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L’importance de connaître son coût de production pour prendre de meilleures décisions

  • 11 min de lecture

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Pour vous faire une idée exacte des finances de votre exploitation agricole, une simple tenue des registres n’est généralement pas suffisante. C’est pourquoi il est indispensable de savoir comment calculer votre coût de production historique. Si ce dernier n’est pas toujours simple à calculer, il n’en demeure pas moins indispensable de connaître à fond vos coûts fixes et variables. Votre logiciel de comptabilité et vos états financiers devraient vous fournir la majorité des renseignements dont vous avez besoin.

Les coûts variables et les coûts fixes

Les coûts variables se divisent en deux types : directs et indirects. Pour une exploitation céréalière, par exemple, il est probable que les coûts variables directs soient différents pour chaque culture, puisque les coûts des semences, de l’engrais et des produits de protection des cultures varient selon la culture.

Les coûts variables indirects sont les coûts qui diffèrent selon le niveau de production, mais qui peuvent être difficiles à attribuer en quantités différentes aux différentes cultures. Ce sont par exemple les coûts du carburant, de la main‑d’œuvre et des services publics. Pour ces types de dépenses, un coût à l’acre est souvent établi et réparti également entre chacune des cultures.

Les coûts fixes sont des dépenses qui ne changent pas, peu importe le niveau de production. Ce sont notamment les intérêts sur un prêt pour l’achat d’une terre, les impôts fonciers et l’amortissement de la machinerie. Il s’agit des dépenses que vous devez assumer, que vous soyez en train d’ensemencer ou de faire vêler des vaches. Certains coûts fixes sont faciles à déterminer, et vous les connaissez. D’autres sont ouverts aux interprétations; c’est le cas, par exemple, du coût total d’un équipement dont vous êtes propriétaire ou du coût d’investissement dans une terre.

Pour les exploitations agricoles mixtes (les céréales et le bétail, par exemple), il est souvent nécessaire de répartir les coûts fixes selon le secteur. Ainsi, vous pourriez les répartir en fonction du pourcentage qu’un secteur d’activité contribue à votre marge brute ou encore, du pourcentage du total des dépenses que le secteur représente.

L’analyse du coût de production présente encore plus de défis quand vient le temps d’établir des projections pour l’avenir. Vous devez alors estimer le niveau de production, les dépenses qui y sont liées et les prix que vous attendez pour vos produits agricoles. Les coûts et les rendements constatés l’année précédente peuvent toutefois vous simplifier la tâche.

Même si vos montants ne sont pas toujours précis, il est indispensable de savoir calculer votre coût de production, car il vous aidera à accomplir ce qui suit :

  • savoir ce qui constitue un prix avantageux, pour la prise de décisions judicieuses en matière de marketing
  • connaître la limite de liquidités que vous pouvez retirer de l’entreprise pour votre usage personnel
  • comparer différentes options de cultures à des fins de rentabilité
  • déterminer vos coûts fixes et savoir s’ils peuvent être réduits
  • prendre des décisions éclairées concernant vos équipements, à savoir s’il est préférable d’acheter de nouveaux modèles ou de les réparer
  • évaluer des possibilités, comme les programmes d’assurance gouvernementaux et privés, l’expansion de votre exploitation agricole, la diversification et la location de votre terre
  • fixer les prix des produits d’alimentation humaine vendus directement aux consommateurs
  • analyser votre rendement en regard d’exploitations agricoles comparables

Utiliser la marge sur coût direct comme outil

Il n’est pas nécessaire de s’attaquer à la complexité des coûts fixes pour produire une analyse juste du coût de production. Par exemple, lorsque vous comparez des options de cultures, vous pouvez tenir compte des coûts variables pour les semences, l’engrais et les produits de protection des cultures. Ces dépenses sont celles qui varient selon la culture.

Lorsque l’on déduit les dépenses variables du revenu brut attendu pour chacune des cultures, on obtient ce que l’on appelle communément une marge sur coût direct. Cette donnée peut être pratique pour comparer des options de cultures. Mais pour déterminer si une culture ou un secteur d’activité vous permettra de réaliser un profit net, vous devrez tenir compte de tous les coûts, y compris les dépenses fixes.

