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Perspectives pour 2020 : Secteur canadien de la viande rouge

  • 19 févr. 2020
  • 11 min de lecture

L’équipe d’Économie agricole de FAC vous aide à comprendre les tendances et les enjeux principaux susceptibles d’avoir une incidence sur votre exploitation en 2020 :

  • Perturbation des marchés du bétail et de la viande causée par la peste porcine africaine (PPA)
  • Influence des tensions commerciales sur les marchés agroalimentaires
  • Forte demande de viande rouge au Canada et ailleurs dans le monde
  • Accroissement de la production de bœuf et de porc aux États-Unis
  • Incidence du coronavirus sur l’économie mondiale

Le secteur de la viande rouge devrait être rentable en 2020 en raison d’une forte demande mondiale. La diminution des stocks mondiaux de protéines de viande causée par la PPA sera un sujet à suivre en 2020. Les États-Unis et la Chine ont signé la phase 1 de leur accord commercial, lequel pourrait faire grimper les prix nord-américains. Toutefois, la mise en œuvre de l’accord demeure vague. La réaction de l’offre des producteurs américains de bétail déterminera également les prix du bétail. En bref, le contexte instable de 2019 devrait également marquer l’année 2020.

Les marchés à terme indiquent que les prix de la plupart des bovins et des porcs canadiens demeureront proches de leurs moyennes quinquennales (tableau 1), mais supérieurs aux moyennes de 2019.

Tableau 1. Hausse des prix prévus du bétail par rapport à l’an dernier

Tableau 1. Hausse des prix prévus du bétail par rapport à l'an dernier

Sources : Statistique Canada, USDA, CanFax, CME Futures et calculs de FAC.

La rentabilité du secteur bovin est en hausse

Les marges des exploitations bovines devraient être légèrement au-dessus du seuil de rentabilité pendant toute l’année 2020. La forte demande de bovins d’engraissement soutiendra les bénéfices des éleveurs-naisseurs, tandis que la rentabilité des parcs d’engraissement sera supérieure à celle de 2019.

Le prix moyen des bovins canadiens vivants ont atteint en moyenne 150 $ CAN par 100 livres pour les bouvillons en 2019, ce qui a généré une hausse estimée des recettes de 10,8 % par rapport à 2018. Nous prévoyons que les prix moyens des bouvillons canadiens en 2020 s’établiront à 148 $ CAN par 100 livres en Ontario et de 155 $ par 100 livres en Alberta. De même, les prix des bovins d’engraissement canadiens (550 lb et 850 lb) devraient se situer entre 218 $ et 228 $ CAN par 100 livres. On s’attend à ce que les prix offerts pour les bovins dans l’Est du Canada soient plus faibles en raison des prix de base plus élevés qui s’expliquent par la diminution de la capacité d’abattage. Aux États-Unis, la production de bœuf a enregistré une hausse de 1,0 % en 2019, ce qui est beaucoup plus faible que la hausse de 3,1 % projetée par le USDA au début de l’année. Selon les prévisions, la production américaine de bœuf devrait augmenter de 1,2 % en 2020.

Notre estimation préliminaire indique que la production de bœuf canadien a grimpé de 2,8 % en 2019, année pendant laquelle davantage de bovins ont été engraissés et abattus au Canada. Le taux d’utilisation des transformateurs canadiens demeure élevé. Nous estimons que le ratio de bœuf abattu (dans les établissements inspectés par le gouvernement fédéral) par rapport à la capacité s’est accru, passant de 90,5 % au cours des six premiers mois de 2019 à 94,8 % au second semestre, ce qui est substantiellement supérieur à la moyenne quinquennale de 86,5 %.

Plusieurs facteurs expliquent la forte utilisation des transformateurs :

  • Forte demande de viande bovine associée à de fortes marges de transformation
  • Fermetures d’usines de transformation du bœuf dans l’Est du Canada
  • Une grande usine de transformation de viande bovine américaine est restée inactive pendant quelques mois
  • Hausse des importations de bovins vivants américains au Canada
  • Hausse des taux d’abattage au Canada en raison de conditions météorologiques défavorables

Nous prévoyons que le secteur canadien de la transformation continuera d’être exploité à forte capacité étant donné que, selon les estimations, le nombre de bovins à l’engraissement au Canada au 1er janvier 2020 était de 10,7 % plus élevé qu’au 1er janvier 2019, et de 20,4 % plus élevé que la moyenne quinquennale.

Les Perspectives pour 2020 des secteurs canadiens des céréales, oléagineux et légumineuses de FAC indiquent que les prix moyens des aliments pour animaux seront relativement similaires à ceux de l’année dernière. Même si les conditions météorologiques défavorables ont fait grimper les coûts des aliments pour animaux en 2019, les prix du maïs et de l’orge fourragère devraient être légèrement inférieurs en 2020. La combinaison d’une légère baisse des prix des aliments pour animaux et d’une légère hausse des prix du bétail devrait améliorer les ratios d’alimentation des bovins et des porcs, ce qui contribuera à soutenir la rentabilité en 2020 (tableau 2). Cependant, la rentabilité devrait demeurer sous la moyenne quinquennale.

Tableau 2. Hausse de la rentabilité en 2020 grâce aux revenus prévus plus élevés et aux coûts stables des aliments pour animaux

Tableau 2. Hausse de la rentabilité en 2020 grâce aux revenus prévus plus élevés et aux coûts stables des aliments pour animaux

Sources : Statistique Canada, USDA, CanFax, CME Futures et calculs de FAC.

La PPA exercera une pression à la hausse sur les prix des porcs, laquelle sera toutefois modérée par les tarifs douaniers et la production abondante aux États-Unis 

La variabilité des profits du secteur porcin en 2019 devrait se poursuivre en 2020. Nous prévoyons que les prix moyens des porcs canadiens en 2020 se situeront entre 78 $ et 81 $ CAN par 100 livres, soit une hausse de 3,4 % par rapport à 2019. La production américaine de porc a crû de 5,0 % en 2019, et l’USDA prévoit qu’elle augmentera de 4,5 % en 2020. L’expansion soutenue du secteur porcin aux États-Unis suscite des préoccupations en ce qui a trait à la capacité d’abattage dans ce pays. La bonne nouvelle est que la production plus abondante de porc aux États-Unis est plus que compensée par la forte demande découlant de la baisse de l’offre chinoise en raison de la PPA.

Les restrictions temporaires à l’exportation, que la Chine a imposées en 2019, expliquent probablement le taux plutôt faible d’utilisation des capacités d’abattage de porcs, lequel était de 85 % en 2019, légèrement sous la moyenne quinquennale de 88 %. À mesure que le volume d’abattage de porcs aux États-Unis se rapprochera de sa capacité, l’utilisation des abattoirs canadiens devrait grimper. Il sera crucial en 2020 de stimuler les exportations canadiennes vers la Chine et d’autres pays asiatiques pour soutenir le secteur de la viande rouge. Les exportations de porcs américains vers la Chine ont augmenté en 2019 malgré les représailles tarifaires de la Chine sur le porc américain. La réduction des tarifs douaniers sur les porcs américains en Chine contribuerait grandement à soutenir les prix des porcs en Amérique du Nord.  

Tendances à surveiller en 2020

1. Les préférences alimentaires évoluent, mais la demande intérieure de viande rouge demeure robuste

Les prix de détail du bœuf ont augmenté de 3,5 % en 2019 alors que ceux du porc et du poulet ont progressé de 0,7 % et 3,0 %, respectivement. L’écart entre l’offre et la demande de viande de porc à l’échelle mondiale devrait faire grimper les prix des protéines animales. Même si les ventes au détail de tofu et des substituts de la viande et des produits laitiers ont augmenté de 25 % en 2019 (selon des données Nielsen) et qu’elles devraient continuer à grimper, elles demeurent faibles comparativement aux ventes de protéines animales.

L’indice de la demande canadienne pour le bœuf et le porc de FAC est demeuré élevé en 2019. Nous nous attendons à une robustesse soutenue étant donné que les prix du bœuf et du porc demeurent concurrentiels par rapport à leurs substituts. La commodité, la prise de repas seul, le grignotage et la qualité continueront d’influer sur les décisions d’achat d’aliments.

2. La capacité de la Chine à reconstituer son cheptel porcin

Selon les estimations de la FAO, la production de porc en Chine a fléchi d’au moins 20 % en 2019. Diverses prévisions indiquent qu’elle chutera d’au moins 15 % en 2020, ce qui creuserait un écart substantiel entre l’offre et la demande. L’inflation de la viande de porc au détail en Chine a atteint plus de 100 % en 2019 par rapport à l’année précédente, et les importations de porc devraient considérablement augmenter en 2020. Malgré la consolidation en cours, les exploitations porcines chinoises se reconstituent. Une reconstitution plus rapide que prévu du cheptel porcin chinois pourrait donner lieu à une demande de viande rouge plus faible qu’anticipée. L’efficacité d’un vaccin contre la PPA mis au point aux États-Unis a récemment été prouvée, mais on ne sait pas combien de temps il faudra pour commercialiser ce vaccin. 

