Passer au contenu principal

Repenser l’avenir du travail dans l’industrie agricole canadienne

  • 7,5 min de lecture

Qu’est-ce que les agriculteurs ont en commun avec les solutions de haute technologie, les logiciels et les résultats axés sur des données? Tout, selon un récent rapport de la RBC intitulé Agriculteur 4.0 : Comment les prochains développements de connaissances peuvent transformer l’agriculture.

Le rapport souligne que le Canada doit se prévaloir de « l’Internet de l’agriculture ». Il souligne que le secteur agricole canadien pourrait être évalué à 11 milliards de dollars d’ici 2030. Pour parvenir à ce chiffre, le rapport recommande de repenser complètement la formation agricole et de se concentrer davantage sur les jeunes et sur le bassin grandissant de nouveaux Canadiens.

Il indique que la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 123 000 travailleurs d’ici 2030, en raison de l’explosion des départs à la retraite chez les baby-boomers.

Le rapport a été rédigé avant l’apparition de la pandémie de COVID-19, en mars, qui est venue bouleverser la production et la transformation des aliments, les chaînes d’approvisionnement et les demandes des consommateurs. Cette situation très changeante continue d’avoir un impact sur l’agriculture, en particulier sur la main-d’œuvre, car les travailleurs étrangers temporaires doivent se soumettre à des protocoles d’auto-isolement lorsqu’ils entrent au pays, avant de commencer à travailler.

L’innovation avant tout

La pénurie de travailleurs dans l’agriculture est une bonne nouvelle pour des gens comme Heather Watson. La directrice générale de Gestion agricole du Canada estime que le rapport recèle de nombreuses possibilités pour le secteur.

Si nous pouvions consacrer autant d’énergie à la pénurie de main-d’œuvre en agriculture qu’au rendement et aux taux de croissance, imaginez ce que nous pourrions accomplir.

« La rareté engendre la créativité, et les problèmes conduisent à une pensée novatrice », affirme Mme Watson. « Il est important de rappeler que le secteur agricole trouve son origine dans l’innovation et la résolution de problèmes. Si nous pouvions consacrer autant d’énergie à la pénurie de main-d’œuvre qu’au rendement et aux taux de croissance, imaginez ce que nous pourrions accomplir. »

Selon Mme Watson, les écoles primaires canadiennes sont un élément clé pour endiguer l’exode agricole. Elle estime qu’il existe aujourd’hui de bons programmes tels qu’Agriculture en classe Canada, les 4-H, le Mois de sensibilisation à l’agriculture et L’agriculture plus que jamais, mais que cela ne suffit pas.

« Tout comme les sciences, l’arithmétique et la littérature ont leur place dans notre programme d’études, nous devrions insister pour que l’agriculture, notamment la durabilité qui en est l’aspect central, soit reconnue comme un sujet d’égale importance », déclare Mme Watson, ajoutant que tous ont un rôle à jouer, mais qu’aucun groupe n’est plus important que les conseillers en orientation. « Nous avons besoin que ces influenceurs prennent conscience des occasions et des possibilités et nous aident à attirer les jeunes vers l’agriculture. »

Diffuser le message

Mike von Massow, économiste agricole et professeur associé à l’Université de Guelph, est d’accord. Il pense que les jeunes ont simplement besoin qu’on leur parle des possibilités en agriculture et qu’ils deviendront accros.

« Nous devons faire comprendre qu’il s’agit d’un métier qui permet de gagner de l’argent, de relever des défis et de mener une carrière intéressante », explique M. von Massow. « Ces emplois ne consistent pas seulement à s’asseoir sur un tracteur et à se promener dans un champ. »

Il voit un nombre croissant d’enfants de milieux urbains s’inscrire à des programmes agricoles parce qu’ils pensent que ces derniers offrent quelque chose d’unique, au-delà des stéréotypes concernant les longues heures et le travail pénible.

L’évolution des compétences mise en évidence dans le rapport confirme que l’agriculture est moins liée aux salopettes et aux mains sales qu’à des habiletés non techniques telles que les ressources humaines, l’encadrement personnalisé et un sous-ensemble croissant de connaissances en gestion de données.

« Nous disposons d’un nombre croissant de technologies pour recueillir des volumes incroyables de données », explique M. von Massow. « Là où nous sommes à la traîne, c’est dans la capacité de traiter ces données et d’en tirer des renseignements. Cet aspect va devenir de plus en plus important pour les exploitations agricoles. »

Reconnaître la gestion des processus d’affaires

Pour recevoir et exploiter l’information fournie par les données clés, il faut un nouveau type de travailleurs agricoles et, comme le dit Mme Watson, « faites de votre mieux, embauchez pour le reste ».

