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Quatre étapes pour passer du conflit à la collaboration dans les familles d’agriculteurs

  • 6 min de lecture

Les conflits sont inévitables. Ils font partie de l’expérience humaine. Les opinions contradictoires peuvent créer des flammèches, mais si l’on préconise une culture de respect, une communication ouverte et des valeurs communes à la ferme, ces divergences peuvent favoriser l’innovation.

La famille Keddy, comme la plupart des familles d’agriculteurs qui vivent et travaillent ensemble, le sait d’expérience. À leur ferme familiale située dans la luxuriante vallée de l’Annapolis, en Nouvelle-Écosse, les affaires de la ferme s’invitent souvent à table à l’heure des repas.

« Lorsqu’on exploite une ferme familiale, les affaires s’immiscent toujours dans le quotidien », dit Phillip Keddy, qui dirige l’exploitation familiale de production de matériel de pépinière et de patates douces avec sa femme Katie et ses parents, Charles et Doris.

Comme la gestion agricole s’entremêle à la vie de famille, le règlement des situations conflictuelles peut s’avérer une tâche ardue pour les gestionnaires d’exploitation agricole. Certains tentent d’éviter complètement les conflits; ils reportent les discussions difficiles, ignorent les questions qui divisent et s’accrochent coûte que coûte au statu quo.

Pour l’entreprise de deuxième génération de la famille Keddy, la réussite repose sur une culture de communication ouverte et de respect.

Commencer jeune

« Dès le plus jeune âge, on nous a incités à prendre de petites décisions, sachant qu’un jour, nous aurions à prendre des décisions importantes », explique Phillip Keddy. Encouragé par ses parents, lorsqu’il est revenu à la ferme familiale après ses études, il a essayé quelque chose de nouveau pour l’entreprise de production de matériel de pépinière : les patates douces. Aujourd’hui, Valley Harvest Sweet Potatoes produit plus d’un million de livres de patates douces, une culture inusitée pour cette région de l’Atlantique, et un virage lucratif pour cette entreprise, qui n’aurait peut-être pas eu lieu si les Keddy n’étaient pas disposés à discuter de nouvelles idées à l’heure des repas.

De nombreuses familles d’agriculteurs se déchirent parce qu’elles n’ont pas adopté de bonnes pratiques de communication, dit Elaine Froese, coach certifiée auprès des familles d’agriculteurs et spécialiste de la planification du transfert et de la résolution des conflits à la ferme.

« Il faut voir les choses autrement : les conflits ne sont pas négatifs; ils permettent de mettre les choses au clair. »

« Les gens présument des idées, des sentiments, des besoins ou des désirs des autres », explique-t-elle.

Mme Froese consacre une grande part de son temps à aider des clients à comprendre leur propre style de communication et la façon dont celui-ci alimente les conflits.

« Beaucoup de producteurs sont réactifs ou lieu d’être proactifs. Il faut voir les choses autrement : les conflits ne sont pas négatifs; ils permettent de mettre les choses au clair. »

Transformer les conflits en possibilités

Réunir des points de vue : Essayez de vous mettre à la place de l’autre pour comprendre son point de vue. Établissez le dialogue, posez des questions, lancez des idées et soyez à l’écoute. Les conflits naissent souvent de la peur de ce qui pourrait arriver. « Il est judicieux de demander : de quoi as-tu peur? », souligne Mme Froese.

Phillip Keddy affirme que ses parents ont toujours été ouverts à ses commentaires. « Nous avons des idées et des aspirations pour la ferme, et nos parents l’acceptent. »

Ce climat de collaboration est porteur d’idées nouvelles qui cadrent avec l’entreprise existante. Les patates douces comblent maintenant un fossé naturel dans l’entreprise de production de matériel de pépinière. En effet, cette culture permet à la main-d’œuvre des Keddy de rester occupée durant les périodes où la production de matériel de pépinière tourne au ralenti.

