Dix principaux graphiques à surveiller en 2023

  • 11 janv. 2023
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Alors que nous entamons l’année dans un contexte d’inflation élevée et sous la menace de récession, les Services économiques FAC présentent dix graphiques qui vous aideront à comprendre l’environnement économique dans lequel évoluent les producteurs agricoles, les agroentrepreneurs et les transformateurs alimentaires.

L’inflation

Ceci ne devrait surprendre personne. L’an dernier, l’inflation a atteint des sommets mensuels inégalés depuis des décennies, et en glissement annuel, l’inflation globale s’établissait à 6,8 % en novembre. Si l’on exclut les aliments et l’énergie, les prix ont grimpé de 5,4 % pendant la même période. Les hausses de prix des aliments et de l’essence (qui ont crû respectivement de 11,4 % et de 13,7 % sur douze mois) sont en grande partie responsables de l’inflation globale du mois de mars 2021 jusqu’à la fin de l’année 2022 (figure 1).

Figure 1 : Les prix de l’énergie et des aliments alimentent l’inflation canadienne 

Graphique montrant le Figure 1 : Les prix de l’énergie et des aliments alimentent l’inflation canadienne Source : Statistique Canada

Les Services économiques FAC prévoient une inflation modérée tout au long de 2023, bien que les prix devraient demeurer élevés. Gardez un œil sur la Banque du Canada (BdC) alors qu’elle tente de juguler l’inflation et de la ramener à la médiane de sa fourchette cible (de 1 à 3 %). On s’attend à ce que la BdC maintienne le taux de financement à un jour au‑dessus de 4,0 % et qu’elle évalue la réaction des marchés et de l’inflation avant de prendre sa prochaine décision. Tout nouveau mouvement à la hausse ou latéral de l’inflation pourrait donner lieu à de nouvelles hausses de taux.

Taux d’intérêt

Le taux de financement à un jour est passé de 0,25 % en janvier 2022 pour atteindre 4,25 % en décembre. Pendant cette période, le rendement des obligations dont l’échéance est de plus d’un an (figure 2) a présenté une pente négative, ce qui signifie que les taux d’intérêt à long terme sont inférieurs aux taux à court terme. Cette tendance pourrait signaler une récession, car les investisseurs s’attendent à une baisse de l’activité économique à mesure que l’année progresse.

Figure 2 : Le Canada entrera-t-il en récession?

Graphique montrant le Figure 2 : Le Canada entrera-t-il en récession? Source : Statistique Canada

Ce ne sera peut‑être pas le cas en 2023. Puisque l’inflation a monté en flèche en 2022, la pente négative pourrait signaler que l’inflation devrait décélérer et possiblement revenir à la normale, plutôt qu’être le signe avant-coureur d’un effondrement économique.

Main-d’œuvre

Une conséquence très problématique de la pandémie a été la persistance de la pénurie de main‑d’œuvre dans les chaînes d’approvisionnement agroalimentaire canadiennes. C’est particulièrement le cas pour l’agriculture primaire, chez les fournisseurs d’intrants et de services ainsi que dans l’ensemble des établissements de restauration. Ces trois secteurs affichent chacun des niveaux d’emploi plus faibles qu’en août, septembre et octobre 2019 (figure 3).

Figure 3 : Déjà mauvaise, la situation en agriculture s’est encore dégradée

Graphique montrant le Figure 3 : Déjà mauvaise, la situation en agriculture s’est encore dégradée Source : Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail de Statistique Canada

Si les transformateurs d’aliments, les grossistes et les magasins de détail affichent une croissance de l’emploi attribuable à une augmentation des ventes, ces industries sont toujours confrontées à d’importantes pénuries de main‑d’œuvre, comme en témoignent les taux de postes vacants qui ont plus que doublé par rapport à leurs niveaux prépandémiques.

Le huard

Il est difficile d’ignorer ce graphique. Le huard a commencé l’année 2022 à 0,79 $ US pour la terminer tout juste sous la barre des 0,74 $ US. Les Services économiques FAC prévoient que le huard continuera de perdre de la valeur au début 2023 (figure 4). Il devrait s’échanger à environ 0,70 $ US au deuxième trimestre de 2023 avant de remonter doucement vers la fin de 2023.

Si le dollar canadien s’est apprécié par rapport à l’euro et aux devises de plusieurs autres grands pays producteurs de biens agricoles tout au long de 2022, sa récente chute par rapport à l’euro en 2022 a annulé presque tous les gains réalisés. C’est une arme à deux tranchants, car la dépréciation relative du huard rend les importations en provenance de ces pays plus coûteuses, mais elle permet aux exportations canadiennes d’être relativement plus concurrentielles sur les marchés mondiaux.

Figure 4 : La valeur du huard devrait augmenter en 2023

Graphique montrant le Figure 4 : La valeur du huard devrait augmenter en 2023 Sources : Les Services économiques FAC, Statistique Canada

Ratios stocks-utilisation

À la fin de l’année de commercialisation 2022‑2023, les ratios stocks‑utilisation à l’échelle mondiale devraient être faibles pour les cultures qui sont les principales exportations du Canada (figure 5). Les stocks de céréales secondaires et de blé sont inférieurs à leurs précédentes moyennes quinquennales respectives, tout comme le soya et les stocks totaux d’oléagineux. Les stocks mondiaux de canola touchent le fond du baril après la mauvaise récolte qu’a connue le Canada en 2021. En 2021‑2022, le ratio stocks‑utilisation du canola à l’échelle mondiale était à son plus bas niveau depuis 2003‑2004 tandis que le ratio du Canada avoisinait le creux record établi en 2012‑2013.

Figure 5 : En 2022‑2023, les stocks mondiaux devraient diminuer en deçà de leurs moyennes quinquennales;

Graphique montrant le Figure 5 : En 2022-2023, les stocks mondiaux devraient diminuer en deçà de leurs moyennes quinquennales Source : Rapport WASDE de l’USDA

Il sera important de surveiller la production de soya hâtif et de maïs en Amérique du Sud au cours des mois d’hiver, car toute baisse imprévue exercera une pression accrue sur les ratios.

Coûts des intrants

Depuis la pandémie, la production d’engrais a été soumise à de nombreux chocs graves s’exerçant sur l’offre qui ont fait exploser les prix (figure 6). Que ce soit en raison des dommages causés par les conditions climatiques aux usines de fabrication d’engrais situées aux États‑Unis et au Pakistan, du maintien par la Chine de l’interdiction d’exporter du phosphate ou des répercussions de la Guerre en Ukraine sur les exportations de gaz naturel de la Russie, les producteurs d’engrais à l’échelle mondiale ont pour l’essentiel été incapables de suffire à la demande.

Si le prix du gaz naturel néerlandais a baissé de façon marquée au quatrième trimestre de 2022, les prix dans d’autres centres européens demeureront volatils, ce qui limitera davantage la production d’engrais de l’Union européenne. Les prix du gaz naturel de l’UE établiront les prix planchers mondiaux de l’ammoniaque et d’autres engrais en 2023.

Figure 6 : Nous n’avons pas fini de souffrir des prix élevés des intrants

Graphique montrant le Figure 6 : Nous n’avons pas fini de souffrir des prix élevés des intrants Sources : Prix des intrants de culture en Alberta et Ressources naturelles Canada

Les stocks de distillat des États‑Unis (par exemple le diesel et le mazout de chauffage) ont diminué en septembre, octobre et novembre 2022 à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis les années 1950. Les stocks faibles ont fait grimper de façon marquée le prix du diesel, et l’écart entre le prix de l’essence et du diesel a franchi la barre de 0,50 $ le litre en décembre. Nous surveillons la situation, car le diesel est le principal carburant de l’économie et la faiblesse des stocks de distillat continuera de maintenir à des niveaux élevés les prix de l’énergie déjà gonflés. À l’avenir, l’offre de diesel aux États‑Unis et ailleurs dans le monde devrait se resserrer encore plus en raison de l’entrée en vigueur en février 2023 de l’embargo de l’UE sur les importations de diesel russe.

Porc

Les exportations de porc ont été marquées par une demande record et des prix élevés depuis que la peste porcine africaine a décimé le cheptel porcin de la Chine en 2018‑2019. Pendant que la Chine reconstitue son cheptel, le Brésil s’est révélé être un fournisseur de plus en plus important alors que les exportations en provenance de l’UE, des États‑Unis et du Canada devraient continuer d’afficher une tendance baissière (figure 7). Figurant parmi les quatre plus grands exportateurs mondiaux, le Brésil a accru sa part des exportations totales de 51,1 %, entre 2017 et 2023, en tenant compte des prévisions établies pour l’année qui commence. Les États‑Unis et le Canada ont perdu chacun une part de marché totale inférieure à 5 % tandis que la part de l’UE a chuté de 8,7 % au cours de la même période. Le Brésil est le plus grand fournisseur de porcs de l’Amérique du Sud et de la Chine et on prévoit une hausse de ses exportations vers les Philippines, où la peste porcine africaine demeure une menace.

Figure 7 : Gains réalisés par le Brésil sur les marchés mondiaux d’exportation du porc au détriment des trois autres grands exportateurs

Graphique montrant le Figure 7 : Gains réalisés par le Brésil dans les marchés mondiaux d’exportation du porc au détriment des trois autres grands exportateurs Source : Rapport WASDE de l’USDA

Même si les États‑Unis et l’UE sont des exportateurs considérablement plus importants que le Brésil, celui‑ci s’apprête à ravir la place du Canada à titre de troisième fournisseur mondial de porc. Nous surveillerons les tendances en matière de croissance des exportations et des importations cette année.

