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Transformer les perturbations commerciales en débouchés pour le porc canadien

  • 13 nov. 2018

Le billet d’aujourd’hui s’inspire de notre récent rapport Une année marquée par les perturbations commerciales et la volatilité. Le premier de notre série examinait les résultats, sur la scène mondiale, et la diversité des exportations canadiennes de produits agricoles et agroalimentaires, et le deuxième portait sur les tensions commerciales, la volatilité et les exportations canadiennes d’oléagineux.

Les tarifs douaniers imposés par la Chine et le Mexique sur les exportations de porc des États-Unis ont entraîné un affaiblissement des prix dans la chaîne d’approvisionnement du cochon et du porc des États-Unis. Les marchés ont rebondi, surtout parce qu’on s’attend à ce que l’éclosion de peste porcine africaine en Europe et en Chine entraîne une hausse de la demande des importations de porcs.

Traditionnellement, les exportations canadiennes de porc fléchissent quand la volatilité s’accentue. Or, les réactions de chacun des marchés d’exportations clés ont varié. La part de marché, la distance des marchés et les relations commerciales sont toutes des facteurs qui ont une incidence sur les variations des exportations en cette période de volatilité des prix.

La diversification des marchés d’exportation du porc est une occasion

En 2017, le Canada se classait au cinquième rang des plus grands pays exportateurs de porc, après l’Allemagne, les États-Unis, l’Espagne et le Danemark. Les États-Unis et l’Allemagne comptent aussi parmi les plus grands pays importateurs (figure 1). Les exportations canadiennes de porc suivent les tendances mondiales des importations, mais elles sont très concentrées : en 2017, les États-Unis, la Chine et le Japon ont acheté plus de 80 % des exportations canadiennes de porc.

La Chine est un marché en expansion du fait de l’accroissement des revenus de ses habitants et d’un cheptel porcin de moindre taille. En conséquence, l’exportation de porc canadien à destination de ce pays a augmenté de 161 % entre 2012 et 2017. L’Europe représente un vaste marché d’importation qui est susceptible d’accroître les débouchés du secteur porcin canadien grâce à l’Accord économique et commercial global (AECG). Avec la mise en œuvre de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), le Canada sera encore plus concurrentiel sur le marché lucratif du Japon et sur d’autres marchés asiatiques, surtout dans un contexte où les exportateurs européens et américains ne bénéficieront pas du même accès privilégié à ces marchés.

Figure 1. Part du marché détenue par les principaux pays importateurs de porc en 2017

Source : Base de données UN Comtrade

La volatilité ternit les perspectives pour les exportations de porc

Les tarifs douaniers augmentent le prix d’achat pour les importateurs et/ou diminuent le prix obtenu par les exportateurs, ce qui pousse les acheteurs et les vendeurs à reporter ou à annuler leurs transactions. Dans cette conjoncture, cela se traduit par une baisse des exportations de porc américain et un accroissement des ventes à l’exportation du Canada. Toutefois, ces variations de l’offre et de la demande entraînent des fluctuations de prix qui pourraient freiner les échanges commerciaux à long terme.

Selon les données historiques sur les échanges commerciaux bilatéraux de porc, les variations des exportations canadiennes face à la volatilité (sur 12 mois) sont très inégales d’un marché à l’autre. En effet, quand la volatilité des prix double, les exportations à destination des États-Unis diminuent à peine de 2,9 % et de presque un tiers (30,4 %) en ce qui concerne les exportations à destination de la Corée du Sud (Figure 2).

Figure 2 : Les exportateurs de porc canadiens font face à des réactions inégales à la volatilité des prix

Source: CICM, calculs de FAC

Le plus important pays importateur de porc (Japon) est aussi notre marché d’exportation le plus important. Du fait de la taille du marché japonais et de notre part de marché, nos relations commerciales sont solides et presque immunisées contre de courtes périodes de volatilité des prix. Les États-Unis sont le deuxième acheteur de porc canadien en importance. En raison de la proximité de ce marché et de l’influence du marché porcin américain sur la chaîne d’approvisionnement en porcs canadienne, la volatilité a peu d’impact sur les échanges commerciaux. Par contre, les exportations à destination de marchés plus petits, comme la Corée du Sud et le Mexique, y sont plus sensibles.

Surmonter la volatilité pour continuer d’occuper une place de premier plan sur les marchés mondiaux

Qui dit volatilité dit fluctuation des prix à la hausse et à la baisse. Les tarifs douaniers sur les importations peuvent créer un fossé entre différents produits porcins d’origines diverses (Canada et États-Unis, par exemple), alors que leurs prix seraient autrement très semblables. Cela présente des débouchés à court terme qui peuvent se transformer en gains à long terme, compte tenu des dispositions solides et stables sur l’accès aux marchés que prévoient les récents accords commerciaux. 


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais