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Aperçu de la situation macroéconomique du quatrième trimestre de 2023 : parlons des taux d’intérêt

6 déc. 2023
6,5 min de lecture

Des trimestres consécutifs de croissance économique anémique, combinés à des données sur l’inflation qui continuent d’évoluer lentement dans la bonne direction, ont fait basculer les conversations sur la politique monétaire, qui portent maintenant sur une réduction des taux d’intérêt plutôt qu’une augmentation. Les Services économiques FAC prévoient des réductions de 75 points de base (pdb) du taux du financement à un jour à partir du second semestre de 2024. Toutefois, les rendements à long terme diminueront probablement beaucoup plus tôt, ce qui fera également reculer les coûts d’emprunt à long terme.

La faiblesse de la croissance économique accentuera le déclin de l’inflation

L’indice des prix à la consommation (IPC) publié en octobre comportait à la fois des aspects positifs et négatifs. Du côté positif, le taux d’inflation en glissement annuel est tombé à 3,1 % en octobre, ce qui représente une amélioration significative par rapport aux niveaux de septembre et d’août (respectivement de 3,8 % et de 4,0 %). Cependant, ce taux reste supérieur à l’objectif d’inflation de 2,0 % fixé par la Banque du Canada (BdC).

De plus, les données sont moins positives lorsqu’on examine les mesures de l’inflation de base (c’est-à-dire exclusion faite des composantes les plus volatiles de l’IPC). Les deux mesures préférées de l’inflation de base de la BdC, l’IPC-méd et l’IPC-tronq, ont toutes deux diminué en octobre (respectivement à 3,6 % et à 3,5 %). Bien qu’il s’agisse d’une amélioration par rapport aux mois précédents, ces taux restent élevés et bien supérieurs aux niveaux d’avant 2021. Une autre mesure de l’inflation de base – l’ensemble des articles hors alimentation et énergie – a en fait légèrement augmenté en octobre, passant de 3,2 % à 3,4 %.

Quelle que soit la mesure privilégiée, les taux élevés de l’inflation de base indiquent que les pressions sur les prix ne se sont pas relâchées autant ou aussi rapidement que la BdC le souhaiterait. Ces tendances inflationnistes sous-jacentes tenaces sont l’une des principales raisons pour lesquelles la BdC a maintenu son taux du financement un jour à 5,00 % le 6 décembre et pour lesquelles nous prévoyons qu’il restera à ce niveau pendant encore deux trimestres.

La faiblesse persistante de la croissance du PIB en 2024 devrait réduire l’inflation de manière suffisamment durable pour permettre à la BdC de commencer à abaisser le taux du financement à un jour. L’autorité monétaire comprend que les ménages subiront un choc de taux (par exemple, lors des renouvellements de prêts hypothécaires). Elle verra à l’atténuer dès qu’elle sera convaincue que l’inflation diminue de manière durable. Bien que la BdC ne prévoie pas que l’inflation atteigne la cible de 2,0 % avant la fin de 2025, les Services économiques de FAC pensent qu’elle y parviendra bien plus tôt.

C’est surtout parce que nous voyons d’un moins bon œil l’évolution de la croissance du PIB. Lorsque la croissance ralentit – ou, comme le dit le gouverneur Macklem, lorsque les forces de l’offre et de la demande dans l’économie se rapprochent de l’équilibre – les pressions sur les prix devraient s’atténuer et les taux d’inflation, diminuer.

À moins d’une remontée inattendue des attentes en matière d’inflation et de la croissance salariale, le taux du financement à un jour a probablement plafonné [en anglais seulement]. Avec les baisses attendues du taux du financement à un jour, ceux qui ont effectué des emprunts à taux variable bénéficieront d’un certain répit au second semestre de 2024.

Les marchés des capitaux s’attendent à des baisses plus vigoureuses du taux du financement à un jour. Au 6 décembre, les marchés tiennent compte entièrement d’une première réduction des taux en juin, avec une probabilité à 50-50 que des baisses interviennent dès le mois d’avril. Au total, ils anticipent une diminution de 100 points de base du taux du financement à un jour en 2024.

Figure 1 : Les Services économiques FAC prévoient des baisses du taux du financement à un jour à partir du second semestre de 2024
Figure 1. Les Services économiques de FAC prévoient des baisses du taux du financement à un jour à partir du second semestre de 2024

Source : Services économiques FAC

Les taux fixes reculeront-ils en 2024?