Le calcul des coûts fixes liés à la machinerie

En ce qui concerne la machinerie, la déduction pour amortissement utilisée pour le calcul de l’impôt sur le revenu est un point de départ pour déterminer les coûts fixes. Pourtant, il se peut qu’elle ne reflète pas la dépréciation réelle de la machinerie ni ce qu’il en coûtera au moment d’acheter un nouveau modèle d’équipement.

Si vous avez emprunté des fonds pour faire l’achat d’un équipement, considérez les paiements du prêt comme un coût fixe. N’oubliez pas cependant de considérer aussi le coût de renonciation qui en découle. Vous devez en effet calculer le rendement que pourraient générer ces fonds s’ils étaient investis ailleurs.

Un exercice efficace pour les exploitations céréalières consiste à additionner la valeur de chaque équipement, puis de diviser cette somme par le nombre d’acres ensemencés afin d’obtenir l’investissement par acre de la machinerie. Des écarts considérables existent souvent d’une exploitation agricole à l’autre, ce qui a une incidence directe sur les coûts fixes.

Par exemple, dans son rapport sur la planification des récoltes pour 2020 intitulé 2020 Crop Planning Guide (en anglais seulement), le ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan se base sur un taux d’amortissement annuel de la machinerie de 10,7 %. De plus, il suppose un coût d’investissement dans la machinerie de 7,5 %, pour un total de 18,2 %. À titre de renseignement, ce coût tient compte de la valeur des fonds que vous avez investis dans l’équipement et du fait que, lorsque vous achèterez un nouveau modèle, il sera vraisemblablement plus cher.

Si l’on se fonde sur ces hypothèses et que l’on utilise le taux total de 18,2 %, une exploitation agricole qui aurait investi 300 $ l’acre dans sa machinerie aurait un coût fixe de 54,60 $ l’acre, alors que celle qui y aurait investi 600 $ aurait un coût fixe de 109,20 $ l’acre.

Le guide publié par la Saskatchewan tient aussi compte de coûts d’exploitation de la machinerie, évalués à 2,6 % du coût d’investissement dans la machinerie. Pour sa part, la consommation de carburant est estimée en fonction des diverses activités effectuées dans les champs.

Le rapport du ministère de l’Agriculture du Manitoba sur les estimations des coûts de production pour 2020, intitulé 2020 Crop Production Cost Estimates (en anglais seulement), a recours à une formule plus complexe pour le calcul de la dépréciation de la machinerie et du coût de renonciation. Ainsi, la formule tient compte d’hypothèses à propos de la gamme d’équipements que possède une exploitation agricole moyenne et de la proportion des équipements achetés qui a été financée.

Pour un investissement hypothétique dans la machinerie de 500 $ l’acre, le coût fixe de la machinerie calculé par le ministère du Manitoba revient à 67,31 $ l’acre. Par ailleurs, le ministère affecte les coûts d’entretien, de réparation, d’immatriculation et d’assurance de la machinerie – qu’il établit à 10 $ l’acre – aux coûts d’exploitation.

Le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, dans son rapport Budgets de grandes cultures 2020, estime pour sa part les coûts de la machinerie à partir des équations utilisées en génie agricole et du tarif moyen des travaux à forfait en Ontario. Le rapport recommande cependant aux producteurs de s’appuyer sur leurs propres données pour établir leurs coûts.

Il souligne également que, si les engagements financiers liés à la terre et à la machinerie sont importants, un autre moyen de dresser le budget des frais généraux consiste à prendre pour point de départ les exigences du service de la dette, soit les versements réels du capital et des intérêts.

Le calcul des coûts liés à une terre

Si vous louez une terre au comptant, il va sans dire que vous tiendrez compte du coût de la location (et des paiements du prêt pour cette terre) afin d’effectuer votre analyse du coût de production. Mais quelle valeur attribuerez‑vous à l’avoir que représente cette terre? Bien qu’il ne constitue pas une dépense, un coût de renonciation est associé à votre investissement dans cette terre. C’est pourquoi il est courant d’appliquer un coût d’investissement dans la terre, qui est comparable au montant que vous rapporterait un placement à faible risque.

Le ministère de l’Agriculture et de la Foresterie de l’Alberta a mis en place un programme d’analyse et de recherche sur les activités commerciales nommé AgriProfits (en anglais seulement). Ce programme produit des rapports de résultats financiers fondés sur des sondages menés auprès de producteurs. Son analyse de la production vache‑veau utilise une approche différente pour le calcul des coûts liés à une terre.

Ainsi, les coûts d’un pâturage sont fondés sur les coûts les plus répandus pour la location d’une terre destinée à cet usage. Les coûts des aliments pour animaux et de la litière sont fondés sur la valeur de ces intrants sur le marché, et ce, même s’ils ont été produits par l’exploitation agricole.

Le ministère de l’Agriculture et de la Foresterie de l’Alberta applique la même approche pour son étude relative au coût de production laitière. Dans la plupart des cas, les producteurs laitiers utilisent une combinaison d’aliments pour animaux produits sur place et achetés. Cette étude porte uniquement sur le secteur laitier. Les coûts de production pour les aliments pour animaux produits sur place sont imputés à la portion « secteur des cultures » de l’exploitation agricole.

Une telle analyse permet de distinguer les données du secteur du bétail de celles de la céréaliculture qui coexistent parfois dans une exploitation agricole.

Considérez vos frais de subsistance

Le coût de production est parfois calculé sans considération pour les frais de subsistance du propriétaire. Bien que cette approche puisse être sensée pour les propriétaires qui ont d’autres sources de revenus et qui n’ont pas besoin de toucher un revenu de leur exploitation agricole. Cependant, s’ils doivent en retirer des capitaux, il faut inclure ces montants dans les calculs.

Les retraits effectués à partir d’une exploitation agricole constituée en société sont souvent bien définis, ce qui n’est pas toujours le cas pour les entreprises individuelles ou les sociétés en nom collectif. L’utilisation d’un seul compte bancaire pour l’exploitation agricole et pour usage personnel complique le suivi de vos frais de subsistance. L’établissement de comptes distincts et une bonne discipline concernant les retraits à des fins personnelles sont fortement recommandés.

Les frais de subsistance varient grandement d’une famille à l’autre. Les dépenses destinées à l’éducation, aux activités sportives, aux vacances, à l’équipement récréatif, à l’épargne‑retraite et au divertissement peuvent varier grandement. Une exploitation agricole peut avoir un revenu brut élevé, mais un faible bénéfice net. Il faut tenir compte de vos dépenses personnelles, car elles peuvent avoir une incidence considérable sur la viabilité de votre exploitation agricole. Par ailleurs, beaucoup d’exploitations agricoles ont recours à une main‑d’œuvre non rémunérée. Si c’est le cas de votre exploitation, pour connaître votre coût de production réel, il est indiqué d’attribuer une valeur adéquate à cette main‑d’œuvre.

Analyses comparatives

Il est avantageux de surveiller votre rendement d’une année à l’autre et de savoir comment se compare votre coût de production à celui des autres exploitations agricoles de votre région. Ce type d’analyse devient plus facile à effectuer, puisque les données comparatives sont de plus en plus accessibles.

Ainsi, de nombreux ministères de l’agriculture provinciaux effectuent des sondages auprès des producteurs et publient des études sur les coûts de production. Les guides de planification des cultures comme ceux publiés par les gouvernements provinciaux ne sont pas fondés sur des sondages menés auprès des producteurs, mais offrent toutefois de l’information et des approches utiles pour vos analyses.

De plus, si votre cabinet comptable sert beaucoup de clients du milieu agricole, il pourrait vous donner une mesure de la comparaison de vos coûts et résultats par rapport à ceux des autres clients.

Ressources et options

Quoiqu’il n’existe pas de méthode unique pour analyser le coût de production, il y a beaucoup à apprendre des façons de procéder des autres producteurs. Les ministères de l’Agriculture de certaines provinces offrent des calculateurs du coût de production pour un large éventail de produits agricoles, dans lesquels vous pouvez saisir vos chiffres pour connaître le vôtre. Jetez un coup d’œil à ceux des ministères suivants :

Quand il est question de la gestion d’une exploitation agricole, une analyse du coût de production peut s’avérer utile à la prise de décisions de faible ou de grande portée. Le coût de production vous aidera à décider, par exemple, si vous devez louer ou acheter un certain type d’équipement. Pour connaître ce coût, et puisque les hypothèses de coûts et de revenus changent, il faut avoir une bonne tenue de ses registres agricoles et mettre à jour ses prévisions régulièrement.