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Mise à jour de 2022 sur le secteur de la restauration et les épiceries : plusieurs défis à l’horizon

1 nov. 2022
7,5 min de lecture

L’année dernière, nous nous intéressions à la manière dont le refoulement de la demande et l’épargne accumulée par les ménages pendant la pandémie profiteraient au secteur de la restauration (restaurants et établissements de restauration rapide) à l’heure de la reprise. Même si elles se sont concrétisées, ces tendances ont été en grande partie atténuées par l’inflation. Les coûts élevés des intrants, la hausse des coûts d’emprunt et un marché du travail difficile ont également limité les possibilités. À l’approche de 2023, ces préoccupations continueront d’occuper une place importante, tout comme le ralentissement de la croissance économique.

Fluctuation de la demande dans le secteur des aliments

Les dépenses de consommation des ménages sont élevées en 2022. La consommation totale a augmenté de 15 % au deuxième trimestre comparativement au taux d’inflation de 7,5 %. La consommation de boissons et de produits alimentaires a grimpé de 16 % et représentait 17 % de la consommation totale des ménages durant le trimestre, ce qui est légèrement supérieur aux données enregistrées à la même période l’année dernière. Maintenant, au quatrième trimestre, certains signes indiquent que la croissance réelle (ajustée en fonction de l’inflation) des dépenses diminue, mais, même si l’inertie de l’économie en général est préoccupante, le secteur de l’alimentation reste vigoureux.

Il y a 10 ans, les ventes du secteur de la restauration représentaient 34 % de l’ensemble des ventes d’aliments. En 2019, cette proportion avait atteint 37 % avant que la pandémie de COVID-19 n’inverse la tendance. Maintenant, à la fin de 2022, la consommation de secteur de la restauration est revenue à sa ligne de tendance historique (figure 1). Nous nous attendons à ce que cette tendance se maintienne, puisque les consommateurs privilégient la commodité et aiment prendre des repas au restaurant, que ce soit par plaisir ou par affaires; toutefois, une économie amorphe pourrait modifier les habitudes d’achat.

Aux États-Unis, c’est l’inverse qui se produit. À l’heure actuelle, les consommateurs américains consacrent une plus grande part de leur budget alimentaire au secteur de la restauration qu’à l’achat de produits d’épicerie, comme ils le faisaient avant la pandémie.

Figure 1 : Les ventes du secteur de la restauration sont revenues à leurs niveaux historiques
Graphique montrant le figure 1 : Les ventes du secteur de la restauration sont revenues à leurs niveaux historiques

Sources : Services économiques FAC, Statistique Canada

Les ventes du secteur de la restauration sont entièrement rétablies

Nous estimons que les ventes du secteur de la restauration ajustées en fonction de l’inflation se sont rétablies et ont atteint leurs niveaux de 2019 en juillet (figure 2). Du début de 2022 jusqu’à la fin du mois de juillet, les ventes non ajustées ont augmenté de 4 % comparativement à 2019 et de 36 % par rapport à la même période l’année dernière. Ce sont les restaurants à service complet qui ont connu la plus forte croissance en 2022, soit 58 % par rapport à la même période l’année dernière. Fait intéressant, l’augmentation du nombre de réservations pour souper au restaurant comparativement à 2019 est supérieure à la croissance des ventes ajustées en fonction de l’inflation enregistrée au cours des derniers mois, ce qui donne à penser que les consommateurs dépensent vraisemblablement moins qu’avant à chaque visite dans un établissement de restauration. Ce phénomène pourrait s’expliquer partiellement par la demande soutenue de repas à emporter et en livraison, lesquels comprennent habituellement de plus petits achats de boissons et de hors-d’œuvre.

Selon Chris Elliott, économiste en chef à Restaurants Canada, « après avoir vu ses ventes remonter en 2022, le secteur de la restauration fait face à des vents contraires à l’approche de 2023. La hausse du coût de la vie et le ralentissement de l’économie prévus pour l’an prochain risquent de restreindre certaines dépenses discrétionnaires, comme les dépenses de restauration, d’ici la fin de l’année et même l’année prochaine. Cela survient à un moment où les marges bénéficiaires sont déjà serrées et, dans de nombreux cas, négatives [en anglais seulement]. Sans un relâchement de la pression sur les coûts ou une diminution de la demande des consommateurs, les entreprises qui doivent composer avec des contraintes en matière de capital pourraient connaître des difficultés financières. Il faut adopter des stratégies d’affaires ingénieuses pour se démarquer du lot ».