« L’agriculteur de demain ne doit pas nécessairement avoir autant de compétences en informatique qu’en agronomie, mais il doit s’assurer que cet élément important de la gestion agricole est couvert, soit en veillant à ce que lui-même ou d’autres membres de l’équipe de la ferme reçoivent la formation requise, soit en s’appuyant sur des experts de l’extérieur », dit Mme Watson. « Le gestionnaire de l’exploitation agricole qui réussira sera celui qui reconnaîtra les besoins de la ferme en matière de gestion des processus d’affaires, et qui mettra en place des mesures pour s’assurer que ces besoins sont satisfaits. »

À l’heure actuelle, certains de ces besoins concernent la COVID-19 et les protocoles de sécurité requis au sein des exploitations agricoles. Certains secteurs, comme la production de fruits et de légumes, vivent une situation difficile et sont confrontés à une pénurie de main-d’œuvre étrangère en raison de la fermeture des frontières dans le monde entier. M. von Massow croit que la pandémie va accélérer l’automatisation, un phénomène qu’il constatait déjà dans l’ensemble de l’industrie, mais à un rythme plus lent.

« Les gestionnaires d’exploitations agricoles se rendront compte de leur vulnérabilité et je pense que cela accélérera le rythme et le degré d’automatisation », déclare M. von Massow.

Éviter les perturbations

M. von Massow pense que la diversification de la chaîne d’approvisionnement sera plus nécessaire à l’avenir, et il cite l’éclosion de cas de COVID-19 à l’usine de transformation du bœuf de Cargill, près de Calgary (la plus grande du Canada), et sa fermeture subséquente pour illustrer les perturbations qui surviennent lorsqu’un rouage clé du système s’arrête soudainement.

« Une certaine diversification de vos canaux de commercialisation vous protégera contre ces perturbations, qu’il s’agisse de la COVID ou d’un autre événement », affirme-t-il.

Cela remonte en partie au fondement des futurs gestionnaires et dirigeants agricoles du Canada : l’éducation. Alors que de nombreux collèges et universités visaient autrefois le retour rapide des étudiants à la ferme, les programmes offrent aujourd’hui de nombreux axes, notamment la numérisation des données agricoles, la robotique avancée, le journalisme et l’électronique, d’expliquer Mme Watson.

Elle ne pense pas non plus que l’agriculteur traditionnel disparaîtra de sitôt, même si l’on met de plus en plus l’accent sur une expertise agricole plus étendue.

« Une chose est sûre, malgré toute la mécanisation et tous les changements apportés aux processus de production, le gestionnaire d’exploitation agricole ne sera jamais remplacé par une machine et continuera d’avoir besoin d’aide pour appliquer les compétences commerciales nécessaires pour prendre des décisions éclairées qui lui assureront le succès », explique-t-elle.

En conclusion

Un rapport récent prévoit que le secteur agricole canadien pourrait être confronté à une pénurie de 123 000 travailleurs d’ici 2030. Les experts de l’industrie agricole affirment que l’agriculture et la durabilité devraient être au cœur des programmes d’études, au même titre que les sciences et la littérature, ce qui permettrait d’accroître l’intérêt et les possibilités d’emploi dans le secteur. D’ici à 2030, des emplois comme ceux d’analyste des données, de coach personnel ou d’affaires, de gestionnaire d’exploitation agricole et de développeur de produits sont appelés à devenir des rôles clés à la ferme.

Heather Watson, de Gestion agricole du Canada, et Mike von Massow, de l’Université de Guelph, font part de leurs prévisions concernant les trois principaux emplois les plus recherchés dans le secteur agricole d’ici 2030. S’il existe un consensus sur le fait que le passage à des solutions de haute technologie sera un moteur essentiel pour l’économie agricole canadienne, d’autres compétences seront probablement jugées tout aussi importantes.

Heather Watson :

  • Gestionnaire d’exploitation agricole
    « Pas nécessairement la même personne que le propriétaire ou l’exploitant, mais une personne chargée de veiller au respect des exigences en matière de gestion des processus d’affaires de l’exploitation agricole. Il peut s’agir d’une personne embauchée par le propriétaire ou l’exploitant. »
  • Analyste de données
    « [Cela englobe] les questions de production, d’efficacité financière, d’efficacité du travail, etc., qui aident le gestionnaire de l’exploitation agricole à prendre des décisions de gestion. »
  • Coach personnel ou d’affaires
    « [Le coach] offrira aux agriculteurs un point de vue différent sur leurs défis et occasions sur les plans personnel et professionnel. »

Mike Von Massow :

  • Agriculteur
    « Nous avons besoin de gestionnaires brillants et ayant une approche stratégique dans les domaines de l’agriculture et de la production alimentaire. Nous avons besoin de gens qui sont performants dans ce domaine et qui font les choses différemment. C’est d’une importance capitale. »
  • Développeur de produits
    « Des gens qui regardent les types de choses que nous pouvons produire et les transforment en occasions significatives pour les consommateurs... c’est la combinaison de compétences en marketing et en sciences alimentaires qui, je pense, offre d’énormes possibilités. »
  • Analyste de données
    « Des personnes capables de prendre des données et non seulement d’analyser, mais aussi d’articuler ce qu’elles signifient; cette combinaison est d’une importance capitale. La capacité à prendre des données et à les rendre significatives et exploitables permettra aux gestionnaires des différentes étapes de la chaîne de valeur de tirer parti de l’information que nous obtenons. »

Article par : Trevor Bacque