<img height="1" width="1" src="https://www.facebook.com/tr?id=806477592798641&ev=PageView&noscript=1"/>

Perspectives de 2024 pour le secteur de la volaille : une forte demande favorise la rentabilité

11 déc. 2023
6,5 min de lecture

En 2024, les prix devraient être plus élevés par rapport à l’année précédente pour tous les sous-secteurs de la volaille (poulets à griller, dindes et pondeuses), stimulés par la vigueur continue de la demande des ménages et du secteur de la restauration dans l’Est et l’Ouest du pays (tableau 1).

Tableau 1 : En 2024, les prix de la volaille favoriseront la rentabilité du secteur du poulet à griller
Tableau indiquant les prix moyens sur cinq ans des poulets à griller et des pondeuses dans l’Est et l’Ouest du pays, les prix moyens en 2022, et les prévisions des prix moyens pour 2023 et 2024.

Sources : Statistique Canada, calculs de FAC

La rentabilité des élevages de poulets à griller sera positive tout au long de la période visée, malgré quelques vents contraires dus au ralentissement de la production, au coût élevé des aliments et au changement récemment apporté aux contingents tarifaires établis pour la volaille.

En dépit de la chute des coûts des aliments par rapport aux sommets atteints en 2022, les rations de canola et de blé de l’Ouest du pays seront soumises à la pression d’une production limitée par la sécheresse qui a sévi en 2023. Dans l’Est du pays, les prix du soya pourraient rester élevés, les conditions météorologiques du Brésil pourraient nuire à la production dans un contexte de forte demande mondiale.

Tableau 2 : Les coûts moyens des aliments (prix/tonne) diminuent d’une année sur l’autre, mais resteront bien supérieurs aux moyennes quinquennales
Tableau indiquant les coûts des aliments dans l’Est et l’Ouest du pays pour 2022, la moyenne sur cinq ans et les coûts prévus pour 2023 et 2024.

Sources : Statistique Canada, calculs de FAC

La production canadienne de poulets à griller devrait augmenter d’une année sur l’autre en 2023, 2024 et 2025 (figure 1), mais une telle croissance pourrait être difficilement réalisable. En 2022 et 2023, des déficits de production par rapport aux allocations (c’est-à-dire la production planifiée) ont été observés en raison du manque d'oiseaux depuis le début de 2022. En 2022, le Canada et les États-Unis, qui fournissent environ 20 % de l’approvisionnement canadien en poussins d’un jour et en œufs d’incubation, ont subi des pertes importantes dans leurs troupeaux destinés à la reproduction et à l’incubation en raison de la grippe aviaire. La figure 1 représente le meilleur scénario de production de viande de poulet selon la croissance démographique et les tendances de consommation actuelles. Toutefois, les pénuries qui avaient limité la production en 2022 devraient continuer à entraver la production en 2023 et 2024.

À l’opposé, le Foreign Agricultural Service (FAS) de l’USDA prévoit que la production canadienne de poulets augmentera de 3 % en 2023 et de 2,5 % en 2024, en glissement annuel. Jusqu’en octobre 2023, la production de poulets a augmenté de 1,2 % (en termes de poids) par rapport à l’année précédente, en raison de l’abattage d'oiseaux plus lourds.

Figure 1 : La production de viande de poulet au Canada pourrait ne pas atteindre son potentiel
Diagramme à barres montrant la croissance d’une année sur l’autre de la production canadienne de poulets à griller entre 2015 et 2022, et les prévisions pour 2023, 2024 et 2025.

Sources : Statistique Canada, calculs de FAC

La production de viande de poulet en Colombie-Britannique a été touchée à un point tel que certains considèrent 2023 comme la pire année jamais enregistrée. Une éclosion de grippe aviaire (en 2022 et 2023) a porté le nombre d’installations contaminées dans la province à 142 (sur 387 pour tout le Canada), et la Colombie-Britannique comptait 52 % de toutes les volailles canadiennes infectées au 19 novembre (soit 9,3 millions d'oiseaux, ce qui représente moins de 1 % de l’abattage total d'oiseaux au Canada en 2022 et 2023). Le nombre total d’œufs pondus en Colombie-Britannique a baissé de 14,3 % en glissement annuel (de janvier à août), et le nombre total d’œufs pondus dans les couvoirs de la province (c’est-à-dire pour la production de pondeuses et de poulets à griller) a baissé encore plus.

