 15 points de pourcentage (figure 2). L’écart était bien moins important pour les légumes. Dans certains cas, les produits congelés peuvent aussi être moins coûteux que leurs équivalents frais. Les données sur les prix de vente au détail des fraises, par exemple, montrent que les fraises congelées sont généralement moins coûteuses que les fraises fraîches en dehors de la période de production au Canada. Par ailleurs, les produits congelés peuvent être conservés pendant des mois et utilisés au besoin, ce qui permet aux ménages de réduire le gaspillage, d’acheter en plus grandes quantités lorsque les prix sont avantageux et de mieux gérer le budget consacré aux dépenses alimentaires.

Figure 2 : Le prix des fruits et légumes congelés a généralement augmenté plus lentement que celui des produits frais

Graphique d’indice des prix comparant les fruits et les légumes congelés et frais, et montrant que le prix des produits congelés a généralement augmenté plus lentement que celui des produits frais.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Les aliments congelés conviennent également à la manière dont les gens organisent et préparent leurs repas de nos jours au Canada. Les ménages très occupés recherchent de plus en plus des produits qui simplifient la préparation des repas, permettent d’avoir toujours les ingrédients à portée de main et réduisent la nécessité de faire fréquemment les courses. La possibilité de portionner les aliments, de les conserver plus longtemps et d’utiliser seulement la quantité nécessaire offre une plus grande latitude, tout en contribuant à réduire le gaspillage alimentaire dans les ménages. Parallèlement, les entreprises de fabrication ont réagi en offrant davantage de produits plus sains et en améliorant la qualité nutritionnelle, ce qui a renforcé la confiance des consommateurs et consommatrices à l’égard de cette catégorie.

Les dépenses de consommation témoignent de ce changement généralisé. Entre 2019 et 2023, les dépenses moyennes des ménages ont augmenté dans presque toutes les catégories de produits congelés, notamment les préparations à base de viande (+26 %), les produits à base de pomme de terre (+77 %), les plats cuisinés (+21 %) et les portions de poisson (+50 %) (tableau 1). Alors qu’auparavant, un ou deux produits menaient la charge, les aliments congelés occupent désormais une place plus importante dans les habitudes alimentaires quotidiennes.

Tableau 1 : Dépenses moyennes par ménage pour certaines catégories d’aliments congelés (en dollars)

Tableau présentant les dépenses moyennes des ménages canadiens pour certaines catégories d’aliments congelés en 2019, en 2021 et en 2023, avec une hausse marquée dans la plupart des catégories, notamment les produits à base de pommes de terre, les préparations à base de viande, les plats cuisinés et les portions de poisson.

Sources : Statistique Canada, Services économiques FAC

Les aliments congelés et frais se complètent de plus en plus, les produits congelés offrant aux ménages une plus grande latitude, une durée de conservation prolongée et une réduction du gaspillage. Pour répondre à cette demande, il faut cependant des infrastructures qui vont bien au‑delà du rayon des congelés.

Au-delà du rayon des aliments congelés : bâtir un système alimentaire plus fort

La demande grandissante de produits congelés souligne l’importance de la chaîne du froid au Canada : ce réseau composé d’entreprises de transformation, d’entrepôts frigorifiques, d’entreprises de transport et de centres de distribution qui garantit la qualité des produits depuis la transformation jusqu’à la table.

La capacité d’entreposage frigorifique déclarée par trois grandes sociétés canadiennes s’est accrue d’environ 29 % entre 2018 et 2025, passant de 145 à 187 millions de pieds cubes, et près des deux tiers de cette croissance sont survenus après 20231. Même si ces sociétés ne forment pas l’ensemble du secteur, cette tendance laisse entrevoir la poursuite des investissements dans le réseau d’entrepôts frigorifiques canadiens. Par ailleurs, les investissements ne servent pas seulement à agrandir les installations. L’automatisation, la robotique, la gestion numérique des stocks et des systèmes de réfrigération plus écoénergétiques contribuent également à améliorer la productivité, à réduire les coûts d’exploitation et à aider les entreprises de transformation à s’adapter plus efficacement à l’évolution de la demande.

Pour les secteurs de l’agriculture et de la fabrication d’aliments, ces investissements sont essentiels. En effet, une chaîne du froid plus robuste peut aider les entreprises de transformation à répartir la production saisonnière sur de plus longues périodes, à réduire l’urgence de commercialiser les produits immédiatement après la récolte et à rapprocher les exploitations agricoles canadiennes des consommateurs et consommatrices tout au long de l’année.

Transformer la production saisonnière en approvisionnement à l’année longue

En raison du climat canadien, la récolte de nombreux fruits et légumes se concentre dans une saison de croissance relativement courte, même si la demande existe tout au long de l’année. Cet écart est comblé par les importations hivernales et la commercialisation rapide de la production intérieure après la récolte. Le renforcement de la capacité de congélation offre une autre solution, qui consiste à conserver les produits à un niveau optimal de qualité et à les distribuer graduellement tout au long de l’année.

