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Perspectives de 2021 pour le secteur du poulet à griller du Canada

  • 26 janv. 2021
  • 8 min de lecture

Les Services économiques FAC vous aident à comprendre les enjeux et les principales tendances économiques susceptibles d’avoir une incidence sur votre exploitation de poulet à griller en 2021. Nous considérons que les facteurs suivants auront un impact majeur sur la rentabilité en 2021 :

  • Hausse des coûts des aliments pour animaux
  • Forte demande de produits de poulet
  • Commerce mondial et importations de poulet
  • Vigueur du dollar canadien

La pandémie a fait de 2020 une année instable pour le secteur du poulet à griller du Canada. Les mesures de confinement et l’affaiblissement de la demande ont forcé les producteurs à réduire la production. Au Canada, la production totale de poulet en 2020 a diminué de 1,9 % par rapport à 2019, après avoir augmenté de près de 4 % par année au cours des cinq dernières années. Les revenus ont fluctué considérablement en 2020. Pendant le premier trimestre de 2020 (avant la pandémie), les revenus des exploitations de poulet à griller étaient en hausse de 9,1 % par rapport au premier trimestre de 2019, ce qui laissait entrevoir une année très prometteuse. Au deuxième et au troisième trimestre, les revenus ont toutefois commencé à faire face à des pressions, affichant respectivement une hausse de 0,7 % et une baisse de 5,4 % par rapport aux mêmes périodes l’année précédente. Nous estimons que les revenus des exploitations de poulet à griller en 2020 étaient de 0,5 % plus élevés que ceux de 2019.

Porté par la reprise économique, le secteur du poulet à griller devrait afficher des marges positives en 2021. La route s’annonce toutefois cahoteuse, particulièrement pendant la première moitié de l’année alors que la COVID-19 continuera de se propager et que la hausse des coûts des aliments pour animaux exercera des pressions sur les marges bénéficiaires. La rentabilité devrait cependant augmenter au cours de la seconde moitié de 2021 alors que les campagnes de vaccination permettront la réouverture des restaurants et des hôtels. Bref, la volatilité éprouvée en 2020 pourrait ne s’atténuer que bien plus tard cette année.

La hausse des coûts des aliments pour animaux exercera des pressions sur les marges des exploitations d’élevage en 2021 (tableau 1). La demande accrue de céréales fourragères en Chine et les conditions météorologiques défavorables en 2020 ont fait grimper les coûts des aliments pour animaux.

Tableau 1 : Les coûts des aliments pour animaux grimperont en 2021

Graphique montrant que les coûts des aliments pour animaux grimperont en 2021.

Sources : Statistique Canada, Département de l’agriculture des États-Unis (USDA), Chicken Farmers of Ontario, British Columbia Chicken Marketing Board, contrats à terme du Chicago Mercantile Exchange (CME) et calculs de FAC

La hausse prévue des prix des aliments pour animaux fait diminuer le ratio prix du poulet à griller-prix des aliments pour animaux (lequel est calculé en divisant le prix à la ferme par le prix d’un kilogramme d’aliments pour animaux et par l’indice de consommation). Nos prévisions des revenus et des coûts des aliments pour animaux indiquent que les marges des exploitations de poulet à griller demeureront positives sur le kilo (tableau 2), mais le revenu total dépendra des quantités produites. Les coûts des aliments pour animaux sont reflétés dans l’établissement du prix des poulets à griller, mais pour certaines exploitations, ils peuvent grimper plus rapidement que la valeur utilisée dans la formule de l’établissement du prix.

Tableau 2 : Estimation du revenu tiré des poulets à griller et du coût de leur alimentation

Graphique montrant l’estimation du revenu tiré des poulets à griller et du coût de leur alimentation.

Sources : Calculs de FAC basés sur les estimations du prix minimum à la ferme de Chicken Farmers of Ontario, comparaison des formules du coût de production de la British Columbia Chicken Marketing Board, prix des contrats à terme du Chicago Mercantile Exchange (CME), Statistique Canada et USDA.

Tendances à surveiller en 2021

1. Prix des aliments pour animaux et reformulation de la moulée

Les changements climatiques devraient demeurer l’une des principales tendances à surveiller en 2021 en ce qui concerne la production mondiale de cultures. La demande de céréales et d’oléagineux en Chine, qui est en hausse en raison de la reconstitution du cheptel porcin, ainsi que le volume des récoltes en Amérique du Sud sont deux facteurs à surveiller. Ne manquez pas de lire notre billet sur les perspectives de 2021 pour le secteur des céréales et des oléagineux qui paraîtra au début de février. Les prix des contrats à terme de farine de soya aux États-Unis ont considérablement augmenté depuis septembre dernier et la tendance pourrait se maintenir compte tenu de l’équilibre serré entre l’offre et la demande. Il pourrait s’avérer rentable de revoir la formulation de la moulée des poulets à griller (sous réserve de contraintes liées à l’indice de consommation et à l’appétence).

