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La valeur des terres agricoles à mi-parcours de l’exercice 2021 : l’incertitude n’affaiblit pas la demande

  • 28 sept. 2021
  • 6 min de lecture

Malgré une sécheresse dans l’Ouest canadien et quelques obstacles à la reprise économique, la vigueur des prix des produits de base à la fin de 2020, combinée à la faiblesse des taux d’intérêt, continue de soutenir la forte demande de terres agricoles et de favoriser l’augmentation des prix des terres.

Dans l’ensemble du pays, la valeur des terres agricoles a progressé en moyenne de 3,8 % dans la première moitié de 2021 (tableau 1). Pendant la première moitié de 2021, les hausses les plus importantes ont été observées en Ontario (11,5 %), en Colombie-Britannique (8,8 %) et au Québec (8,1 %). Les autres provinces ont enregistré des hausses de moins de 5 %. Le rythme d’accroissement annuel global entre juillet 2020 et la fin juin 2021 montre une hausse de 6,1 % de la valeur moyenne des terres agricoles à l’échelle nationale.

Tableau 1. Hausses moyennes de la valeur des terres agricoles 

  Fluctuation moyenne (%)
janv. – juin 2021
(6 mois)
Fluctuation moyenne (%)
juill. 2020 - juin 2021
(12 mois)
C.-B. 8,8 13,6
Alb. 3,7 5,6
Sask. 1,8 3,5
Man. 3,5 6,3
Ont. 11,5 15,4
Qué. 8,1 13,7
N.-B. 0,9 1,8
N.-É. 4,5 5,8
Î-P.-É. 0,4 1,5
T.-N.-L. s.o. s.o.
Canada 3,8 6,1

Source : Calculs de FAC.

Facteurs qui influencent la valeur des terres agricoles – l’offre limitée et la forte demande

  1. La hausse des prix des produits de base (figure 1) dans la seconde moitié de 2020 a fait grimper les recettes monétaires agricoles et a offert des perspectives optimistes pour les exploitations agricoles pour l’année 2021. Les recettes des producteurs de céréales, d’oléagineux et de légumineuses dans les six derniers mois de l’année 2020 étaient en hausse de 28,0 % par rapport à la même période en 2019. Cette tendance s’est poursuivie dans les six premiers mois de 2021, avec une augmentation des recettes de 22,6 % par rapport à celles de l’an dernier.

Figure 1. Prix mensuels moyens du canola et du blé de printemps de la Saskatchewan et du maïs de l’Ontario

Graphique montrant les prix mensuels moyens du canola et du blé de printemps de la Saskatchewan et du maïs de l’Ontario.

Sources : Grain Farmers of Ontario, ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.


  1. Les taux d’intérêt ont baissé au début de la pandémie et les coûts d’emprunt sont demeurés historiquement bas (figure 2), ce qui permet de favoriser la demande de terres agricoles et de réduire l’offre de terres en vente sur le marché, poussant ainsi le prix des terres à la hausse.

Figure 2. Coûts moyens d’emprunt des entreprises

Graphique montrant les coûts moyens d’emprunt des entreprises.

Source : Banque du Canada.


  1. Un grand nombre des transactions enregistrées ce printemps ont été négociées avant les conditions exceptionnellement sèches observées en Colombie-Britannique et dans les provinces des Prairies. La sécheresse de 2021 sera l’une des plus importantes à frapper les provinces des Prairies depuis 40 ans, principalement au sud du Manitoba. Les prix des produits de base pourraient demeurer relativement élevés, ce qui sera avantageux pour les producteurs de grandes cultures dans les régions moins touchées par la sécheresse. À l’inverse, cela exercera une pression à la hausse sur les coûts de production des exploitations d’élevage.
  1. Les terres agricoles situées en périphérie des grands centres urbains font l’objet d’une vive concurrence entre les producteurs agricoles désireux d’accroître leurs fonds de terre et les agriculteurs amateurs qui souhaitent s’installer à la campagne, en particulier en Ontario et en Colombie-Britannique.

Tendances par province

Colombie-Britannique : La valeur des terres agricoles a augmenté en moyenne de 8,8 % dans les six premiers mois de 2021 (soit une hausse de 13,6 % sur douze mois). Il s’agit d’une augmentation importante si l’on considère que la valeur des terres par acre de la Colombie-Britannique est la plus élevée au Canada. Une tendance à la hausse a été observée dans toutes les régions de la province, mais principalement dans la région de la Côte Sud, ce qui s’explique par la vive concurrence à laquelle se livrent les agriculteurs locaux et les acheteurs non traditionnels.

Alberta : Les hausses des six derniers mois ont été modestes (3,7 %), ce qui s’explique en partie par le fait que certaines régions ont connu plusieurs années consécutives de mauvaises récoltes. Les hausses les plus marquées ont été observées principalement pour les terres moins chères tandis que les terres à prix plus élevé étaient généralement stables.

Saskatchewan : L’augmentation moyenne de 1,8 % dans les six premiers mois de 2021 (3,5 % sur douze mois) représente la hausse la plus faible des 15 dernières années. La dernière hausse de moins de 5 % sur 12 mois a été observée en 2006. On note une tendance contrastée dans la province, avec des augmentations de la valeur des terres dans les régions de l’Est pendant que les valeurs régionales de l’Ouest restent stables. Les régions de l’Ouest connaissent des conditions plus sèches depuis un certain temps.

Manitoba : La valeur des terres agricoles a grimpé de 3,5 % dans la première moitié de 2021. Cette croissance est comparable aux hausses observées ces dernières années à l’intérieur de la province. À l’heure actuelle, les cultures sont touchées par les conditions de sécheresse. Il faudra surveiller les répercussions de cette situation sur la demande de terres dans la seconde moitié de l’année.

Ontario : La valeur des terres agricoles de la province a bondi de 11,5 % dans les six premiers mois de 2021, ce qui en fait la plus forte hausse au pays (soit une hausse de 15,4 % au cours des douze derniers mois). Les régions du Centre-Ouest et du Sud-Est ont enregistré les hausses les plus importantes. Des acheteurs provenant de différents secteurs et des producteurs d’autres régions qui quittent les terres plus chères pour celles à prix moins élevé se livrent concurrence pour acquérir le nombre limité de terres disponibles sur le marché. La demande de terres en périphérie des centres urbains est également très forte.

Québec : Pendant la première moitié de 2021, la valeur des terres a continué de grimper dans la plupart des régions, même dans celles qui affichent les prix les plus élevés par acre (Montérégie et Lanaudière). On note une diversité d’acheteurs dans la plupart des régions, ce qui suscite une vive concurrence pour le nombre limité de terres disponibles sur le marché.

Provinces de l’Atlantique : L’activité a été relativement faible pendant les six premiers mois de 2021, ce qui explique en partie la faible fluctuation de la valeur des terres. La demande pour le secteur de la pomme de terre demeure forte au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. La demande semble également solide en Nouvelle-Écosse et provient de producteurs de différentes cultures.  

En conclusion

La valeur moyenne des terres agricoles dans la première moitié de 2021 témoigne de la vigueur du marché des terres agricoles. Il faudra surveiller les conditions de croissance pour les producteurs de cultures et la conjoncture économique générale dans la seconde moitié de 2021 et au début de 2022, en raison de leur influence sur la demande de terres agricoles.

Pour connaître l’évolution de la valeur des terres agricoles du Canada au fil des ans, consultez notre rapport Historique de la valeur des terres agricoles de FAC.


Olivier Biron, É.A. agr., directeur, Évaluation