<img height="1" width="1" src="https://www.facebook.com/tr?id=806477592798641&ev=PageView&noscript=1"/>

Quatre principaux produits agroalimentaires dont les exportations sont à surveiller d’ici la fin de 2023

22 août 2023
7 min de lecture

Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les perspectives du commerce mondial demeurent sombres jusqu’à la fin de 2023 en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale, de l’inflation persistante et des tensions géopolitiques. L’organisme note aussi des changements dans les tendances, caractérisées par une « délocalisation amicale » (soit la priorité accordée aux partenaires commerciaux partageant des valeurs politiques similaires) et la concentration croissante du commerce mondial depuis la fin de 2022.

La production de nombreuses denrées agroalimentaires [en anglais seulement] devrait augmenter en 2023 par rapport à l’année précédente, mais certaines des forces qui sous-tendent la hausse pourraient nuire à la vente de ces produits à l’échelle mondiale.

Exportations de porc

On observe, dans le volume des exportations de quatre des principaux produits agroalimentaires du Canada, une tendance complètement différente de celle des trois premières années de la pandémie (de 2020 à 2022). Au cours des quatre premiers mois de 2023, les volumes des exportations de porc ont chuté par rapport aux sommets touchés pendant la pandémie, rejoignant les niveaux de 2018 et de 2019, soit d’avant la pandémie (Figure 1). Parallèlement, la valeur monétaire des exportations a décliné. Cette situation découle presque entièrement du recul de nos exportations vers la Chine depuis 2020. Cette année-là, la Chine représentait notre principal marché et les exportations avaient culminé.

En mai et juin 2023, les exportations ont renoué avec les niveaux où elles s’étaient stabilisées en glissement annuel. Il y a donc de bonnes nouvelles malgré les exportations vers la Chine toujours en baisse et la chute de 21,5 %, depuis 2020, du volume des échanges avec le Japon, qui représente notre troisième marché en importance.

Jusqu’ici en 2023, le volume des exportations de porc canadien vers les États-Unis a monté de 33,6 % par rapport à celui de 2020. Il a diminué sur un an, mais le volume de 2022 est de loin le plus élevé enregistré depuis cinq ans. En effet, nos ventes de porc au sud de la frontière n’avaient pas été stimulées par la pandémie, et elles affichent une forte croissance depuis.

La Chine, le Japon et les États-Unis comptent pour 63 % du volume total des exportations de porc canadien en 2022.

Figure 1 : La pandémie a stimulé les exportations totales de porc canadien
Diagramme à barres indiquant les exportations de porc canadien à l’échelle mondiale de 2018 à aujourd’hui en 2023, par mois.

Source : Base de données sur le commerce international canadien de marchandises

Exportations de bœuf

Le graphique illustrant le volume total des exportations de bœuf canadien depuis 2018 montre un ralentissement global en 2020 et une progression constante en 2021 et en 2022. Le volume des exportations de 2023 dépasse de 7 % la moyenne de cinq ans (de 2018 à 2022) pour les six premiers mois de chaque année (Figure 2). Il est en voie de surpasser les volumes enregistrés en 2020 et avant la pandémie. Il a été inférieur à la tendance en 2021 et en 2022. Toutefois, malgré un volume moins important qu’en 2021 et en 2022, la valeur des exportations de bœuf excède encore les niveaux records de 2022.

Les exportations vers les États-Unis, qui représentent les trois quarts des échanges annuels, ont alimenté la croissance.

Figure 2 : Le volume des exportations de bœuf a rebondi après avoir reculé pendant la pandémie
Diagramme à barres indiquant les exportations de bœuf canadien à l’échelle mondiale de 2018 à aujourd’hui en 2023, par mois.

Source : Base de données sur le commerce international canadien de marchandises

On ne saurait trop souligner l’importance du marché américain pour les secteurs canadiens du bétail et du bœuf. Les États-Unis, qui sont le plus grand consommateur de bœuf au monde, achètent une grande part de notre bétail et de notre bœuf, soit près de la moitié. Les producteurs canadiens se trouvent donc à la merci d’une baisse des exportations vers le sud de la frontière comme celle de 2020. Or, il s’est avéré difficile de faire croître les échanges avec d’autres pays.

La Chine a cessé ses importations de bœuf canadien, justifiant sa décision par un seul cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) détecté dans une exploitation canadienne en 2021, et elle n’a toujours pas levé l’interdiction. Deuxième marché en importance pour le bœuf canadien, le Japon ne représente tout de même pas un fort volume. Par ailleurs, il met l’accent sur les coupes haut de gamme. Certes, le volume de nos exportations vers le Japon a augmenté entre 2018 et 2022, mais il demeure faible. Cette année, les livraisons se sont chiffrées à 13,5 millions de kilogrammes. Par comparaison, les livraisons vers les États-Unis se sont élevées à 160 millions de kilogrammes dans le premier semestre de 2023. Il s’agit d’un autre rappel de l’urgence de vendre davantage de viande rouge du Canada à l’Europe.