Figure 2 : Les ventes du secteur de la restauration ajustées en fonction de l’inflation sont revenues à leurs niveaux de 2019
Graphique montrant le figure 2: Les ventes du secteur de la restauration ajustées en fonction de l’inflation sont revenues à leurs niveaux de 2019

Sources : Services économiques FAC, Statistique Canada, OpenTable
*Ajustées selon l’IPC des aliments achetés au restaurant

Les répercussions de l’inflation sur les ventes des épiceries

Les dépenses de consommation dans les épiceries (la plus importante composante des ventes au détail totales d’aliments et de boissons du commerce) sont demeurées stables jusqu’à la fin du mois d’août 2022 (figure 3). Compte tenu du taux élevé d’inflation des produits alimentaires, les ventes ont diminué de 8 % par rapport à la même période l’année dernière. Les consommateurs ne font pas qu’acheter moins d’aliments qu’à pareille date l’année dernière, ils optent également pour des produits de substitution moins chers. Par exemple, les volumes de légumes en conserve ont augmenté, tandis que les volumes de légumes frais ont baissé. Le pain fait partie des rares catégories d’aliments qui affichent une croissance positive de leurs volumes malgré la hausse des prix. Cela souligne son importance dans les régimes alimentaires et le fait qu’il s’agit somme toute d’un produit alimentaire bon marché sur la base des calories par dollar.

Les consommateurs exigent de la commodité et modifient leurs habitudes d’achat en épicerie, et les détaillants ont su s’adapter. Ils ont notamment fait la promotion de marques privées, proposé des repas prêts à manger, agrandi leurs dépanneurs et investi dans des caisses libre-service.

Figure 3 : Les ventes des épiceries augmentent peu, car les consommateurs se tournent vers le secteur de la restauration
Graphique montrant le figure 3 : Les ventes des épiceries augmentent peu, car les consommateurs se tournent vers le secteur de la restauration

Sources : Services économiques FAC, Statistique Canada
*Ajustées d’après l’indice des prix du service au détail et l’IPC lorsqu’il n’était pas disponible

Tendances à surveiller en 2023
Défis liés à la main-d’œuvre

Les épiceries et les établissements de restauration doivent toujours se démener pour embaucher de la main-d’œuvre et la maintenir en poste. Les données du deuxième trimestre révèlent que le taux de postes vacants était de 4,7 % pour les commerces d’aliments et de boissons (contre 2,9 % au deuxième trimestre de 2019) et de 11,8 % pour les établissements de restauration (comparativement à 5,4 % au deuxième trimestre de 2019). Il y plus de 166 000 emplois vacants dans les secteurs des épiceries et de la restauration. Cette pénurie continue de se répercuter sur les niveaux de service et crée des possibilités de recourir à des solutions technologiques. Consultez notre récent article sur les défis liés à la main-d’œuvre pour obtenir de plus amples renseignements.

Inflation

L’inflation a augmenté rapidement en 2022 et la bataille n’est pas terminée. L’inflation globale était de 6,9 % en septembre, en baisse par rapport à 7,0 % en août. L’inflation totale des prix des produits alimentaires s’établissait à 10,3 % en septembre, les prix des aliments ayant augmenté de 11,4 % dans les épiceries et de 7,5 % dans les restaurants.

Les perspectives concernant l’inflation demeurent volatiles et la Banque du Canada reste déterminée à ramener l’inflation autour de 2 à 3 % en haussant les taux d’intérêt. Les prix des produits agricoles de base ont reculé par rapport aux sommets atteints au début de 2022, mais selon les plus récentes prévisions des Services économiques FAC, les prix devraient demeurer à des niveaux historiquement élevés jusqu’en 2023. Il en va de même pour les marchés de l’énergie, qui restent sensibles à des fluctuations majeures à court terme. Un taux de change dollar canadien/dollar américain plus faible fera vraisemblablement grimper les prix des importations. Par ailleurs, les salaires plus élevés constituent toujours un enjeu face au resserrement du marché du travail.

Situation de crédit des consommateurs

L’augmentation des dépenses de consommation en 2022 a été stimulée par l’endettement et l’utilisation de l’épargne accumulée – principalement celle des personnes retraitées. Le revenu disponible a augmenté en 2022, mais la hausse des salaires a été inférieure à l’inflation, ce qui a affaibli le pouvoir d’achat. En août, les passifs des cartes de crédit avaient augmenté de 12,9 % par rapport à la même période l’année dernière, et nous constatons également des augmentations des prêts personnels autres que les prêts auto, ainsi que des lignes de crédit. Globalement, la dette sur le marché du crédit en proportion du revenu disponible a atteint un niveau record de 181,7 au deuxième trimestre. Les ménages pourraient être forcés de faire des choix difficiles en matière d’achat si les taux d’intérêt et l’inflation demeurent élevés.

Kyle Burak

Expert principal, science des données

Kyle Burak s’est joint à FAC en 2020 et occupe le poste d’expert principal, science des données. Il se spécialise dans la surveillance et l’analyse du portefeuille d’agroentreprise et agroalimentaire de FAC, la santé de l’industrie, et les risques inhérents au secteur. Avant de se joindre à FAC, Kyle a travaillé au service de l’approvisionnement et du marketing d’un détaillant alimentaire canadien. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université de Victoria.