On ne saurait trop insister sur l’impact de la Chine sur les marchés agricoles mondiaux. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : la Chine consomme 27 % de la viande produite dans le monde et 62 % de cette viande est du porc. Jusqu’à récemment, la Chine, qui a une grande capacité de production de porc, n’importait que 3 % de ses besoins en viande de porc. Le rythme de la reconstitution du cheptel est un important facteur à considérer pour anticiper l’impact de la PPA sur la demande de viande rouge.

3. La phase 1 de l’accord commercial entre la Chine et les États-Unis peut produire des résultats mixtes pour les producteurs de bétail canadiens

La Chine a accepté d’importer pour 32 milliards de dollars américains supplémentaires de produits agricoles en provenance des États-Unis par rapport aux niveaux d’importation de 2017 en 2020 et 2021. Mais il y a un bémol : les achats seront faits en fonction des conditions du marché; on ne sait donc pas dans quelle mesure la Chine sera contrainte de respecter son engagement.

Il est possible que l’élimination des tarifs chinois sur les exportations de porc américain fasse substantiellement grimper les prix des porcs vivants. L’accord prévoit également une harmonisation des règles commerciales dans le secteur bovin (en anglais seulement), lesquelles pourraient éventuellement être étendues aux exportateurs canadiens.

Cela dit, l’accord n’a pas que du positif. Il peut laisser les exportateurs canadiens à l’écart du marché chinois, qui est très rentable, et se démener pour répondre à la demande provenant des marchés désertés par les exportateurs américains.

4. La résilience des économies du Canada et des autres pays sera mise à l’épreuve

En 2019, des tensions commerciales ont pesé sur l’économie mondiale; on estime que celle‑ci a progressé de 2,9 % en 2019, soit sa pire performance depuis la période 2008‑2009. De nombreuses banques centrales (à commencer par la Réserve fédérale des États‑Unis) ont procédé à une baisse des taux d’intérêt par mesure de précaution devant le spectre d’un ralentissement de l’économie mondiale. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que la croissance économique rebondira en 2020 pour s’établir à 3,3 %, à condition que les tensions commerciales continuent de s’atténuer. Nous prévoyons une baisse du taux de financement à un jour en 2020 pour appuyer la résilience de l’économie canadienne.

En 2019, le dollar canadien s’est apprécié par rapport au dollar américain, passant de moins de 0,74 $ US à un peu moins de 0,77 $ US entre le début et la fin de l’année. Cet élan se poursuit en 2020. L’incertitude devrait être un thème prépondérant pour les marchés financiers mondiaux en 2020, raison pour laquelle nous prévoyons que le dollar canadien se rétablira autour de 0,75 $ US cette année.

5. L’épidémie de coronavirus peut affaiblir la demande de viande

Le marché de la viande rouge est assez difficile à analyser dans un contexte de PPA et de tensions commerciales et l’épidémie d’un nouveau coronavirus vient compliquer davantage la situation. Les marchés financiers ont réagi rapidement, craignant qu’une importante épidémie généralisée et mondiale ne ralentisse la croissance économique mondiale. La consommation de viande rouge est fonction du revenu mondial. Une baisse des revenus pourrait affaiblir la demande de protéines sur les marchés émergents et changer les habitudes d’achat d’aliments (comme une diminution du nombre de repas pris au restaurant).

6. L’accès aux marchés d’exportation de la viande rouge canadienne s’élargit

L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) devrait être mis en œuvre dans la seconde moitié de 2020. Cet accord ne changera pas l’accès au marché, mais sa ratification apporte une plus grande certitude.

L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) et l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) en seront à leur troisième année de mise en œuvre en 2020, créant des possibilités de diversification. Par exemple, la valeur des exportations de bœuf et de porc vers l’Union européenne a augmenté de plus de 50 % en 2019; néanmoins, le volume d’exportations demeure faible. La même année, les exportations de bœuf et de porc vers le Japon ont augmenté de 68 % et 11 %, respectivement. Les États-Unis et le Japon ont conclu un accord qui ramène les tarifs douaniers au même niveau que ceux des membres du PTPGP. En vigueur depuis le 1er janvier, cet accord rendra probablement le marché japonais plus concurrentiel pour les produits de viande canadiens en 2020.

Consultez notre blogue pour obtenir des mises à jour régulières de nos perspectives du secteur de la viande rouge pour 2020. Vous y trouverez aussi nos perspectives pour les secteurs des céréales et des oléagineux, des produits laitiers et de la transformation des aliments. 

Leigh Anderson
Économiste agricole supérieur

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3