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Les 5 pires erreurs de planification commises par les familles lors du transfert de leur entreprise agricole

  • 4,5 min de lecture

Lorsqu’il est question de planification successorale, Chris Delaney connaît bien les erreurs courantes commises par beaucoup de familles agricoles canadiennes.

Planifier le transfert d’une entreprise est un exercice d’équilibre entre ce que veulent la tête et le cœur, et c’est avec le cœur que nous effectuons la majeure partie de notre processus décisionnel.

Stratège en patrimoine familial, professeur de finance, animateur de balados et membre de l’Association canadienne des conseillers agricoles (en anglais seulement), M. Delaney était conférencier lors d’un événement virtuel récent de FAC.

Il explique que la planification successorale et, par extension, la planification d’un transfert d’entreprise, peut soulever des émotions comme l’incertitude et la peur. C’est aussi une source de préoccupations logistiques, à savoir comment s’y prendre pour effectuer une planification et comment dénicher les bons experts pour obtenir des conseils.

« C’est un exercice d’équilibre entre ce que veulent la tête et le cœur, et c’est avec le cœur que nous menons la majeure partie de notre processus décisionnel », affirme M. Delaney.

Les cinq pires erreurs de planification d’un transfert d’entreprise, selon M. Delaney

  1. Ne pas tenir compte de la théorie du cygne noir

    M. Delaney convient que les cygnes noirs – des événements imprévisibles selon l’ordre normal des choses et aux conséquences potentielles graves – sont extrêmement rares. Cependant, lorsque l’on planifie un transfert d’entreprise, un cygne noir peut être catastrophique.

    Ainsi, bien qu’un divorce, le décès d’un enfant avant celui d’un parent ou un diagnostic de maladie grave soient bouleversants, ce ne sont pas des événements rares. Durant le processus de planification d’un transfert d’entreprise, ces scénarios doivent faire l’objet d’une attention particulière.

    Mais que se passe-t-il lorsqu’un diagnostic de cancer tombe avant l’achat d’une assurance vie? Que faire si un enfant meurt après la répartition du patrimoine et avant le décès de la génération qui le précède?

    M. Delaney affirme que les Canadiennes et les Canadiens sont reconnus pour la piètre qualité de leur planification successorale, même dans le cas du transfert d’une entreprise agricole. Puisque les cygnes noirs augmentent les risques, il importe d’avoir recours aux services d’un conseiller professionnel et d’envisager le plus grand nombre de scénarios possibles.

  2. Considérer la planification successorale comme un événement plutôt qu’un processus

    Selon M. Delaney, le fait de mettre en lumière les lacunes du processus de planification du transfert de l’entreprise en cernant les angles morts avec l’aide d’un conseiller procure un avantage stratégique.

    Pour sa part, il commence par une réunion familiale dont le but est de familiariser tous les membres à la répartition des pouvoirs décisionnels et au partage des responsabilités pour ce qui est de la gouvernance et de la création d’actifs. Au cours de rencontres subséquentes, les membres cernent les valeurs communes de la famille et formulent l’énoncé de mission familial.

    « Je mets ensuite au point ce que j’appelle le processus stratégique intelligent – c’est-à-dire que la concrétisation de la mission est favorisée par la détermination des objectifs personnels et familiaux, explique M. Delaney. Nous lui donnons un sens en intégrant des objectifs clairs à notre planification, puis nous créons un plan d’action. »

  3. Planifier en fonction des actifs et non des personnes

    En matière de planification intergénérationnelle, planifier en fonction des actifs au lieu de préparer la voie pour les héritiers peut être une erreur majeure.

    La plupart des parties prenantes à la planification d’un transfert d’exploitation se préoccupent de questions comme les impôts, les procurations, l’assurance vie et la taxe d’homologation.

    L’ouverture aux conversations tout au long de l’existence de l’exploitation agricole favorise son transfert, comme le fait de travailler ensemble pour sa réussite à long terme, sur plusieurs générations.

    Même les détails comme la considération du fiduciaire et d’un bénéficiaire sont importants, ajoute M. Delaney.

    « Le fiduciaire agit en votre nom, poursuit-il. La relation de cette personne avec vos bénéficiaires doit être aussi saine, sinon plus, que la relation que vous aviez avec elle. »

    Entretenez cette relation tout au long de la planification, recommande-t-il.

  4. Présumer que votre famille comprendra vos intentions après votre décès

    Présumer que vos survivants connaissent vos intentions revient à croire qu’ils peuvent deviner vos pensées, affirme M. Delaney.

    Des phrases ambiguës comme « pour des raisons que mes survivants comprendront » ou « comme vous le savez » dans un testament ou un plan de transfert d’entreprise peuvent être dénuées de sens et frustrantes pour les survivants. Soyez direct, recommande-t-il.

  5. Ne pas tenir compte des réactions rationnelles et irrationnelles

    Les peurs et autres émotions qui entrent en jeu durant la planification du transfert d’une entreprise se soldent par des résultats rationnels, selon M. Delaney, et il est donc possible d’en tenir compte.

    Il affirme que, lorsque l’on considère la distance entre les émotions suscitées par la planification du transfert d’une entreprise et le véritable processus décisionnel requis, la planification cesse, la procrastination s’installe et le processus s’enlise. C’est pourquoi, quand vient le temps de passer à l’action, il est difficile d’agir.

    Cependant, entre la peur de planifier et la prise de décision se trouve un espace sécuritaire où il est possible de tenir compte des émotions tout en planifiant de façon productive. M. Delaney encourage les agriculteurs à cultiver un espace émotionnel sécuritaire et à effectuer des suivis continus avec les membres de la famille pour surmonter les peurs. N’hésitez pas à avoir recours aux services d’un conseiller et à commencer par prendre de petites décisions.

En conclusion

Les experts reconnaissent les erreurs courantes commises durant la planification d’un transfert d’entreprise, comme le fait de la considérer comme un événement unique et non comme le processus d’une vie. Entretenez la conversation et la prise de décisions communes par les membres de la famille, ayez recours à des conseillers et parlez des peurs afin de les vaincre et de progresser dans l’élaboration d’un plan réussi.