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Perspectives de 2023 pour le secteur laitier

1 févr. 2023
7,5 min de lecture

L’équipe des Services économiques FAC vous aide à comprendre les enjeux et les principales tendances économiques susceptibles d’avoir une incidence sur votre exploitation. Nous considérons que les facteurs suivants auront un impact majeur sur la rentabilité des exploitations laitières en 2023 :

  • Coûts élevés des intrants

  • Niveaux des stocks de beurre

  • Importations de produits laitiers

  • Inflation des prix de détail

Les revenus totaux sont fonction des prix et de la production. En novembre 2022, la Commission canadienne du lait (CCL) a annoncé une augmentation du prix de soutien du beurre entrant en vigueur le 1er février 2023. Cette augmentation du prix de soutien se traduira par une hausse des prix à la ferme, qui devraient selon nous grimper de 2,9 %. La production devrait croître de 2,7 % en 2023 à l’échelle nationale, notamment en raison de la nécessité de reconstituer les stocks de beurre qui sont bas. En tenant compte de ces deux facteurs, nous prévoyons que les recettes monétaires de la production laitière augmenteront de 5,7 % en 2023.

L’augmentation des recettes de la production laitière aidera à compenser les coûts de production, qui devraient demeurer élevés malgré un ralentissement de la croissance en 2023 (tableau 1). Après la hausse considérable observée de 2020 à 2022 (dans des proportions de 56 % pour les producteurs du P5 et de 41 % pour les producteurs assujettis à la MCLO), nous nous attendons à ce que les coûts des aliments pour animaux augmentent de seulement 2,4 % pour le P5 et de 3,0 % pour la MCLO au cours de l’année à venir.

Tableau 1 : Estimations concernant les revenus et les coûts des exploitations laitières
Graphique montrant Tableau 1 : Estimations concernant les revenus et les coûts des exploitations laitières

Sources : Calculs effectués par FAC à partir des estimations des coûts de production de la Commission canadienne du lait et du gouvernement de l’Alberta, et sur les données des Dairy Farmers of Ontario, des Producteurs de lait du Québec, d’Alberta Milk, de Statistique Canada et de l’USDA.

* Les revenus bruts sont basés sur les données déclarées par les groupes de producteurs, qui diffèrent des données de Statistique Canada utilisées pour le calcul des recettes du secteur laitier.
** Comme les calculs utilisent des définitions différentes des catégories de coûts pour le P5 et la MCLO, les valeurs ne sont pas directement comparables.

Nos prévisions ne tiennent pas compte des paiements d’indemnisation liés aux répercussions des accords commerciaux, comme la quatrième et dernière ronde d’indemnisation du gouvernement fédéral en raison des répercussions de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) et de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). Les paiements annoncés récemment pour tenir compte des impacts de l’Accord Canada‑États-Unis‑Mexique (ACEUM) ne seront pas versés avant 2024.

Tendances à surveiller en 2023
1. Coûts élevés des intrants

Nos prévisions pour le secteur des céréales, des oléagineux et des légumineuses indiquent que les prix du maïs seront légèrement supérieurs à ceux de l’année dernière et que les prix de l’orge, eux, diminueront. La production de foin et d’orge dans les Prairies a rebondi en 2022, mais les rendements ont varié considérablement d’un endroit à l’autre. En ce début de 2023, les taux d’humidité sont toujours bas, mais l’épaisse couche de neige dans les régions touchées par la sécheresse permet d’espérer que la fonte printanière permettra de reconstituer les réserves d’humidité du sol.

L’augmentation des revenus en 2022 n’a pas entièrement compensé la hausse généralisée des prix des intrants, de sorte que les producteurs ont dû s’efforcer d’obtenir des gains d’efficience opérationnelle pour protéger leurs marges bénéficiaires.

2. Niveaux de stocks de beurre

En octobre 2022, la CCL a prévu que les stocks de beurre descendront vers leurs niveaux les plus bas jamais enregistrés d’ici décembre 2023. Cette prévision ne tenait pas compte du relèvement des quotas des producteurs du P5 en octobre 2022; en fait, elle a probablement stimulé l’augmentation des quotas. La CCL révisera ces chiffres à la hausse compte tenu des récentes augmentations de la production, mais la tendance se maintiendra : les stocks de beurre sont à la baisse depuis quelques années et demeureront inférieurs à leur moyenne des cinq dernières années en 2023 (figure 1).

Figure 1 : On prévoit que les stocks de beurre diminueront d’ici la fin de 2023
Graphique montrant Figure 1 : On prévoit que les stocks de beurre diminueront d’ici la fin de 2023

Sources : Tableau 32-10-0001 de Statistique Canada, Perspectives du marché d’octobre 2022 de la CCL, calculs effectués par FAC.

La faiblesse des stocks résulte de l’évolution des préférences des consommateurs en faveur des produits à forte teneur en matières grasses butyriques (comme le lait entier). La volonté de reconstituer ces stocks est une des principales raisons pour lesquelles nous prévoyons une augmentation de la production en 2023, à des rythmes qui varieront d’une province à l’autre selon la part du marché du lait de transformation. Il sera essentiel de surveiller les stocks durant l’année afin de comprendre les changements touchant l’attribution des contingents et les jours d’incitatifs en 2023.