2. Forte demande de produits de poulet

Le secteur a procédé à des réductions de la production devenues nécessaires au début de la pandémie, lesquelles ont été suivies par d’autres mesures de réduction de la production lorsque la deuxième vague de COVID-19 a frappé. De janvier à avril 2020, la production canadienne mensuelle de viande de poulet était supérieure à celle de 2019. Elle a toutefois chuté de juin à août, atteignant un volume équivalent ou inférieur à la moyenne sur cinq ans. Ce n’est qu’en décembre que la production mensuelle a surpassé de nouveau celle de 2019 (figure 1).

Figure 1 : La production canadienne de poulet était en baisse pendant la plus grande partie de 2020

Graphique montrant que la production canadienne de poulet était en baisse pendant la plus grande partie de 2020.

Sources : Statistiques sur les volailles et les œufs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), calculs de FAC.

Les réductions de la production ont entraîné une baisse des revenus en 2020; toutefois, elles étaient nécessaires et opportunes afin de prévenir une baisse encore plus importante des prix et des revenus (figure 2). Le ratio stocks-utilisation de poulet congelé en 2020 a crû au début de la pandémie (d’avril à juin). Après la mise en place de mesures de contrôle de la production, il est redescendu au niveau où il était en 2019 (de juillet à ce jour). Il sera important de surveiller le ratio stocks-utilisation de poulet congelé, car il a une incidence sur le volume de production.

Figure 2 : Le ratio stocks-utilisation de poulet congelé orientera la croissance de la production

 Graphique montrant le ratio stocks-utilisation de poulet congelé orientera la croissance de la production.

Sources : Statistique Canada et calculs de FAC.

Toute baisse des revenus des consommateurs affaiblit généralement la demande de protéines et entraîne un changement des habitudes d’achat vers les viandes les plus abordables. La pandémie a provoqué une hausse du chômage et une réduction des heures travaillées pour certains ménages, ce qui a entraîné un recul du revenu disponible au troisième trimestre. Au début de la pandémie, les prix de détail du bœuf et du porc ont grimpé, ce qui a rendu le poulet plus concurrentiel à l’épicerie. L’inflation des prix de la viande rouge s’est depuis résorbée, ce qui pourrait faire diminuer l’avantage concurrentiel du poulet par rapport à la viande rouge en 2021.

3. Commerce mondial du poulet

L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) est entré en vigueur le 1er juillet 2020. Cet accord établit de nouveaux contingents tarifaires (CT) pour la viande de poulet des États-Unis, lesquels sont fixés à 23,5 millions de kilogrammes pour 2020 (de juillet à décembre), et à 49 millions de kilogrammes pour 2021. En outre, les exportateurs américains ont également accès à 39,8 millions de kilogrammes du marché en vertu des règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’ALÉNA offre aux exportateurs américains un accès équivalent à 7,5 % de la production canadienne de l’année précédente. L’accès relatif des États-Unis au marché canadien en 2021 dépendra de la production intérieure. Le Foreign Agricultural Service du USDA projette que les importations canadiennes de viande de poulet augmenteront de 1,6 % [en anglais seulement].

Les importations dépendent du marché américain et mondial du poulet et de la valeur du dollar canadien. La pandémie aurait eu un plus grand impact sur le marché mondial du poulet, n’eût été l’impact de la peste porcine africaine sur le cheptel porcin de la Chine. Selon les estimations, les exportations américaines ont crû de 4 % en 2020 en raison de la forte demande en Chine. Cette demande devrait toutefois diminuer en 2021 à mesure que la Chine reconstitue son cheptel porcin. La hausse des coûts des aliments pour animaux devrait limiter la croissance de la production de poulet aux États-Unis à moins de 1 % en 2021 alors que les exportations américaines devraient demeurer stables.

4. Taux de change près de 0,80 $ US : indicateur de la vigueur du dollar canadien ou de la faiblesse du dollar américain?

Nous prévoyons que le dollar canadien oscillera entre 0,75 $ US et 0,80 $ US en 2021. Sa vigueur actuelle reflète davantage la faiblesse du dollar américain que tout autre facteur sous-jacent qui influe sur sa valeur. À moyen et à long terme, les vaccins de COVID-19 et les mesures gouvernementales de relance au Canada et aux États-Unis soutiendront la croissance économique et le commerce mondial, ce qui fera grimper la demande de dollars américains. Cela devrait contenir toute hausse potentielle du dollar canadien si les prix du pétrole demeurent stables.

La COVID-19 ayant perturbé la demande de poulet dans le secteur des services alimentaires, le secteur du poulet à griller du Canada sera en mode reprise pour l’année 2021. La hausse des coûts des aliments pour animaux sera un facteur important à surveiller en 2021.

Surveillez notre blogue pour des mises à jour régulières de ces perspectives de 2021 pour le secteur du poulet à griller ainsi que pour nos perspectives pour les secteurs des céréales et des oléagineux; du bœuf et du porc; de la production laitière; et de la transformation alimentaire.


Leigh Anderson
Économiste principal

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3