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Perspectives de l’automne 2020 pour le secteur de la boulangerie — retour progressif à la normale

  • 13 oct. 2020
  • 8 min de lecture

Les entreprises de fabrication de produits de boulangerie et de tortillas sont une composante essentielle de l’industrie canadienne de transformation des aliments. Employant plus de 49 000 Canadiens et contribuant à hauteur de 5 milliards de dollars au PIB par année, les boulangeries sont le deuxième secteur en importance de la fabrication de produits alimentaires, devancé uniquement par le secteur de la fabrication de produits de viande. En outre, les boulangeries sont le secteur alimentaire qui connaît la croissance la plus rapide, avec un taux de croissance du PIB annuel moyen de 5,4 % depuis 2015.

La plupart des boulangeries peuvent être considérées comme des petites entreprises, et leur marge nette moyenne était de 4,2 % en 2018. Ainsi, de petites variations dans les coûts ou la demande peuvent influer considérablement sur leur solidité financière. La pandémie de COVID-19 a fait naître des possibilités et des défis importants pour les boulangeries canadiennes. La croissance future des ventes dépend du rebond du secteur canadien des services d’alimentation, de la croissance des exportations et de la disponibilité de la main-d’œuvre.

Tendances du secteur de la boulangerie au Canada

L’industrie s’est relativement bien comportée depuis la grande récession de 2008-2009. L’année 2020 a bien commencé. Les données de Nielsen révèlent que les ventes de pain ont bondi de 21 % en mars par rapport à l’an dernier, les clients ayant afflué dans les épiceries pour acheter des aliments à bas prix à consommer à la maison.

Simultanément, la demande de services d’alimentation a chuté de 61 % en avril, entraînant une baisse de la fabrication de produits de boulangerie après un premier trimestre fort. Les services d’alimentation ont entamé une lente reprise, mais sont toujours en baisse par rapport à l’an dernier. Malgré toutes ces perturbations, les ventes de produits de boulangerie ont augmenté de 6,7 % en juillet.

La croissance démographique est un facteur déterminant de la demande de produits de boulangerie. Le Canada ayant un faible taux de natalité et une population plus âgée, l’immigration est le principal moteur de la croissance démographique. Au cours de l’été 2020, nous avons assisté à une forte baisse de l’immigration (en anglais seulement) due aux mesures de restriction aux frontières associées à la COVID-19, ce qui influe sur la vigueur de la demande et la disponibilité de la main‑d’œuvre.

Les États-Unis ont enregistré des tendances similaires en matière de ventes et d’immigration, ce qui a eu un impact sur les exportations canadiennes. Soixante-neuf p. cent de la croissance des ventes de produits de boulangerie des dix dernières années au Canada est attribuable à la croissance des exportations vers les États-Unis (figure 1).

Figure 1 : Les exportations sont de plus en plus importantes pour l’industrie

Graphique qui montre que les exportations sont de plus end plus importantes pour l’industrie. Sources : Statistique Canada et UN Comtrade.

Ce que nous prévoyons pour le reste de l’année 2020 et pour 2021

Nous prévoyons que les ventes de produits de boulangerie se redresseront complètement au cours du deuxième trimestre de 2021 (figure 2), lorsque les répercussions de la pandémie de COVID-19 devraient se dissiper. Aux troisième et quatrième trimestres de 2020, les ventes de produits de boulangerie devraient être légèrement inférieures à celles de l’an dernier.

Nous prévoyons une baisse de 6,3 % au premier trimestre de 2021 par rapport à l’exercice précédent, mais il faut tenir compte du fait que le premier trimestre de 2020 a été très solide, les ventes ayant bondi de 17,9 %. Le reste de l’année 2021 devrait voir l’industrie revenir à sa croissance d’avant la pandémie, grâce à une reprise économique dans le secteur des services d’alimentation et à une demande intérieure et extérieur robuste.

Ces prévisions comportent d’importantes incertitudes en raison des risques pour l’économie américaine liés aux cas de COVID-19 et aux mesures de relance prises par le gouvernement. Les possibilités d’exportation pourraient être plus limitées pour le reste de l’année.

Les perspectives de l’économie canadienne dépendent de sa résilience face à la deuxième vague de COVID-19. La levée des mesures de restriction aux frontières permettrait de rétablir les tendances de l’immigration. Les ventes des services d’alimentation ont légèrement augmenté chaque mois pendant l’été, mais les réservations dans les restaurants (en anglais seulement) ont diminué en septembre, ce qui a suscité une certaine inquiétude.

Figure 2 : Les ventes de produits de boulangerie seront élevées en 2021, après une fin d’année médiocre en 2020

Graphique qui montre que les ventes des produits de boulangerie seront élevées en 2021. Sources : Statistique Canada et calculs de FAC.

Tendances à surveiller en 2020-2021

Une reprise économique se profile à l’horizon

La croissance économique du Canada dépendra de notre capacité à contrôler les foyers d’éclosion de la maladie et à rétablir la vitalité du marché du travail. Selon les projections de l’OCDE, le PIB du Canada devrait diminuer de 5,8 % en 2020. Une aide gouvernementale importante a permis de limiter les conséquences négatives potentielles à long terme du ralentissement économique, puisque les prévisions initiales envisageaient une baisse de 8,0 % en 2020. La croissance du PIB canadien devrait atteindre 4,0 % environ en 2021 grâce à la lente reprise dans des secteurs comme les services d’alimentation, le divertissement et le tourisme.