3. Importations de produits laitiers

Avant Noël, les États-Unis ont indiqué avoir noté « d’autres motifs de préoccupation », affirmant que le Canada ne joue pas franc jeu dans l’attribution de ses licences d’importation, aussi appelées « contingents tarifaires », ou CT, en vertu de l’ACEUM. La Nouvelle-Zélande a aussi réclamé la création d’un groupe spécial de règlement des différends pour traiter ses préoccupations concernant l’attribution des CT en vertu du PTPGP. Le règlement des différends commerciaux internationaux prend souvent du temps, alors il est difficile de dire si le processus d’attribution des CT changera dès 2023.

L’année dernière, les États-Unis n’ont pas exporté leur volume maximum permis de produits laitiers en vertu de l’ACEUM. Dans certaines catégories de produits, les taux d’atteinte étaient assez bas. Toutefois, les forces du marché et les choix des consommateurs y jouent pour beaucoup : la demande de beurre est importante et les stocks sont bas, ce qui s’est traduit par un taux d’atteinte de 93 % pour le beurre. C’est l’inverse dans le cas de la poudre de lait écrémé, dont le taux d’atteinte n’était que de 8 %.

Une augmentation des importations affaiblirait la production intérieure de lait, à supposer que la demande de consommation reste plutôt stable. Un dollar canadien faible fera grimper le coût des importations en provenance des États-Unis, ce qui risque de limiter les volumes d’importation.

4. Inflation des prix de détail

En 2021, l’inflation des prix des produits laitiers a crû moins rapidement que ce qu’on a observé dans d’autres grandes catégories de produits alimentaires, et moins rapidement que le taux général d’inflation (figure 2). En 2022, l’inflation des prix des produits laitiers a crû à un rythme comparable à ce qu’on a observé dans d’autres grandes catégories d’aliments.

Figure 2 : L’inflation des prix de détail des produits laitiers a été faible en 2021, élevée en 2022, et généralement comparable à ce qu’on observe dans les autres catégories d’aliments
Graphique montrant Figure 2 : L’inflation des prix de détail des produits laitiers a été faible en 2021, élevée en 2022, et généralement comparable à ce qu’on observe dans les autres catégories d’aliments

Source : Tableau 18-10-0004 de Statistique Canada.

Les zones claires illustrent les taux d’inflation en 2021; les zones foncées, ceux de 2022. Les taux d’inflation des prix sur deux ans se trouvent au sommet de chaque barre.

Les prix accrus des produits laitiers ont-ils fait diminuer la demande? Les données limitées de Nielsen indiquent que les ventes de beurre des épiceries ont effectivement diminué en 2022. Cependant, le volume de tous les aliments achetés a diminué en 2022 en raison de l’érosion du pouvoir d’achat des consommateurs et du fait que ceux-ci ont mangé au restaurant plus souvent qu’en 2021, année où certaines restrictions sanitaires liées à la pandémie étaient toujours en place. Les données ne font pas état d’une quelconque substitution de produit : en 2022, les consommateurs ont acheté moins de beurre, mais aussi moins de margarine, car les prix élevés du canola ont limité les possibilités de substitution. Les prix des substituts d’origine végétale sont moins rigides que ceux des produits laitiers, et l’évolution de ces prix en 2023 déterminera la mesure dans laquelle les consommateurs modifieront la composition de leur panier alimentaire.

En conclusion

Les augmentations de la production et les hausses de prix feront grimper les recettes de la production laitière en 2023, mais le secteur est confronté à des vents contraires qui mettront en péril la rentabilité. Les coûts des intrants demeurent élevés et le spectre d’une augmentation des importations se profile à l’horizon. Nous nous attendons à ce que la hausse de taux annoncée le 25 janvier par la Banque du Canada soit la dernière du présent cycle de resserrement; toutefois, il n’y aura pas de baisse marquée des coûts du service de la dette en 2023, car les taux d’intérêt demeureront élevés cette année.

Surveillez notre blogue pour des mises à jour régulières de ces perspectives 2023 pour le secteur laitiers ainsi que nos perspectives pour les secteurs des céréales, des légumineuses et des oléagineuxdu porc, du bœuf, et de la transformation alimentaire.

x.com/Graeme_Crosbie
Graeme Crosbie

Économiste principal

Graeme Crosbie est économiste principal à FAC. Ses domaines d’intérêt portent notamment sur l’analyse et les perspectives macroéconomiques et sur l’analyse et la surveillance de l’industrie agroalimentaire canadienne. Ayant grandi sur une ferme laitière dans le sud de la Saskatchewan, il formule à l’occasion des observations sur la santé de l’industrie laitière du Canada.

Graeme est employé à FAC depuis 2013 et a consacré la plus grande partie de ces années à la gestion du risque. Il détient une maîtrise en gestion avec spécialisation en économie financière de l’Université de Cardiff ainsi que le titre d’analyste financier agréé (CFA).