Toutefois, le goût des Canadiens pour le poulet s’est accru au cours du troisième trimestre 2023, ce qui représente une bonne nouvelle pour le secteur vu la baisse qui avait été enregistrée plus tôt dans l’année (figure 2). Bien que la demande continue de l’emporter sur la consommation du bœuf, qui demeure la viande préférée des Canadiens depuis le premier trimestre 2020, l’indice de la demande pour la viande utilisé par les Services économiques FAC montre que la demande pour la viande de poulet (c’est-à-dire la préférence des consommateurs pour le poulet qui ne s'explique pas par des facteurs purement économiques) était la plus forte parmi les trois viandes généralement les plus vendues (bœuf, porc et poulet), au cours du troisième trimestre. Le poulet est également la viande la plus consommée par les Canadiens au cours de cette période.

Figure 2 : En termes de consommation et de demande, le poulet est la viande en tête des trois plus gros vendeurs au troisième trimestre
Graphique linéaire montrant l’évolution des indices de la consommation et de la demande pour le bœuf, le porc et le poulet au Canada entre le 1er trimestre 2018 et le 3e trimestre 2023.

Sources : Statistique Canada, AAC, calculs de FAC

Parmi ces trois viandes, la consommation de viande bovine a connu la plus forte baisse depuis le deuxième trimestre 2021, son prix (mesuré par l’indice des prix à la consommation) ayant encore augmenté de 8,0 % en 2023 (de janvier à septembre) alors qu'il était déjà élevé. En comparaison, les prix du poulet (poulet entier, poitrines, cuisses et pilons) ont augmenté de 3,2 % depuis le début de l’année (de janvier à septembre). Par ailleurs, les prix de la viande de porc pourraient entraver la consommation de poulet, car l’offre de porc au Canada est également importante, ce qui devrait assurer le maintient de prix plus compétitifs.

Pour répondre à la forte demande en cette année où les niveaux de production n'atteindront pas les quotas, les détaillants canadiens peuvent avoir accès à la production actuelle, aux stocks entreposés et aux importations pour s'approvisionner. La production n’ayant que très peu augmenté cette année par rapport à l'année précédente, les stocks de poulets congelés étaient encore suffisants pour satisfaire la demande en 2022 et au début de 2023. Les importations provenant des États-Unis sont en hausse de 7 % en glissement annuel (septembre 2022 à août 2023) et pourraient encore augmenter en 2024 vu que les contingents tarifaires totaux du Canada ont été augmentés à 119 000 tonnes métriques, soit 7,4 % en glissement annuel.

En conclusion

Les producteurs de volaille commenceront à atteindre les quotas de production une fois que les éclosions dommageables de grippe aviaire auront été maîtrisées – ce qui représente une tâche ardue vu que la maladie a évolué de manière à infecter et à tuer un plus grand nombre d'oiseaux et de mammifères sauvages. La demande reste forte dans les secteurs de la restauration à domicile et des services d’alimentation et est actuellement satisfaite par les importants stocks de produits congelés disponibles. Toutefois, comme les prix des viandes concurrentes restent relativement plus élevés que ceux de la viande de poulet, on peut s’attendre à ce que la demande pour la volaille canadienne et sa consommation restent élevées, ce qui exercera une pression sur ces stocks. La croissance de la population en général et en particulier la croissance due à l’immigration contribueront également à stimuler les niveaux de consommation. Les importations en provenance des États-Unis devraient augmenter et atténuer quelque peu la pression en 2024, car les producteurs canadiens auront besoin de temps pour répondre à la demande intérieure à eux seuls.

Martha Roberts

Rédactrice économique

Membre de l’équipe des Services économiques depuis 2013, Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie les risques et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 25 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats aux spécialistes de l’industrie. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, et d’une maîtrise en beaux-arts en écriture non fictive de l’Université de King’s College.