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Rétrospective 2018 : retour mois par mois sur les événements qui ont eu un impact sur l’agriculture canadienne

  • 18 déc. 2018

S’il est un mot qui caractérise 2018, c’est sans doute le mot volatilité. J’espère que vous étiez préparé à l’année mouvementée que fut 2018.

Janvier : Nos prévisions pour 2018 se sont-elles révélées exactes?

En janvier 2018, nous avons publié nos prévisions annuelles pour les prix du pétrole et des engrais, le cours du dollar canadien et les taux d’intérêt. Nous avons tapé en plein dans le mille pour deux de ces trois prévisions.

  • Nous nous attendions à ce que la Banque du Canada hausse les taux d’intérêt trois fois en 2018, ce qu’elle a fait. Ces hausses ont fait grimper le taux d’intérêt effectif moyen des entreprises de 71 points de base, tel que signalé par la Banque du Canada. Nos prévisions se sont donc avérées très justes.
  • Nous avions projeté que la valeur du huard se situerait en moyenne à 0,78 $ US pour l’année et elle a été de 77,4 cents US, exactement comme prévu.
  • Le prix de référence du baril de pétrole WTI s’est situé en moyenne à 66 $ US en 2018, ce qui est considérablement plus élevé que notre prévision de 55 $ US. Nous n’avions tout simplement pas anticipé que l’économie mondiale soit aussi robuste au cours du premier semestre de 2018 et nous ne nous attendions pas à ce que la réduction de la production proposée par l’OPEP soit durable. Nous avons également sous-estimé la tendance des prix des engrais : l’urée et le phosphate se sont vendus en moyenne à 30 $ de plus la tonne en 2018 que notre prévision.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Aucune. Nous retenons cependant que nous devrons revoir nos prévisions 2019 concernant l’économie mondiale.

Février : Le lancement de la Supergrappe des industries des protéines laisse entrevoir des possibilités d’avenir

La Supergrappe des industries des protéines, lancée le 22 février, vise à faire du Canada une principale source mondiale de protéines végétales. Nous sommes sur la bonne voie : en 2017, le Canada était le plus important exportateur de légumineuses, et la production croît en moyenne de 4,5 % annuellement depuis 2008. Bien entendu, 2018 était également l’année où le secteur des légumineuses a fait face à d’importants vents contraires suivant l’introduction des tarifs imposés par l’Inde sur les exportations canadiennes en 2017. À long terme, les perspectives demeurent cependant très bonnes.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Énorme!

Mars : La robustesse de l’économie américaine garde les fournisseurs canadiens occupés

L’indice de confiance des consommateurs de l’OCDE aux États-Unis a atteint un sommet en mars, suggérant que les conditions économiques dans ce pays s’amélioreraient tout au long de l’année. Et c’est ce qui s’est produit : les hausses annualisées du PIB aux deuxième et troisième trimestres, de 4,2 % et 3,5 % respectivement, ont largement dépassé la hausse plus modeste de 2,2 % du premier trimestre de l’année.

En date de décembre 2018, la deuxième plus importante période de croissance économique des États-Unis s’est poursuivie. Même si un ralentissement est attendu, l’économie devrait continuer de croître en 2019.

Répercussion sur l’agriculture canadienne :  Positive. C’est toujours une bonne chose lorsque notre plus gros acheteur a plus d’argent à dépenser.

Avril : Les terres agricoles s’apprécient à un rythme étonnamment soutenu

Le rapport Valeur des terres agricoles 2017 de FAC a révélé un gain moyen de 8,4 % des valeurs canadiennes en 2017. Plusieurs facteurs ont contribué à cette hausse, laquelle a renversé la tendance des trois années précédentes où la progression du prix moyen des terres agricoles avait ralenti.

La plupart des ventes qui ont contribué à cette hausse ont été effectuées avant juillet 2017. Les taux d’intérêt ont augmenté au second semestre de l’année, provoquant l’essoufflement du marché des terres agricoles. Ce fut également une année de rattrapage : de nombreuses régions qui ont connu une croissance plus forte en 2017 avaient enregistré une croissance plus modérée auparavant.

Répercussion sur l’agriculture canadienne :  Positive. Une valeur élevée de l’actif agricole soutient la situation financière du secteur.

Mai : Les tendances des revenus agricoles pour les cultures et le porc se sont révélées décevantes

Jusqu’à mai, les manchettes concernant le système agroalimentaire canadien avaient essentiellement eu des conséquences positives. Toutefois, vers la fin de la période des semis, des nuages sont venus assombrir l’horizon. Statistique Canada y a fait allusion dans la publication de deux rapports importants : Disponibilité des aliments en 2017 et Recettes monétaires agricoles du premier trimestre de 2018.

L’offre de viande rouge a augmenté en 2017. Il s’agissait d’une hausse modeste, mais encourageante après des années de recul de la consommation. Toutefois, les recettes monétaires pour l’ensemble du secteur agricole ont baissé de 5,3 % pendant les trois premiers mois de 2018 comparativement à la même période en 2017. Le recul de 6,1 % des recettes tirées des cultures est à l’origine de la majorité de cette baisse, mais les recettes tirées du porc ont également diminué, laissant présager des temps plus difficiles.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : ambiguë. Il a été difficile pour les producteurs de prévoir les tendances pour le reste de l’année compte tenu des signaux contradictoires de la baisse des revenus et de la hausse de la demande.

Juin : Deux économies monstres provoquent une tempête

En juin 2018, un tsunami a déferlé sur les marchés des produits agricoles de base. Ses premiers grondements se sont fait sentir à la fin mars lorsque l’administration de Trump a annoncé de nouveaux tarifs et a pris de la vitesse au début avril lorsque la Chine a annoncé qu’elle imposerait de nouvelles taxes sur les exportations américaines, y compris sur le porc et le soya. Une fois l’été venu, les prix du soya ont baissé de 15 %, chutant de 10,19 $ US à 8,63 $ US. Puis, les prévisions d’une récolte abondante a exercé une pression additionnelle sur le prix, lequel a atteint un nouveau creux de 8,14 $ US en septembre.  

Même si les prix du porc ont commencé à descendre seulement en juillet, la baisse de 41 % enregistrée entre le sommet du 3 juillet et le creux du 14 août était particulièrement prononcée.

Répercussion sur l’agriculture canadienne :  Négative. Malgré la vigueur des exportations en réponse aux tensions commerciales, les revenus des producteurs canadiens ont régressé.

Juillet : L’inflation atteint 3 %

Le taux d’inflation annuel de la Banque du Canada était à la fois inattendu et élevé. Il s’agissait, en fait, de la plus grande hausse en près de sept ans. Cela a également ouvert la voie à une troisième hausse des taux d’intérêt de 2018, annoncée le 24 octobre. Les cinq hausses des taux d’intérêt survenues depuis le milieu de 2017 dénotent l’optimisme qui règne concernant la croissance économique, mais cet optimisme est accompagné d’une mise en garde. L’accélération de l’inflation a des répercussions profondes; nous devrons donc attendre pour voir comment les choses évolueront. Pour le moment, la prudence est de mise compte tenu des actifs et de l’endettement agricoles

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Négligeable pour le moment, mais je pourrais éventuellement changer d’avis.

Août : Des canicules qui sévissent en Europe perturbent davantage les marchés mondiaux

Les disputes commerciales n’étaient pas la seule source de perturbation majeure des marchés mondiaux en 2018. Une grande partie de l’Europe a connu de conditions de sécheresse et de chaleur au printemps et à l’été, lesquelles ont entraîné une baisse importante des récoltes de blé et des céréales secondaires. En outre, le temps froid et pluvieux en Russie a réduit les rendements du blé et des céréales secondaires de 18 % et 15 % respectivement, après une année de production record en 2017.

Répercussion sur l’agriculture canadienne :  Positive. La production réduite en Russie et en Europe représente un gain potentiel pour le Canada sur les marchés mondiaux de grains.

Septembre : Repose en paix, ALENA

Les gouvernements des États-Unis et du Canada ont convenu d’adopter l’ALENA 2.0 le 30 septembre, après plus d’un an de négociations difficiles. L’Accord Canada–États-Unis–Mexique conserve les dispositions visant à résoudre les différends commerciaux ainsi que les conditions d’accès au marché pour les exportations agricoles et alimentaires canadiennes tout en donnant accès au marché pour les produits laitiers et la volaille.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Variable selon les secteurs.

Octobre : Chaleur, pluie et neige

Le Canada a lui aussi connu son lot de mauvais temps en 2018. Après que la chaleur et la sécheresse eurent réduit les rendements en juillet et en août, la pluie et la neige ont nui à la récolte et à la qualité des céréales dans l’Ouest du Canada.

Même si les rendements dans l’Est ne devraient pas être touchés, les producteurs de maïs de l’Ontario ont fait face à des concentrations élevées de vomitoxine. Somme toute, ces difficultés réduiront probablement la rentabilité des céréales et des oléagineux dans tout le pays.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Mauvaise. Les revenus agricoles pour 2018 et 2019 pourraient en souffrir.

Novembre : Le marché du pétrole brut cède aux pressions de l’offre et de la demande 

À la fin du mois, le prix du baril de pétrole WTI a atteint son plus bas niveau en 12 mois, passant de son sommet de plus de 76 $ US en octobre à 50 $ US. Au Canada, les problèmes de transport ont entraîné un important rabais du pétrole canadien par rapport au pétrole américain. Ce rabais considérable est douloureux pour l’industrie canadienne de l’énergie, mais il a apporté un certain soulagement aux producteurs et aux agroentreprises, lesquels bénéficient d’un dollar plus faible et de coûts énergétiques bas.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Positive.

Décembre : Le PTPGP est en marche

Le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) entrera en vigueur le 30 décembre. Sept pays (l’Australie, le Canada, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, Singapour et le Vietnam) ont officiellement ratifié cet accord commercial, lequel réduira certains obstacles à l’exportation de bœuf, de porc, de canola, de blé et d’aliments canadiens vers les marchés à valeur élevée comme le Japon ainsi que vers ceux en forte croissance comme la Malaisie et le Vietnam.

Répercussion sur l’agriculture canadienne : Positive. Il s’agit d’une excellente occasion de diversifier nos marchés d’exportation.

Tout bien considéré, le positif l’a emporté sur le négatif pour l’agriculture canadienne en 2018.

La croissance du revenu agricole et la rentabilité de certains secteurs ont été mises à l’épreuve par plusieurs forces pendant l’année, mais bien des choses qui se sont produites en 2018 portent à l’optimisme. Entre autres, le bilan du secteur agricole semble solide. À cela s’ajoute le lancement de la supergrappe en février, le boom économique aux États-Unis qui stimule la demande de produits agricoles et alimentaires canadiens, et de meilleurs débouchés pour les exportations canadiennes en raison des conditions climatiques extrêmes et de la nature changeante du commerce mondial. Ce sont tous des ingrédients du succès. Cela ne veut pas dire que la volatilité de 2018 s’estompera en 2019; je ne crois pas que cela se produira. La résilience sera notre amie en 2019.

Revenez-nous au début janvier lorsque nous révélerons les cinq principales tendances économiques qui influeront sur le succès de l’agriculture canadienne au cours de la prochaine année.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais