Passer au contenu principal

L'intégration des données pourrait transformer la pratique de l'agriculture

  • 28 août 2015

La technologie a modifié la façon dont les entreprises fonctionnent, et son incidence sur l’agriculture est de plus en plus marquée. Toutefois, Lisa Prassack (@LisaPrassack), experte en innovation, conseillère en stratégie en matière de données et présidente de Prassack Advisors, croit que l’intégration des données est la prochaine frontière. Elle constate que les technologies fonctionnent souvent en vase clos, c’est-à-dire que des plateformes et des formats différents font obstacle au partage et à l’utilisation des données, mais elle juge qu’on surmontera ces obstacles.

Mme Prassack aborde ces problèmes de front en aidant de grandes sociétés à satisfaire leurs besoins technologiques.

Les plantes ne peuvent crier à l’aide, d’où l’importance de l’imagerie

« On fait appel à mes services lorsque les choses tournent mal », dit-elle. Pour la chaîne de supermarchés Trader Joe’s, elle a collaboré avec des fournisseurs du secteur de l’agriculture biologique. Elle a aussi aidé Agrium à acquérir les activités de détail de Viterra, et elle a travaillé avec les sociétés TrimbleDell, Genetech et beaucoup d’autres.

La première étape est la collecte de données

Les producteurs peuvent recueillir un nombre incalculable de données : cartes du rendement, résultats d’analyses de sol, coûts d’intrants, pour ne nommer que celles-là. L’échantillonnage de sol à l’aide d’un système de quadrillage est une autre source de données. À cela s’ajoutent les cartes d’élévation, et certains producteurs vont même jusqu’à utiliser des cartes de la charge du moteur qui mesurent le compactage du sol.

Une nouvelle source de données qui gagne rapidement en importance est l’imagerie aérienne des champs. En effet, les images infrarouges permettent souvent de cerner des problèmes qu’on ne remarquerait pas du sol.

Mme Prassack y voit des similitudes avec certains outils de diagnostic que nous employons couramment, comme les rayons X pour voir un bras fracturé. « Les plantes ne peuvent crier à l’aide, d’où l’importance de l’imagerie », illustre-t-elle.

« La première étape consiste à bien recueillir les données, mais est-ce possible de les ordonner d’une manière qui facilite l’analyse et la prise de décisions? C’est là le plus grand défi. »

Les données relatives à un champ doivent être organisées en couches. En effet, le regroupement de sources d’information comme des cartes du rendement, des images infrarouges, des résultats d’analyse de sol et des données topographiques permet de prendre des décisions plus viables concernant les débits variables.

L’intégration des données

Outre les considérations agronomiques, Mme Prassack estime qu’il est essentiel d’avoir une vue d’ensemble de toutes les activités de la ferme, ce qui nécessite un aperçu en temps réel des actifs, y compris les stocks.

La saisie des données n’est pas une partie de plaisir, mais il faut souvent saisir à nouveau les données lorsqu’un programme n’est pas intégré à un autre. Même si toutes les données sont consignées au bon endroit et dans le bon format, l’exécution d’une analyse pertinente peut s’avérer longue et ardue.

« Les données intégrées aident les exploitants agricoles en regroupant les prêteurs, les assureurs, les conseillers en matière de cultures et les détaillants agricoles », souligne MmePrassack. Chacun de ces fournisseurs de services peut tirer profit d’une vue d’ensemble de l’exploitation agricole qu’il sert. D’ailleurs, il existe beaucoup plus de plateformes d’agronomie que de plateformes comptables, remarque-t-elle.

Chaque intervenant a son rôle à jouer, du fabricant d’équipement agricole à l’agrofournisseur, et de nombreuses alliances sont ainsi forgées.

Les producteurs hésitent parfois à céder le contrôle de leurs données à des agroentreprises. Une de leurs préoccupations est la confidentialité. Une autre est que les entreprises tireront profit de ces vastes ensembles de données, et les producteurs veulent donc être rétribués.

Mme Prassack comprend ces préoccupations des producteurs et affirme qu’il incombe aux entreprises d’expliquer clairement les données qu’elles veulent recueillir et comment elles comptent les utiliser. Elle ajoute que les données ne servent pas à identifier des personnes en particulier, mais lorsqu’elles sont groupées par zone de culture, elles peuvent fournir des indications précieuses. Elle est d’avis qu’il est important que les producteurs soient capables de déterminer quelles données ils veulent mettre en commun, et avec qui.

L’avenir

À mesure que la traçabilité gagne en importance, le suivi des produits ne cesse de se complexifier, souligne-t-elle.

Mme Prassack considère qu’un nombre grandissant d’appareils fonctionneront de façon autonome à l’avenir et transmettront des données précieuses à un système central. Les données météorologiques et commerciales seront mieux intégrées, et les alertes seront consolidées et transmises par ordre de priorité.

Imaginez que vous êtes en train de semer et que les prévisions météorologiques annoncent des pluies attendues depuis longtemps. Sachant cela, vous augmentez la dose d’engrais afin de tirer parti de ces renseignements. Dans un monde idéal, ce changement apporté alors même que vous êtes au volant de votre tracteur serait automatiquement pris en considération dans vos besoins en matière d’approvisionnement d’engrais, vos prévisions des flux de trésorerie, vos prévisions de rendement et votre plan marketing.

« La véritable récompense, c’est l’intégration du système tout entier, la création d’un système de systèmes, fait valoir Mme Prassack. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous allons dans la bonne direction. »

D'après un article de l'AgriSuccès (septembre/octobre 2015) de Kevin Hursh (@KevinHursh1).