Gérer les émotions : « Il est essentiel de pouvoir exprimer ses émotions », souligne Mme Froese. La contrariété, la colère et la frustration sont des émotions fréquentes qui se cachent derrière les conflits. La compréhension des causes profondes d’une réaction émotionnelle peut être la clé pour discuter des sujets difficiles. Préparez-vous à confronter les émotions, sans toutefois vous laisser abattre par celles-ci.

S’il est possible d’examiner les points forts et les points faibles des décisions d’affaires et d’en discuter de façon posée, il y a plus de place à l’innovation. L’acquisition d’une saine résilience à l’échec est aussi importante que la recherche du succès si l’on veut assurer la viabilité et la pérennité d’une entreprise familiale.

« Au fil des ans, mon père a parfois appris à la dure; on commet des erreurs et on apprend de celles-ci, et c’est comme ça qu’une entreprise s’améliore, explique Phillip Keddy. Il a compris qu’il est essentiel de commettre de petites erreurs afin d’en tirer des enseignements, ce qui contribue à renforcer l’entreprise. »

Faire preuve de curiosité et trouver un intérêt commun : « Quand vous connaissez les désirs profonds de chacun, cela vous dicte la voie à suivre », explique Mme Froese. Parlez de vos objectifs communs pour l’entreprise et pour votre famille.

Si les Keddy consacrent le plus clair de leur temps à leur partie respective de la ferme, les décisions importantes se prennent en famille – et la priorité absolue est accordée à l’entreprise.

« Par exemple, si nous envisageons d’agrandir un bâtiment, illustre Phillip Keddy, c’est une décision qui revient à toute la famille. Nous ne nous lançons pas sans réfléchir. »

Pour donner une nouvelle orientation à l’entreprise, les Keddy ont d’abord investi dans des semis expérimentaux pendant cinq ans, puis ils ont investi considérablement dans l’infrastructure en faisant construire un nouveau bâtiment destiné au traitement des cultures.

« Nos décisions sont mûrement réfléchies; nous ne nous entendons pas toujours sur le résultat, mais en définitive, nous mettons tous la main à la pâte pour que les idées se concrétisent. »

Créer un plan : Si une solution demande du temps, il faut prendre le temps nécessaire. Il faut laisser la poussière retomber et marquer un temps d’arrêt si des tensions apparaissent. Avant même que des points de vue contradictoires et des opinions divergentes fassent surface, les familles d’agriculteurs peuvent s’assurer d’avoir un plan d’action en cas de conflit. « Certaines familles se dotent d’une politique de participation familiale, certaines appellent cela un code de déontologie, et d’autres, une charte familiale, explique Mme Froese. Quel que soit le nom choisi, cela résume l’entente conclue et la façon dont les parties ont convenu de se comporter. »

« Votre profession est déjà très stressante. La capacité de gérer efficacement les conflits atténuera votre stress. C’est déjà beaucoup. »

Pour les Keddy, il s’agit de prendre une longueur d’avance et d’incarner pour la prochaine génération la culture de confiance et de communication qui les a déjà conduits si loin.

L’automne dernier, les enfants Keddy ont vendu toutes leurs citrouilles à leur étalage routier, à la grande surprise de leur père, Phillip, qui était sceptique (sans toutefois le dire) quant à leur choix de variétés. En fin de compte, les résultats montrent que les enfants ont eu raison de suivre leur instinct au sujet de l’attrait pour les « citrouilles bizarres » en 2020.

Ces premières petites décisions, et les innovations qui en découlent — même si l’idée semble contestable à première vue — contribuent aux réussites futures. « Nous entretiendrons cette philosophie d’entreprise à mesure que les enfants grandiront », affirme M. Keddy. C’est le juste milieu où la collaboration l’emporte sur les conflits.

D’après un article de l’AgriSuccès par Emily Leeson.


Voir aussi

Une bonne communication entre les gestionnaires d’exploitations agricoles et le personnel peut contribuer à prévenir les conflits.