Exportations de canola

Le volume des exportations canadiennes de canola affiche en 2023 une progression fort nécessaire après la dégringolade de 2022, attribuable à des stocks indisponibles, car la sécheresse avait ravagé les récoltes de 2021. La réouverture du marché chinois au canola canadien en 2022 donne aussi un coup de pouce, après trois longues années où les producteurs canadiens ont dû trouver d’autres preneurs (Figure 3).

Figure 3 : La première année de pandémie et la sécheresse de 2021 ont eu des répercussions sur les exportations de canola
Diagramme à barres indiquant les exportations canadiennes de canola à l’échelle mondiale de 2018 à aujourd’hui en 2023, par mois.

Source : Base de données sur le commerce international canadien de marchandises

La sécheresse de 2021 est responsable d’une diminution de 29 % du volume des exportations de canola en glissement annuel en 2021, puis de 32 % en 2022. Le temps sec qui a sévi dans les principales régions produisant les oléagineux qui entrent dans la composition des huiles végétales, ainsi qu’une utilisation accrue des oléagineux dans le marché en rapide expansion des biocarburants, a engendré une pénurie mondiale. Au Canada, les dommages subis ont effacé les gains réalisés en 2020, année où les exportations ont monté de 42,8 % en glissement annuel. Les exportations vers le Japon, notre deuxième marché en importance, avaient alors généré la plupart des gains, alors que cette année, ce sont les exportations vers la Chine qui alimentent la croissance. En fait, la Chine a été le principal consommateur de canola canadien de 2018 à 2022, sauf en 2020.

Exportations de blé

Dans l’ensemble, les exportations de blé ont grimpé de 14,6 % en 2020 en glissement annuel. La pandémie a stimulé les exportations de blé canadien du deuxième trimestre de 2020 jusqu’au mois d’août 2021 (Figure 4). Cette période a été caractérisée par des préoccupations entourant la sécurité et la souveraineté alimentaire, exacerbées par les inquiétudes que suscitait le chaos régnant dans les chaînes d’approvisionnement. Le volume se serait maintenu à ces niveaux élevés si ce n’avait été de l’impact de la sécheresse de 2021 sur le blé canadien. Les exportations réalisées après la récolte ont piqué du nez en 2021, et le volume des exportations a baissé de 50 % pour 2022, malgré la croissance de la production liée à la récolte de 2022 comparativement à l’année précédente.

Figure 4 : En 2023, les exportations de blé ont repris à la suite de la croissance de la production liée à la récolte de 2022
Diagramme à barres indiquant les exportations canadiennes de blé à l’échelle mondiale de 2018 à aujourd’hui en 2023, par mois.

Source : Base de données sur le commerce international canadien de marchandises

En 2023, la nette croissance observée en 2022 a pris encore plus d’élan. Les exportations depuis le début de l’année sont en voie de rejoindre le volume exporté dans les six premiers mois de 2021, soit avant que les effets de la sécheresse se fassent sentir. La Chine, qui représente notre premier marché d’exportation en importance pour le blé, a principalement contribué à la progression en 2020, mais également en 2021 et en 2022. Cependant, cette année, la croissance de nos exportations de blé est attribuable aussi à d’autres marchés importants. Le Japon, les États-Unis et l’Indonésie ont soit augmenté, soit maintenu leur volume d’importation de blé canadien au cours des quatre dernières années. Malgré la diminution du volume des exportations canadiennes de blé et de canola, leur valeur a monté en flèche lorsque la production s’est rétablie à l’automne 2022, vu les prix élevés des céréales et des oléagineux qui découlent de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

Compte tenu de l’impact de la sécheresse actuelle sur les récoltes et le bétail du Canada, le volume des exportations s’en trouvera sans doute affaibli pour le reste de 2023 et jusqu’en 2024. Cependant, les exportations demeurent tout aussi importantes pour l’agriculture canadienne et pourraient contrebalancer l’incidence du volume réduit. La valeur des exportations dépendra largement de l’évolution des facteurs qui sous-tendent l’offre et la demande à l’échelle mondiale ainsi que des prix des récoltes et du bétail.

Martha Roberts

Rédactrice économique

Membre de l’équipe des Services économiques depuis 2013, Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie les risques et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 25 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats aux spécialistes de l’industrie. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, et d’une maîtrise en beaux-arts en écriture non fictive de l’Université de King’s College.