Le dollar canadien devrait augmenter légèrement et suivre une tendance essentiellement latérale en 2021

Les taux d’intérêt devraient rester près de leurs creux historiques tout au long de 2021. La reprise économique mondiale, la demande de ressources et de produits de base canadiens et la tolérance au risque des investisseurs détermineront la valeur du huard. Alors que la croissance économique commence à se raffermir, attendez-vous à voir les investisseurs délaisser les « valeurs refuges » telles que le dollar américain et le yen japonais au profit de monnaies davantage axées sur les matières premières comme le dollar canadien ou le dollar australien. À l’heure actuelle, le dollar canadien s’échange autour de 75 cents. Nous nous attendons à ce qu’il fluctue considérablement au cours des prochains mois et à ce qu’il oscille autour de 76 cents en 2021.

Pressions sur les coûts dues à l’augmentation des salaires, à la pénurie de main-d’œuvre et à l’inflation des prix des produits de base

L’inflation par les salaires dans l’industrie manufacturière a été de 6,1 % en août par rapport à l’an dernier, ce qui est bien plus élevé que la hausse de 0,9 % des prix que reçoivent les fabricants. Un taux de chômage élevé empêche généralement les pressions salariales inflationnistes, mais des mesures salariales incitatives ont été nécessaires depuis le début de la pandémie.

La diminution de l’immigration au Canada devrait également resserrer l’offre de main-d’œuvre. L’immigration a représenté plus de 80 % de la croissance démographique de 1,1 % au Canada entre juillet 2019 et juillet 2020. Les mesures de restriction aux frontières ont déjà eu pour effet de réduire le nombre d’immigrants. Les emplois sont plus souvent occupés par des personnes immigrantes dans l’industrie de la fabrication de produits alimentaires que dans la plupart des autres secteurs (31,6 % pour l’alimentation, comparativement à 25,6 % dans l’ensemble des secteurs, selon les données de 2017). Le coût de la main-d’œuvre a dépassé la croissance de la valeur de la production depuis 2015. Cette tendance devrait se poursuivre, car il pourrait s’avérer difficile de trouver de la main-d’œuvre à un prix concurrentiel à partir d’un bassin plus restreint. Il pourrait également s’avérer difficile de transférer la hausse des salaires et des coûts aux consommateurs dans le contexte de récession actuel.

Les possibilités de vente directe aux consommateurs se multiplient

Les épiceries ont enregistré des recettes record en 2020, qui ont toutefois été contrebalancées en partie par l’augmentation des coûts. Une fois les mesures de relance terminées, les consommateurs pourraient devenir plus sensibles aux prix, ce qui pourrait entraîner des problèmes de rentabilité pour les détaillants et forcer les fournisseurs (fabricants) à revoir leurs prix.

Les pressions sur la rentabilité et la demande de réduction des achats en personne ont incité certains fournisseurs à vendre directement aux clients. Les produits de boulangerie sont périssables, mais les clients sont à l’affût d’occasions d’achat (figure 3). Selon SRG, 46 % des ménages ont acheté des produits d’épicerie en ligne en 2020 (en anglais seulement), et aucune bannière d’épicerie ne représente plus de 26 % de l’espace en ligne canadien.

Figure 3 : Les Canadiens se tournent de plus en plus vers Internet pour acheter des produits de boulangerie

Graphique montrant que les Canadiens se tournent de plus en plus vers l’internet pour acheter des produits de boulangerie. Source : Tendances Google.

La demande d’emballages écologiques survivra à la pandémie

De nombreuses boulangeries utilisent le plastique pour emballer leurs produits. Cette utilisation a augmenté puisque les produits fabriqués et emballés sont davantage destinés aux consommateurs qu’aux services de restauration. Attendez-vous à ce que la demande d’emballages plus respectueux de l’environnement et en faveur d’une réduction de l’utilisation du plastique persiste après la pandémie, lorsque les gouvernements mettront en œuvre de nouvelles politiques écologiques. Les ménages à revenus moyens et élevés sont prêts à payer plus cher pour des emballages écologiques, mais les coûts plus élevés rendent difficile une adoption généralisée à ce stade.

Stabilisation du prix des intrants des produits de base

Nos perspectives de juillet pour le secteur des céréales mentionnaient que l’affaiblissement de la demande et des rendements plus élevés avaient entraîné la baisse des prix du blé de printemps, et qu’une hausse était prévue pour le reste de l’année. Depuis lors, la sécheresse aux États-Unis a fait baisser les projections de rendement et les attentes en matière de stocks, ce qui a fait augmenter les prix. Nous nous attendons à ce que les prix continuent de grimper légèrement au cours des six prochains mois.

Les perspectives sont bonnes pour le secteur canadien de la fabrication de produits de boulangerie. L’industrie sera confrontée à une grande incertitude en raison de la pandémie, mais la demande sous‑jacente des consommateurs est très solide. La résilience et l’agilité seront des facteurs de succès essentiels pour la croissance à long terme des entreprises, au moment où les consommateurs adopteront de nouvelles habitudes d’achat postpandémie.


Kyle Burak
Économiste agricole principal

Kyle Burak s’est joint à FAC en 2020 en tant qu’économiste agricole principal. Il se spécialise dans la surveillance et l’analyse du portefeuille d’Agroentreprise et agroalimentaire de FAC, la santé de l’industrie, et les risques inhérents au secteur. Avant de se joindre à FAC, M. Burak a travaillé au service de l’approvisionnement et du marketing d’un détaillant alimentaire canadien. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université de Victoria.