Les recettes monétaires agricoles de 2022 devraient battre de nouveaux records

  • 18 janv. 2022
  • 7 min de lecture

L’année 2021 a été mouvementée pour le secteur agricole canadien, étant donné une grave sécheresse dans l’Ouest, des inondations en Colombie-Britannique, les répercussions durables de la COVID-19 et la hausse des coûts des intrants. Malgré cela, l’année a été globalement bonne pour les exploitations agricoles canadiennes, avec une augmentation significative des revenus agricoles. Nous prévoyons que les recettes monétaires agricoles (RMA) continueront de croître en 2022, mais à un rythme plus modéré.

Les RMA ne représentent que la moitié de l’équation pour mesurer la rentabilité. Nous devons garder à l’esprit que la croissance des RMA ne signifie pas nécessairement que les bénéfices agricoles augmentent – surtout cette année, compte tenu de la hausse rapide des coûts des intrants agricoles.

Un regard sur 2021 et sur 2022

Statistique Canada devrait publier plus tard cette année les données complètes sur les RMA de 2021. Nos prévisions pour 2021 intègrent les estimations des RMA de Statistique Canada pour les trois premiers trimestres de 2021 et des données provenant de diverses autres sources. Le tableau 1 compare les données sur les RMA de 2020 aux prévisions de FAC pour 2021 et 2022. Les RMA ont résisté aux nombreuses perturbations et ont augmenté dans toutes les provinces en 2021, et nous estimons qu’elles ont augmenté de 10,0 % dans l’ensemble du Canada. Nous prévoyons que la croissance se poursuivra en 2022, mais à un taux plus faible (4,6 %). Nous fournissons ci-dessous des détails sur les principaux secteurs agricoles.

Tableau 1 : Estimations des RMA par province (millions de dollars)

Graphique montrant les estimations des RMA par province (millions de dollars).

Remarque : Les RMA de 2020 proviennent du tableau 32-10-0046 de Statistique Canada. Les RMA de 2021 et 2022 sont des prévisions de FAC basées sur des données comprenant le tableau 32-10-0077 de Statistique Canada pour les prix, le tableau 32-10-0046 pour les RMA et le tableau 32-10-0351 pour les livraisons, ainsi que les données sur les contrats à terme du Chicago Mercantile Exchange (CME).

Malgré la sécheresse de 2021, les recettes du secteur des céréales, des oléagineux et des légumineuses sont solides

Le tableau 2 présente des estimations des livraisons, des prix et des RMA (tous sur la base d’une année civile) pour les principales cultures du Canada. Il peut être surprenant que nous prévoyions une augmentation des RMA pour toutes les cultures, mais surtout pour le soya et les lentilles en 2021, compte tenu de la grave sécheresse qui a touché les provinces de l’Ouest.

Trois facteurs expliquent cette prévision :

  1. La récolte de 2020 a été abondante et la plupart des cultures ont été commercialisées au cours de l’année civile 2021.
  2. Les prix des récoltes ont grimpé en flèche tout au long de 2021.
  3. Les agriculteurs ont fixé le prix de leur récolte avant la récolte et se sont engagés à livrer des volumes hors champ, gonflant ainsi les livraisons de l’automne 2021 par rapport à la taille de la récolte.

Notre modèle suppose que les rendements retrouveront leurs tendances en 2022, après la sécheresse de 2021. Néanmoins, nous prévoyons une baisse des livraisons pour plusieurs cultures, car une bonne partie de la récolte de 2021 a été vendue à l’automne. Avec une récolte modeste, la quantité de céréales disponibles à la vente au cours des trois premiers trimestres de 2022 est faible par rapport aux années précédentes. Les prix élevés devraient se poursuivre en 2022 et entraîner une hausse des recettes pour la plupart des cultures.

Tableau 2 : Prévisions des RMA de 2022 pour les cultures sélectionnées

Graphique montrant les prévisions des RMA de 2022 pour les cultures sélectionnées.

Remarque : Les prévisions proviennent de FAC et sont basées sur des données comprenant le tableau 32-10-0077 de Statistique Canada pour les prix, le tableau 32-10-0046 pour les RMA et le tableau 32-10-0351 pour les livraisons, ainsi que les données sur les contrats à terme du CME.

Le secteur de l’élevage bovin peut-il poursuivre sa croissance?

Les prix des bovins ont augmenté au cours du second semestre de 2021, et les recettes ont largement dépassé nos prévisions. Cependant, la sécheresse dans les Prairies a desséché les pâturages, rendant l’accès aux aliments pour animaux à bas prix de plus en plus difficile. En conséquence, certains éleveurs de bovins ont réduit leurs activités.

Les signaux du marché laissent présager des prix élevés pour les bovins en 2022. Nous prévoyons une baisse du nombre de bovins gras commercialisés en 2022 et, en raison des coûts élevés des aliments pour animaux, nous nous attendons à ce que les bovins gras soient commercialisés à des poids inférieurs, ce qui entraînera une baisse du volume par poids. Néanmoins, compte tenu de la hausse des prix, les recettes totales liées aux bovins devraient augmenter (tableau 3).