Pour mieux démontrer l’ampleur des possibilités qu’ouvre cette approche, nous nous sommes appuyés sur l’estimation d’Environnement et Changement climatique Canada, selon laquelle 13 % des fruits et légumes cultivés au Canada ne sont pas récoltés ou sont jetés après la récolte. Nous en avons fait l’application aux données de production de Statistique Canada concernant certaines cultures, puis comparé les pertes estimées aux volumes d’importation canadiens. Les résultats montrent que ces pertes sont importantes.

Tableau 2 : Les pertes de récoltes estimées constituent une part non négligeable des importations de certains produits agricoles (2025)

Production

Pertes de récoltes estimées

Importations

Pertes de récolte en pourcentage des importations

Bleuets

156,4

20,3

83,0

24 %

Fraises

43,8

5,7

118,2

5 %

Brocoli

39,8

5,2

82,7

6 %

Maïs

185,8

24,2

43,5

55 %

Pois

44,1

5,7

8,6

66 %

Remarques : Les volumes sont exprimés en milliers de tonnes. Les pertes de récolte représentent 13 % de la production, selon l’estimation publiée par Environnement et Changement climatique Canada. Les résultats sont fournis à titre indicatif et ne signifient pas que toutes les pertes sont récupérables, propres à la congélation ou en mesure de remplacer les importations de produits frais.

Sources : Statistique Canada, Environnement et Changement climatique Canada, Services économiques FAC

Les pertes de récolte estimées correspondent à 66 % des importations de pois, à 55 % des importations de maïs, à 24 % des importations de bleuets, mais à moins de 10 % pour les fraises et les brocolis. Il ne faut pas en conclure que ces importations pourraient être remplacées directement : toutes les pertes ne sont pas récupérables ni propres à la congélation, et les importations demeurent importantes pour assurer un approvisionnement à longueur d’année. Cependant, cette comparaison illustre le potentiel de la transformation et de la conservation pour tirer une plus grande valeur des aliments déjà produits au Canada.

D’ailleurs, les possibilités s’étendent au-delà de la réduction des pertes ou des importations. La transformation supplémentaire, l’emballage, l’entreposage et la distribution génèrent une activité économique dans l’ensemble des secteurs de la transformation alimentaire et de la logistique au Canada et permettent de commercialiser les produits agricoles canadiens sur des périodes plus longues. La hausse des exportations de fruits et légumes congelés laisse également entrevoir que ces investissements pourraient créer des débouchés au-delà du marché intérieur, en aidant les entreprises de production et de transformation canadiennes à étendre leurs exportations et, peut‑être, à conquérir de nouveaux marchés.

En conclusion

Les aliments congelés ne remplaceront pas les aliments frais et n’élimineront pas les importations. Ils peuvent toutefois aider le Canada à mieux utiliser ce qu’il produit déjà, à prolonger les périodes de commercialisation sur son marché intérieur et à renforcer la résilience de son système alimentaire.

Du point de vue des consommateurs et consommatrices, les aliments congelés se résument plus à un simple avantage pratique. Ils reflètent aussi la façon dont les ménages composent avec les contraintes de temps, le coût des aliments et le gaspillage alimentaire. L’augmentation de la demande qui en découle présente des possibilités.

Pour les entreprises de production et de transformation, une demande accrue de produits congelés peut offrir des débouchés supplémentaires à l’égard de la production saisonnière, soutenir la transformation à valeur ajoutée et réduire certains risques de perte d’aliments. La chaîne du froid devrait également pouvoir tirer profit de la demande continue pour l’entreposage, la logistique, l’automatisation et la réfrigération écoénergétique.

La hausse de la demande des consommateurs pour les produits surgelés pourrait également soutenir les efforts des décideurs publics dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire du Canada. Cette évolution du comportement de consommation rend sans doute les investissements plus viables tout au long de la chaîne d’approvisionnement, notamment au chapitre de la transformation, de l’entreposage et de la logistique. À ce titre, le gouvernement a la possibilité de collaborer avec l’industrie afin de garantir la sécurité alimentaire et la résilience de la chaîne d’approvisionnement pour les années à venir.


1 Données sur les 25 principales entreprises membres de GCCA et de l’IARW; calculs effectués par les Services économiques FAC

Ulrich Zombre

Économiste principal

Ulrich dirige l’élaboration du Rapport FAC sur le secteur des aliments et des boissons et livre un éventail d’analyses adaptées aux besoins changeants de l’industrie. Fort de plus de 15 ans d’expérience professionnelle, il possède une expertise en analyse des aliments et des boissons, de la production de fruits et légumes, et des chaînes de valeur.

Avant de se joindre à FAC en 2026, Ulrich a travaillé à Ressources naturelles Canada et au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, où il a dirigé des recherches sur le secteur de la transformation alimentaire. Il a également été consultant en politiques publiques auprès de la Banque mondiale. Ulrich est titulaire d’un doctorat en économie de l’Institut Agro Montpellier.

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