Au cours de ce trimestre, les taux de rendement des marchés obligataires ont connu des montagnes russes. Il est important d’évaluer les variations et les rendements des marchés obligataires, car ces rendements sont le principal facteur qui détermine les taux fixes aux fins d’emprunt.

Au cours des trois derniers mois, le rendement des obligations du gouvernement du Canada à 5 ans a monté d’environ 50 points de base et ensuite fléchi d’environ 100 points de base. La dernière fois que le rendement à 5 ans a enregistré une volatilité similaire, c’était en mars, lorsque les investisseurs se sont inquiétés de la manière dont la Réserve fédérale réagirait à la crise, par suite des faillites bancaires aux États-Unis.

Les variations des rendements obligataires canadiens sont étroitement liées aux variations des rendements obligataires américains. Par exemple, si l’on remonte à 1990, la corrélation entre les rendements à 5 ans dans les deux pays s’élève à 95 % (figure 2).

Figure 2 : Les rendements obligataires canadiens sont fortement corrélés aux rendements obligataires américains
Figure 2. Les rendements obligataires canadiens sont fortement corrélés aux rendements obligataires américains

Sources : Statistique Canada, Trésor américain

Par conséquent, les événements économiques qui surviennent aux États-Unis nous donnent des indications sur les rendements futurs des titres du gouvernement du Canada. Nous pensons que la Réserve fédérale (Fed) en a probablement fini avec les hausses de taux dans ce cycle de resserrement (tableau 1). À mesure que les marchés se feront une idée plus précise du rythme des réductions de taux aux États-Unis, les rendements obligataires américains et canadiens devraient continuer à baisser par rapport à leurs niveaux actuels. La courbe des taux pourrait s’inverser encore davantage à court terme. Cependant, une fois que la BdC commencera à réduire ses taux, l’inversion devrait s’atténuer, ouvrant la voie au retour d’une courbe des taux normale ou à pente positive (ce que nous ne prévoyons pas avant le second semestre de 2025).

Que se passe-t-il avec le dollar canadien?

Les dernières années ont été difficiles pour le dollar canadien, qui n’a cessé de perdre du terrain face à la devise américaine. Alors qu’il valait 78 cents américains au début de 2022, il a atteint récemment son point le plus bas depuis plusieurs années, autour de 72 cents. Cette dépréciation s’est produite malgré la résilience affichée par les prix du pétrole pendant cette période. Le principal facteur à l’origine des déboires du huard est la vigueur du dollar américain, qui a été alimentée par la fermeté de la Fed et les rendements obligataires élevés qui ont attiré les capitaux étrangers aux États-Unis. À noter que l’affaiblissement de la corrélation entre le prix du pétrole et le dollar canadien a commencé lorsque la Fed a commencé à relever les taux d’intérêt au début de 2022 (figure 3). Ce n’est pas une coïncidence.

Figure 3 : Le dollar canadien semble sous-évalué compte tenu du prix actuel du pétrole
Figure 3. Le dollar canadien semble sous-évalué compte tenu du prix actuel du pétrole

Sources : Gouvernement de l’Alberta, Moody’s Analytics

La vigueur du dollar américain pourrait se poursuivre à court terme si l’incertitude et la peur s’emparent des marchés, incitant les investisseurs à se tourner en masse vers des actifs américains sûrs tels que les obligations du Trésor. Cependant, comme au cours des cycles précédents, cette période de vigueur du billet vert prendra fin un jour. Le dollar canadien aura alors l’occasion de rebondir.

Résumé des prévisions concernant les principales variables économiques

Le tableau ci-dessous résume les prévisions des Services économiques FAC concernant certaines variables économiques.

Tableau 1 : Prévisions concernant les principales variables économiques
Tableau 1. Prévisions concernant les principales variables économiques.

Sources : Services économiques FAC, Bloomberg

x.com/Graeme_Crosbie
Graeme Crosbie

Économiste principal

Graeme Crosbie est économiste principal à FAC. Ses domaines d’intérêt portent notamment sur l’analyse et les perspectives macroéconomiques et sur l’analyse et la surveillance de l’industrie agroalimentaire canadienne. Ayant grandi sur une ferme laitière dans le sud de la Saskatchewan, il formule à l’occasion des observations sur la santé de l’industrie laitière du Canada.

Graeme est employé à FAC depuis 2013 et a consacré la plus grande partie de ces années à la gestion du risque. Il détient une maîtrise en gestion avec spécialisation en économie financière de l’Université de Cardiff ainsi que le titre d’analyste financier agréé (CFA).