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Quatre liens entre le coronavirus et les marchés agroalimentaires

  • 11 févr. 2020

Le nouveau coronavirus est un virus respiratoire humain originaire de la ville de Wuhan, dans la province chinoise de Hubei, et s’est répandu dans près de 30 pays de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Il n’existe actuellement aucun vaccin contre ce virus, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale. De nombreux pays ont émis des avis aux voyageurs, les vols à destination et en provenance de la Chine ayant été annulés.

Le monde n’a pas connu de pandémie mondiale depuis longtemps, ce qui rend difficile la projection de ses répercussions économiques. Cependant, voici quatre liens importants que nous pouvons établir entre le coronavirus et les marchés agroalimentaires :

1. PIB mondial plus faible

La plupart des répercussions économiques découleront de la diminution des déplacements des personnes et des biens, des fermetures d’usines et des retards d’investissements en raison de l’incertitude. On estime que l’épidémie de SRAS de 2003 a entraîné une baisse de 0,1 % du PIB mondial. Depuis, l’économie chinoise a quadruplé et représente désormais plus de 15 % de l’économie mondiale. L’impact du nouveau coronavirus pourrait donc être plus important que celui du SRAS.

2. Pressions à la baisse sur les prix des produits de base

La diminution des voyages à destination et à l’intérieur de la Chine freine déjà la demande de carburant. Conjuguée au ralentissement de l’activité économique, elle a fait baisser le prix du pétrole. 

La demande mondiale d’aliments ne devrait pas être immédiatement affectée par le coronavirus. Toutefois, si la propagation du virus atteint un niveau pandémique, elle pourrait provoquer une perturbation importante du commerce agroalimentaire. Par exemple, la demande de viande de porc en Chine est actuellement élevée en raison de la peste porcine africaine (PPA). Mais il pourrait être de plus en plus difficile d’exporter vers la Chine en raison d’éventuelles restrictions de voyage à destination et à l’intérieur de ce pays. Par exemple, une cargaison pourrait atteindre un port chinois, mais se heurter à des restrictions de voyage une fois arrivée. 

Le revenu est un facteur important dans l’achat de nourriture. Un revenu plus faible entraînera une baisse de la demande alimentaire, ce qui aura un impact sur les produits agricoles. Par exemple, les prix du soya ont chuté malgré l’accord de la première phase entre les États-Unis et la Chine. 

3. Dollar canadien plus faible

Une baisse de la demande de pétrole et d’autres produits de base, associée à l’incertitude mondiale, fait baisser le dollar canadien. Bien que la baisse des prix de l’énergie et du dollar canadien puisse légèrement améliorer la rentabilité du secteur agroalimentaire canadien, une perturbation des flux commerciaux annulerait probablement les effets positifs d’un affaiblissement du dollar.  

4. Taux d’intérêt plus faibles

La baisse des prix des produits agricoles et du commerce mondial pourrait entraîner une baisse de l’inflation. En réaction, les banques centrales pourraient devoir abaisser les taux d’intérêt et injecter des liquidités sur le marché. 

Le coronavirus est déjà une tragédie humaine, et les conséquences économiques sont encore inconnues 

L’ampleur des répercussions économiques du coronavirus dépendra de la rapidité avec laquelle il sera contenu. Dans le pire des scénarios économiques de pandémie, le virus pourrait provoquer une récession mondiale. Dans le meilleur des cas, la propagation du virus est rapidement maîtrisée, et les conséquences économiques sont limitées à celles déjà subies.


Sébastien Pouliot
Économiste agricole principal

Sébastien Pouliot est économiste agricole principal à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2019, M. Pouliot était professeur agrégé d’économie à la Iowa State University. Il est aussi intervenu à titre d’expert dans le cadre de différends commerciaux à l’Organisation mondiale du commerce; il a notamment appuyé le Canada et le Mexique lorsque ces deux pays se sont opposés à la politique américaine d’étiquetage du pays d’origine (ÉPO) sur les produits de bœuf et de porc. M. Pouliot détient un doctorat en économie agricole et des ressources de la University of California, à Davis, et il a été rédacteur en chef de la Revue canadienne d’agroéconomie de 2016 à 2019.