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Ratio de levier : Tirer parti des actifs pour assurer la santé financière des exploitations agricoles

  • 02 avr. 2019

Bien des choses ont changé en un an. Les coûts d’emprunt ont grimpé en 2018 par rapport à leur creux historique d’il y a un an. Pendant la même période, les recettes monétaires agricoles ont stagné à l’échelle nationale. Tout au long du mois de mars, l’équipe de l’Économie agricole de FAC analysera l’évolution ces données financières et plus encore. Revenez chaque semaine pour suivre l’évolution de l’agriculture canadienne et apprendre comment les principaux outils financiers peuvent vous aider à garder une longueur d’avance.

Étant donné que l’encours de la dette totale de l’agriculture canadienne s’élève maintenant à plus de 100 milliards de dollars canadiens, nous pouvons nous poser d’importantes questions quant à la valeur de ces passifs. 

S’endetter davantage pour financer l’achat d’éléments d’actif permet à une entreprise de prendre de l’expansion et de croître. Le remboursement de la dette se fait avec les revenus supplémentaires générés par le déploiement approprié de ces éléments d’actif. Réduire la dette ou voir son actif prendre de la valeur au fil du temps sont deux façons d’accroître les capitaux propres ou la valeur nette. Toutefois, le financement d’une grande partie de la croissance de l’entreprise par l’emprunt expose également l’entreprise à des risques financiers. Le dernier ratio que j’examine dans notre série Pour des finances en pleine forme! de mars, le ratio de levier, peut répondre à la question de la valeur à long terme générée par le passif.

Ratio de levier

Le ratio de levier (en anglais seulement) indique la capacité des capitaux propres à couvrir la totalité de l’encours de la dette. 

Ratio de levier = Total du passif/total des capitaux propres

Le total du passif comprend les obligations à court et à long terme. Le total des capitaux propres est défini comme le total de l’actif moins le total du passif.

Le ratio de levier peut varier largement sans pour autant être considéré comme malsain. Différents niveaux d’endettement sont nécessaires pour tirer parti des possibilités offertes par différents secteurs d’activité; ce qui serait un niveau d’endettement idéal pour un secteur est moins optimal pour un autre. Un faible ratio de levier pourrait indiquer qu’il s’agit d’une exploitation mature qui ne cherche pas à prendre de l’expansion ou à innover. Un ratio de levier élevé peut indiquer qu’une entreprise ayant recours au levier financier cherche des occasions de croissance tout en étant exposée à des risques financiers.

Fonctionnement

Un faible ratio de levier offre une certaine souplesse :

  • Il permet de prolonger la durée des dettes actuelles lorsque les bénéfices et la capacité de remboursement sont plus serrés;
  • Il permet d’emprunter plus d’argent si une occasion se présente.

Différents ratios pour différents secteurs

La figure 1 montre le ratio de levier moyen pour les produits laitiers, le porc, le bétail, et les céréales et les oléagineux de 2013 à 2017*. Chaque secteur affiche une saine fourchette de ratios sur une période de cinq ans, ce qui reflète ses besoins uniques en matière d’expansion des immobilisations et les tendances des revenus.

Figure 1 : Tirer parti des éléments d’actif avec des rendements de capitaux propres différents

Ratio de levier moyen : fermes laitières, porcines, bovines et de céréales et d'oléagineux de 2013 à 2017

Source : Données du portefeuille de FAC

Avec un revenu plus prévisible, les producteurs laitiers peuvent avoir un ratio de levier plus élevé que les autres secteurs agricoles. À mesure que la demande de produits laitiers s’est accrue, des occasions se sont présentées pour accroître la capacité de production vers la fin de 2014.

Nous nous attendons à ce que les trois autres secteurs présentés ici aient des ratios inférieurs à ceux des produits laitiers : les revenus de chacun de ces secteurs sont plus volatils et emprunter pour financer l’actif et la croissance n’a de sens pour ces producteurs que pendant les périodes où un tel investissement offrira un rendement rentable.

Les producteurs de bovins et ceux de céréales et d’oléagineux ont affiché un faible ratio de levier chaque année entre 2013 et 2017. La période a été généralement caractérisée par une forte croissance des revenus des producteurs de cultures qui a permis de rembourser les augmentations de la dette, permettant aussi une augmentation correspondante de la valeur des terres agricoles.

Entre 2013 et 2017, nous constatons une baisse du ratio de levier chez les producteurs de porcs. Même à son niveau le plus bas, il est encore plus élevé que celui du bétail ou des céréales et des oléagineux. Mais c’est un excellent exemple de la raison pour laquelle nous ne pouvons pas comparer les secteurs et pourquoi, au lieu de cela, nous ne nous penchons que sur l’histoire d’un secteur. La moyenne quinquennale des producteurs de porcs est de 1,74, par rapport à la moyenne quinquennale précédente de 1,96, et représente une baisse continue du ratio de levier depuis 1998. Les producteurs de porcs canadiens ont constamment amélioré leur valeur nette au cours des périodes de consolidation et d’investissement.

Que nous réserve l’avenir?

Les fermes ayant un ratio de levier élevé sont plus susceptibles d’afficher des taux de rendement des capitaux propres plus volatils. Le ratio de levier montre comment le recours au levier financier amplifie le rendement, que ce soit en période de conjoncture favorable ou défavorable. Les revenus changeront en 2019, lorsque les prix des produits de base réagiront à l’évolution de la demande de produits agricoles. Au cours de l’année à venir, il y aura des occasions qui se présenteront et qui devront être évaluées en tenant compte de l’exposition de chaque exploitation au risque financier.

Au cours de l’année à venir, il y aura des occasions qui se présenteront et qui devront être évaluées en tenant compte de l’exposition de chaque exploitation au risque financier. Partagez sur Twitter

Comme pour chaque ratio que nous mettons en évidence tout au long de cette série, le ratio de levier n’est qu’une façon d’analyser la santé financière de l’agriculture canadienne. L’utilisation conjointe de différents ratios permet d’obtenir une vue d’ensemble. De plus, l’utilisation du ratio de levier moyen, comme nous l’avons fait ici, donne une idée incomplète de la situation, car elle reflète à la fois les exploitations ayant récemment investi dans la production et affichant un ratio plus élevé et les exploitations plus matures avec des niveaux de dette moins élevés (affichant un ratio moins élevé). Travaillez avec votre prêteur et votre comptable pour déterminer les ratios suggérés pour votre secteur d’activité et assurez-vous de les comprendre en fonction de votre propre stratégie et des risques auxquels votre entreprise est exposée.

* Cette analyse est fondée sur les données du portefeuille de FAC (2013-2017).

 

Savez-vous utiliser sans difficulté les états financiers pour améliorer la gestion de votre exploitation? Il serait judicieux de commencer par consulter votre comptable ou un directeur des relations d’affaires de FAC.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais