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Perspectives favorables pour le secteur de l’horticulture dans la seconde moitié de 2019

21 août 2019

L’équipe de l’Économie agricole de FAC jette un regard de mi‑année sur nos perspectives économiques de janvier 2019. Pendant les mois de juillet et d’août, nous avons fait le point sur nos attentes au sujet de la rentabilité dans sept secteurs agricoles canadiens (soit les secteurs des produits laitiers, du poulet à griller, de la viande rouge, de la transformation alimentaire, de l’horticulture, de l’agroentreprise ainsi que le secteur des céréales, oléagineux et légumineuses). Nous décrirons ce qui s’est passé en 2019 jusqu’ici et ce que vous devriez surveiller au cours des six prochains mois.

Nos prévisions de janvier pour les bleuets, les canneberges et le sirop d’érable semblent se confirmer en général. Les coûts accrus de la main-d’œuvre et l’abondance des stocks continueront d’occasionner des difficultés aux secteurs des bleuets et des canneberges, mais la façon dont ceux-ci réagiront à ces difficultés pourrait améliorer les perspectives pour le reste de 2019. La production acéricole en 2019 devrait stimuler les profits des producteurs.

L’horticulture canadienne terminera l’année 2019 sur une note positive malgré les hausses des coûts de la main-d’œuvre et l’abondance des stocks.

Tendances à surveiller pour le secteur de l’horticulture 

  • Les coûts accrus de la main-d’œuvre

  • La demande des transformateurs

  • La possibilité de bloquer les taux d’intérêt à long terme

Bleuets

Le beau temps et la lente érosion des stocks ont contribué à l’amélioration des perspectives relatives à la production de bleuets pour le reste de 2019. Dans l’ensemble, on prévoit une bonne récolte de bleuets en Colombie-Britannique en raison des conditions de croissance idéales que la province a connues à la fin du printemps et au début de l’été. La production devrait être supérieure à celle de 2018, qui a été inférieure aux attentes en raison du degré de maturité de la récolte provinciale et d’une hausse du nombre d’acres cultivés. La valeur des bleuets en corymbe a néanmoins grimpé de 13,8 % en 2018, pour s’établir à 177,4 millions de dollars, ce qui s’explique par une hausse de 10,3 % de la production commercialisée et une croissance des prix de 3,1 %. La Colombie‑Britannique a produit 96 % des bleuets.

La consommation apparente de bleuets frais au pays a augmenté de façon impressionnante à hauteur de 12,7 % en 2018 par rapport à 2017, ce qui est contraire aux attentes d’un marché mature. Par contre, la majeure partie de la production canadienne de bleuets étant exportée aux États-Unis, les stocks chez notre voisin du Sud influencent les prix que nous recevons ici. Les stocks américains demeurent abondants, mais leurs niveaux sont toutefois en baisse. Ils ont probablement aussi baissé au Canada, car les stocks canadiens évoluent en parallèle avec ceux des États-Unis.

À ce stade-ci de l’année, on ne peut déterminer avec certitude quel sera le prix moyen des bleuets pour 2019, mais la baisse saisonnière est apparente. Nous prévoyons qu’une pression accrue s’exercera sur les prix cette année compte tenu des hausses prévues des volumes de production au Canada et aux États-Unis.

À titre de plus grand producteur et exportateur mondial de bleuets sauvages, le Canada, qui a exporté des bleuets dans plus de 30 pays en 2018, continue d’enregistrer une croissance de ses exportations, dont la valeur est estimée à 239 millions de dollars. Cette croissance des exportations pourrait augmenter davantage si une initiative récente de promotion des exportations se révèle fructueuse. 

Même si la valeur totale de la production fruitière du Canada a grimpé de 6,1 % en 2018 pour atteindre 1,1 milliard de dollars, essentiellement en raison des gains enregistrés par la production de bleuets et de canneberges, les prix des bleuets nains sont demeurés inférieurs à leur moyenne quinquennale, en dépit d’une hausse des prix de 35,7 %, ce qui a permis de faire grimper la valeur à la ferme de 13,3 %. Les prix devraient augmenter en 2019 à mesure que les stocks en entrepôt frigorifique diminuent. 

Canneberges 

En 2019, la production américaine de canneberges devrait augmenter de 1,3 % par rapport aux niveaux de 2018. Cette légère hausse devrait aider à réduire les stocks abondants qui ont récemment fait baisser les prix et nui à la rentabilité. Cela fait suite au retrait volontaire du marché de la récolte en 2017 et 2018, retrait qui visait à mieux équilibrer l’offre et la demande. La production canadienne de canneberges n’a pas aidé à réduire les stocks nord-américains de 2018 après une bonne année de culture, qui a entraîné une croissance de la production de 41 % sur douze mois.

La valeur des canneberges canadiennes à la ferme a crû de 25,0 % pour atteindre 143,6 millions de dollars en 2018. Cette hausse est principalement attribuable à une croissance de la production. Le Québec, qui produit 64,3 % de toutes les canneberges du Canada, est largement responsable de cette croissance. Les conditions météorologiques estivales pendant la récolte de canneberges de 2019 étaient généralement favorables ce qui, jumelé à une demande vigoureuse et des prix stables, devrait soutenir les recettes des producteurs. La production de canneberges biologiques continue de croître, ce qui devrait augmenter les stocks et exercer une légère pression à la baisse sur les prix.

Les prix aux États-Unis sont demeurés bas en raison des nombreuses mesures commerciales qui ont restreint l’accès au marché des canneberges des États-Unis. En effet, certains estiment que les pertes de recettes à l’exportation au cours de l’année dépasseraient 32 milliards de dollars américains depuis avril 2018, moment où les premières représailles tarifaires ont été invoquées. Les marchés qui sont à l’origine de l’imposition des tarifs (qui varient de 10 % à 55 %) sont le Canada, le Mexique, l’UE et la Chine. En mai, l’administration Trump est venue en aide aux agriculteurs américains, y compris les producteurs de canneberges, en prenant des mesures de facilitation du commerce sous forme d’indemnités versées en fonction du nombre d’acres en 2019. La confiance des producteurs laisse toutefois croire que le pire est passé, car les prix semblent remonter.

Sirop d’érable

La production canadienne de sirop d’érable a fléchi en 2018 après trois ans de croissance entre 2014 et 2017. Le printemps difficile qu’a connu le Québec, qui produit habituellement 90 % de la production canadienne, a contribué à réduire la production nationale globale de 21,7 %. Le Nouveau‑Brunswick, qui est la deuxième province productrice, a vu ses volumes chuter de 37,7 %. Ceci a fragilisé le secteur : même avec des prix stables, les valeurs brutes à la ferme ont chuté de 22 % en raison de baisses de la production. Grâce à l’excellente production de 2019 qui est en cours de commercialisation, le secteur semble avoir ravivé les espoirs d’une rentabilité beaucoup plus soutenue.

Le Québec a été en mesure de stabiliser les prix en puisant dans ses stocks accumulés après deux ans de forte croissance de la production en 2016 et 2017. Entre 2015 et 2017, les stocks canadiens de fin de campagne ont crû de 83,2 %, ce qui donne à réfléchir. La production provinciale en 2019 devrait avoir à nouveau un effet haussier. La production de l’Ontario semble également être de bonne qualité avec des rendements supérieurs à la moyenne, et la récolte est exceptionnelle dans certaines régions. Les rendements et la qualité de la production du Nouveau-Brunswick suggèrent une récolte variant de moyenne à supérieure à la moyenne.

Hausse prévue des coûts de main-d’œuvre 

En juillet 2019, le taux de chômage au Canada s’établissait à 5,7 % (près du niveau le plus bas enregistré depuis 1976), et les gains horaires moyens ont crû à un taux annuel impressionnant de 4,5 %, ce qui a fait bondir le revenu disponible des ménages et soutenu la demande alimentaire. Il y a toutefois un revers à cette médaille : la rareté de la main-d’œuvre assombrit aussi les perspectives en faisant grimper de manière importante les coûts pour les producteurs de petits fruits et les transformateurs de fruits. 

Les transformateurs de fruits attendent de voir les récoltes des cultures mixtes dans un contexte de hausse des coûts 

Notre prévision concernant des marges positives pour les transformateurs de fruits en 2019 s’est avérée juste jusqu’ici. Avec des recettes qui grimpent plus rapidement que les coûts, on prévoit que cette tendance se poursuivra dans la mesure où les conditions de croissance permettent de stabiliser les stocks de fruits frais. L’excellente récolte prévue devrait aider le marché du bleuet transformé, qui détermine bon nombre des prix offerts sur les marchés des bleuets frais.

Les coûts des intrants des transformateurs alimentaires ont cru de 1,2 % dans les cinq premiers mois de 2019 comparativement à la même période en 2018, tandis que les prix accordés aux transformateurs ont augmenté de 3,9 %. Les coûts de la main-d’œuvre devraient également accaparer une part des profits. Entre janvier et avril, les salaires dans le secteur de la fabrication ont grimpé de 4,6 % par rapport à l’année précédente. La croissance du secteur jusqu’ici en 2019 est attribuable à une forte croissance (5,8 %) des recettes sur douze mois entre janvier et avril.

Aux États-Unis, la croissance de la production dans de nombreuses catégories de fruits (p. ex., les agrumes et les poires) a contribué à faire baisser les prix à la production nord-américaine. Si les diminutions de la production de fraises et de pommes liées aux conditions météorologiques ont soutenu les prix moyens versés aux producteurs cette année, une récolte d’agrumes plus importante pour la saison de croissance 2018-2019 devrait toutefois permettre de maintenir les coûts d’intrants des transformateurs canadiens à un faible niveau.

Les craintes d’un ralentissement économique mondial interrompent les hausses de taux – le huard se maintient autour de 0,75 $ US

Les taux d’intérêt et la valeur du dollar canadien ont eu une incidence sur la rentabilité des transformateurs alimentaires canadiens pendant la première moitié de 2019.

L’économie canadienne a enregistré une hausse du produit intérieur brut (PIB) en dollars constants de 0,4 % au cours du premier trimestre de 2019, laquelle était précédée d’une hausse de 0,3 % au dernier trimestre de 2018. Les données sur le PIB en dollars constants au deuxième trimestre devraient être encourageantes. Or, les attentes générales quant à un ralentissement de la croissance économique ont considérablement changé les perspectives de janvier en ce qui concerne les taux d’intérêt. Nous ne prévoyons pas que la Banque du Canada haussera son taux directeur d’ici à la fin de l’année 2019. Les marchés financiers croient toutefois qu’une baisse des taux est possible. Il en découle une diminution des taux d’intérêt à long terme, ce qui offre aux entreprises la possibilité de bloquer à long terme des taux historiquement bas.

Notre prévision de janvier d’un huard à 0,75 $ US en 2019 était en plein dans le mille jusqu’à la mi‑juin. Nous maintenons cette prévision et surveillerons les taux d’intérêt et les prix du pétrole. Faisant preuve d’une certaine vigueur, l’économie américaine a affiché une hausse de 3,2 % de son PIB en dollars constants pendant le premier trimestre de 2019, et une hausse de 2,2 % de ce même indicateur au deuxième trimestre. Malgré tout, la Réserve fédérale des États-Unis a procédé à une réduction de son taux directeur afin d’atténuer le risque d’un ralentissement de l’économie mondiale. D’autres baisses de taux sont possibles d’ici à la fin de l’année. Des taux d’intérêt plus faibles aux États‑Unis pourraient faire bondir légèrement le huard.

À l’inverse, une baisse potentielle des prix du pétrole affaiblit les prévisions pour le dollar canadien. Des perturbations de l’approvisionnement et des mesures de contrôle de la production ont eu pour effet d’établir le prix du pétrole brut de la West Texas Intermediate (WTI) à 57 $ US en moyenne. Le prix de référence du pétrole brut canadien a également fait un bond à cause des réductions de production en Alberta plus tôt cette année. Néanmoins, la croissance économique mondiale s’est essoufflée en raison des tensions commerciales et d’une réduction de la demande mondiale de pétrole. En conséquence, le huard se maintient toujours aux environs de 0,75 $ US.

Facteurs à surveiller

  • Les flux commerciaux mondiaux des bleuets et des canneberges. Les fournisseurs de l’Asie et de l’Amérique du Sud augmentent la production et les exportations vers le marché américain et d’autres marchés. Cette dynamique pourrait modifier à long terme les relations commerciales.

  • Un programme pilote visant à atténuer les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la transformation alimentaire

  • Le processus de ratification de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM)

  • L’introduction de variétés hybrides de bleuets nains et de bleuets en corymbes (ou cultivés). Ces plants de bleuets nains pourraient permettre d’accroître la production pour faire face à la croissance de la demande mondiale et à la concurrence entre fournisseurs.

Martha Roberts

Rédactrice économique

Membre de l’équipe des Services économiques depuis 2013, Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie les risques et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 25 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats aux spécialistes de l’industrie. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, et d’une maîtrise en beaux-arts en écriture non fictive de l’Université de King’s College.