D’initiative locale à mouvement national : les origines de Hay West

Willard McWilliams et son fils Wyatt ont vécu toute leur vie à la ferme familiale de Navan, en Ontario, tout juste à l’est d’Ottawa. Pour eux, pratiquer l’agriculture n’est pas qu’une simple question de production; c’est aussi prendre soin de la terre, des animaux et du milieu agricole au sens plus large.
En 2002, une grave sécheresse a frappé les Prairies et transformé les champs en terres arides. Bon nombre d’éleveuses et d’éleveurs de bovins ont alors dû faire un choix déchirant : vendre leurs troupeaux ou les regarder mourir de faim. Willard a perçu un besoin et compris qu’il était particulièrement bien placé pour offrir de l’aide. De ce constat est née Hay West, une initiative qui, en plus de démontrer la capacité de leadership du milieu agricole en temps de crise, a permis de transformer une vision en un élan d’entraide incroyable.
Willard : « Un matin, j’ai allumé la télévision et j’ai vu un homme debout dans un champ désolé; j’ai tout de suite su que nous devions agir. Je me suis dit : “Nous avons trop de fourrage ici, trop de foin. Pourquoi ne pas l’acheminer aux personnes qui en ont besoin?” »
De cette simple réflexion est née l’initiative Hay West, qui a permis de mobiliser la communauté agricole, les compagnies de chemin de fer, les gouvernements et la population canadienne pour transporter des dizaines de milliers de tonnes de foin partout au pays.
Willard : « Les agricultrices et les agriculteurs ont toujours su prendre soin de leurs proches, mais parfois, les besoins viennent d’ailleurs. »
Wyatt, lui, se remémore la façon dont les expériences du passé ont façonné leur approche.
Wyatt : « Dans les années 1960, il y a eu une grande sécheresse, et nous avons dû faire venir du foin de l’ouest de l’Ontario. Puis, une vingtaine d’années plus tard, le Manitoba a été frappé à son tour, et mon père a offert son aide. Nous avions donc déjà vécu ce genre de situation. En 2002, nous avons obtenu l’une des meilleures récoltes de tous les temps. Il y avait des tonnes de foin de qualité. En juillet, nous en étions déjà à notre deuxième récolte. Aucun doute : nous avions du fourrage en abondance. La quantité et la qualité étaient au rendez-vous. »
Willard a demandé aux politiciennes et aux politiciens de sa région de commencer à faire passer le mot : ils avaient des surplus de foin pour les exploitations de l’Ouest.
Willard : « Nous connaissions quelques figures politiques en ville. Dès 6 h 30 le matin, je suis allé frapper à des portes et j’ai vu qui arrivait au travail avant 8 h. Puis, à 10 ou 11 h, on tenait une conférence de presse. Par la suite, les choses ont rapidement pris de l’ampleur. Nous avions déjà réalisé quelques projets dans la communauté, alors les gens nous faisaient confiance. Les propriétaires d’exploitations agricoles nous soutenaient, car que l’on soit en Ontario ou en Alberta, le beuglement des vaches qui n’ont rien à manger, ça prend aux tripes. Tout le monde a tout de suite compris, et une fois le processus enclenché, rien n’a pu nous arrêter. »
Wyatt : « Le téléphone s’est mis à sonner sans arrêt. Une ferme avait du foin à donner, puis une autre. Tout le monde voulait participer à l’effort : les compagnies de chemin de fer, les entreprises de camionnage, les propriétaires d’exploitations agricoles et les gens de la ville. Mon téléphone a sonné toute la journée, et l’opération a vite envahi la table de la cuisine. Nous nous sommes levés tôt et couchés tard. Le téléphone n’a jamais arrêté de sonner. Jamais nous n’avons eu l’impression de travailler, parce que tout le monde s’entraidait. »
L’élan de solidarité indéniable déclenché par l’initiative a permis de surmonter les défis logistiques et politiques.
Willard : « Nous avons rencontré des difficultés, mais nous avons réussi à les contourner parce que la pression était très forte. Tout le pays s’était mobilisé. Le plan était en marche. »
Wyatt : « À mesure que le projet a gagné en importance, de nouvelles commandites se sont ajoutées, le soutien gouvernemental a augmenté, et le public s’est montré de plus en plus solidaire. Il nous était impossible de marcher dans la rue sans que quelqu’un nous demande comment il pouvait aider. Les gens ont tout de suite adopté l’idée. L’initiative a fini par prendre une ampleur insoupçonnée au départ. L’engouement pour la campagne nous a ouvert beaucoup de portes, et ce, même s’il s’agissait d’une situation difficile. Ç’a permis de créer des ponts. C’est la principale leçon que j’ai tirée de cette expérience : l’importance de la communication et des relations. »
L’enseignement le plus précieux réside peut-être dans la manière dont ce projet a été dirigé. Les agricultrices et les agriculteurs faisaient confiance à Hay West parce qu’il s’agissait d’une initiative de l’un des leurs, et non d’une directive venue d’en haut. C’était le milieu agricole qui faisait front commun, preuve que le leadership est vraiment efficace quand il émane de ceux et celles qui sont au cœur de l’action.
Willard : « Quand on va droit à l’essentiel, c’est le gros bon sens qui ressort. En temps de crise, il est important de prendre soin de soi, mais il faut également se soucier des autres. » C’était un mouvement d’entraide pancanadien. C’est tout le pays qui se serrait les coudes.
Wyatt : « À l’époque, nous disions que le but était d’acheminer du fourrage là où le besoin se faisait sentir, mais en réalité, c’était une question d’unité. Ce n’était pas seulement le milieu agricole de l’Ontario qui venait en aide au milieu agricole de l’Alberta; c’était un mouvement d’entraide pancanadien. C’est tout le pays qui se serrait les coudes. »
Des décennies plus tard, les deux hommes reconnaissent le rôle de leadership que les agricultrices et les agriculteurs peuvent jouer au sein de leur communauté.
Wyatt : « En tant que producteurs et productrices, nous devons nous engager plus activement, nous faire connaître davantage et faire preuve de leadership. C’est ce qui s’est passé avec Hay West. »
Willard : « Ce n’était pas de la politique. Ce n’était pas un programme. C’était de l’entraide à l’état pur. C’est ce qui explique la réussite de cette initiative, et c’est ce qui fait qu’elle mérite qu’on s’en souvienne. »
Cette histoire vous inspire?
Retenez ce qui suit : faire preuve de leadership, c’est se préparer aux défis avant qu’ils n’arrivent. Commencez par vous poser les questions suivantes : est-ce que j’ai un plan de gestion des risques? Un réseau communautaire solide? Qui sont les gens de confiance que je peux appeler demain en cas de crise? Tout comme Hay West est née du désir d’aider d’un seul agriculteur, le leadership peut émerger de gestes en apparence simples tels que consolider vos relations, revoir votre plan d’affaires et vous préparer à agir en cas de besoin. La résilience d’une entreprise repose non seulement sur la production, mais aussi sur la prévoyance, la confiance et la collaboration.
D’après le récit rapporté à Tim Parent pour l’AgriSuccès

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