Tableau 3 : Prévisions des RMA de 2022 pour les veaux et les bovins

Graphique montrant Prévisions des RMA de 2022 pour les veaux et les bovins.

Remarque : Les prévisions proviennent de FAC et sont basées sur des données comprenant le tableau 32-10-0077 de Statistique Canada pour les prix, le tableau 32-10-0046 pour les RMA, ainsi que les données sur les contrats à terme du CME.

Les recettes du secteur porcin évoluent latéralement

L’année dernière, nous prévoyions une forte croissance des recettes du secteur porcin en 2021 liée à la hausse des prix. Les données montrent que les recettes du secteur porcin ont été encore plus fortes que prévu et ont augmenté de près de 34 % en 2021, grâce à une flambée des prix de 29 % et à une augmentation de la production de près de 4 % (tableau 4). Au cours des deux années précédentes, les fortes importations de porc par la Chine ont été le moteur de la hausse des prix sur le marché mondial. Toutefois, en 2021, la production porcine nationale a rebondi en Chine et les importations ont diminué. Néanmoins, les prix du porc et de la viande de porc ont augmenté en 2021 en raison de la forte demande sur d’autres marchés. En 2021, les exportations canadiennes de porc vers la Chine et le Japon ont diminué, mais l’augmentation des exportations vers le Mexique, les Philippines et les États-Unis a compensé les pertes.

Les marchés signalent un potentiel de croissance limité pour 2022. Nous prévoyons une légère baisse des prix du porc et une croissance marginale de la production. Les prix élevés des aliments pour animaux auront un impact négatif sur la rentabilité et entraveront la croissance de la production.

Tableau 4 : Prévisions des RMA de 2022 pour le secteur porcin

Graphique montrant les prévisions des RMA de 2022 pour le secteur porcin.

Remarque : Les prévisions proviennent de FAC et sont basées sur des données comprenant le tableau 32-10-0077 de Statistique Canada pour les prix, le tableau 32-10-0046 pour les RMA, ainsi que les données sur les contrats à terme du CME.

Les recettes liées aux produits laitiers vont augmenter grâce à la hausse des prix

La demande de produits laitiers a augmenté en 2021, mais à un rythme inférieur aux attentes. Bien que l’année 2021 soit décevante, car elle n’a pas répondu aux attentes, nous estimons que les recettes du secteur laitier ont augmenté d’un pourcentage respectable de 3,7 % (tableau 5).

En réponse à l’augmentation des coûts des aliments pour animaux et de l’énergie, la Commission canadienne du lait augmentera le 1er février 2022 le prix de soutien du beurre, estimant que cela entraînera une augmentation de 6,31 $/hl du prix du lait à la ferme. En conséquence, nous prévoyons que le prix à la ferme des produits laitiers augmentera de 8,5 %. Les projections de la croissance de la production agricole se limitent à un gain de 0,4 %.

Tableau 5 : Prévisions des RMA de 2022 pour le secteur laitier

Graphique montrant les prévisions des RMA de 2022 pour le secteur laitier.

Remarque : Les prévisions proviennent de FAC et sont basées sur des données comprenant le tableau 32-10-0077 de Statistique Canada pour les prix, le tableau 32-10-0046 pour les RMA, ainsi que les données sur les contrats à terme du CME.

Que faut-il surveiller en 2022?

Comme à l’habitude, les prévisions ci-dessus sont soumises sous toutes réserves : elles reflètent les conditions actuelles du marché et les attentes pour le reste de l’année. Les chocs potentiels du marché comprennent les fluctuations du taux de change Canada–États-Unis, actuellement soutenu par un prix du pétrole élevé qui pourrait chuter au cours de la deuxième partie de l’année grâce à l’augmentation de l’offre de pétrole. Nous devons également être très attentifs à l’évolution de la pandémie et des perturbateurs connexes.

Le 25 janvier 2022, participez à notre webinaire sur les Perspectives agroéconomiques de FAC pour 2022, durant lequel nous examinerons les tendances, les risques et les occasions pour tous les secteurs.


Sébastien Pouliot
Économiste supérieur

Sébastien Pouliot est économiste agricole principal à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2019, Sébastien était professeur agrégé d’économie à la Iowa State University. Il est aussi intervenu à titre d’expert dans le cadre de différends commerciaux à l’Organisation mondiale du commerce; il a notamment appuyé le Canada et le Mexique lorsque ces deux pays se sont opposés à la politique américaine d’étiquetage du pays d’origine (ÉPO) sur les produits de bœuf et de porc. Sébastien détient un doctorat en économie agricole et des ressources de la University of California, à Davis, et il a été rédacteur en chef de la Revue canadienne d’agroéconomie de 2016 à 2019.

@PouliotSeb