Bœuf et bovins

Le cheptel bovin affiche le plus haut taux d’abattage des génisses en tant que pourcentage des abattages totaux depuis au moins 2013, par conséquent, le cheptel bovin d’Amérique du Nord devrait afficher la plus grande contraction du nombre de bêtes au 1er janvier 2023 (figure 8). Dans un effort visant à compenser le coût extrêmement élevé de l’alimentation animale, les producteurs ont décidé de réformer leurs génisses au lieu de les conserver et d’accroître leur cheptel. Si cette décision permet d’améliorer la situation à court terme, elle entraînera des répercussions profondes sur la production bovine en Amérique du Nord.

Figure 8 : Le cheptel bovin nord‑américain devrait se contracter

Graphique montrant le Figure 8 : Le cheptel bovin nord-américain devrait se contracter Sources : Canfax, Statistique Canada, USDA et calculs de FAC

Consommation des ménages

La pandémie a complètement changé la donne en matière de consommation et nous n’avons pas repris nos anciennes habitudes. Les Canadiennes et les Canadiens ont cessé de fréquenter les services de restauration et les débits de boissons pendant les premières deux années et demie de la COVID‑19 et ont acheté davantage d’aliments et de boissons dans les points de vente au détail. Alors que nous entamons la troisième année de la pandémie, les achats d’aliments suivent plus étroitement la tendance sur dix ans (figure 9). Néanmoins, la demande des consommateurs en ce qui a trait aux restaurants et aux repas prêts à manger reste forte, en dépit des tensions inflationnistes exercées sur ces achats discrétionnaires.

Entre 2015 et 2019, les ventes du secteur de la restauration ont représenté 37 % des ventes au détail de produits alimentaires au Canada. Si les ventes ont chuté pendant la pandémie, en septembre 2022, elles s’étaient complètement rétablies, représentant désormais 38 % des ventes (et 48 % aux États-Unis). Les ventes du secteur de la restauration devraient dépasser la barre des 50 % de la consommation alimentaire totale aux États-Unis dans les prochaines années.

Figure 9 : Les achats dans le secteur de la restauration se sont rétablis et s’apprêtent à dominer les ventes de produits alimentaires

Graphique montrant le Figure 9 : Les achats dans le secteur de la restauration se sont rétablis et s’apprêtent à dominer les ventes de produits alimentaires Source : Statistique Canada

En 2023, nous surveillerons dans quelle mesure la tendance à long terme observée avant la pandémie se maintient. Étant donné que la possibilité d’une récession se dessine au début de 2023 et que la tendance haussière dans le secteur de la restauration amorce un recul, nous verrons si les bouleversements engendrés par la pandémie sont terminés.

Stocks de matériel agricole

Les ruptures de chaîne d’approvisionnement ont fait les manchettes au cours des deux dernières années et, en 2023, la chaîne agroalimentaire canadienne aura peut‑être la possibilité d’anticiper et d’échapper à certains bouleversements. Notre dernier graphique à surveiller cette année examine l’évolution de la valeur des commandes en carnet des fabricants de matériel agricole canadiens (figure 10). La tendance est une bonne approximation des niveaux des ventes et de stocks de matériel agricole, puisqu’elle indique l’état des précommandes des fabricants d’équipement.

Figure 10 : Il est nécessaire de résoudre les problèmes de chaîne d’approvisionnement pour rétablir l’offre de matériel agricole

Graphique montrant le Figure 10 : Il est nécessaire de résoudre les problèmes de chaîne d’approvisionnement pour rétablir l’offre de matériel agricole Source : Statistique Canada

Les ventes d’équipements ont été inégales en 2022, après avoir enregistré une solide performance en 2021. La solidité constante des recettes tirées des cultures en 2022 a soutenu la demande de matériel agricole neuf et d’occasion. À la fin de 2022, les stocks de matériel neuf pour l’agriculture étaient inférieurs de près de 50 % à leur moyenne sur cinq ans et ils devraient demeurer restreints jusqu’à la fin de 2024. En 2023, l’évolution des ventes de matériel agricole dépendra en grande partie de la rapidité avec laquelle la chaîne d’approvisionnement se rétablira et les fabricants d’équipement livreront les commandes en carnet. Les solides ventes de matériel agricole enregistrées au Canada et aux États‑Unis devraient faire diminuer davantage les stocks de matériel agricole neuf et d’occasion.


Martha Roberts
Rédactrice économique

Membre de l’équipe des Services économiques depuis 2013, Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie les risques et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Martha compte 25 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats aux spécialistes de l’industrie. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, et d’une maîtrise en beaux-arts en écriture non fictive de l’Université de King’s College.

@MJaneRoberts